Où sont les femmes dans la fintech ? Défis et leviers pour une industrie plus inclusive
30/04/2025
Cybersécurité, IA, conformité, rentabilité… Les fintechs doivent composer avec des paramètres toujours plus complexes pour espérer croître sans vaciller. Dans ce sixième et dernier volet d’une série consacrée aux défis des fintechs, Finyear s’intéresse à la diversité. Alors que les femmes restent largement minoritaires dans l’écosystème, quelles sont les causes profondes de cette sous-représentation, et les leviers pour bâtir une industrie plus inclusive ?

Une modernité qui peine à inclure
Elles se veulent agiles, innovantes, ouvertes. Pourtant, les fintechs françaises peinent à faire mieux que la finance traditionnelle en matière d’inclusion. Selon le baromètre 2024 de France FinTech sur la mixité dans l’écosystème fintech, seulement 8,5 % des fondateurs sont des femmes. Par ailleurs, si un tiers des emplois à temps plein des fintechs sont occupés par des femmes, il est intéressant de noter que cette statistique est tirée par quelques fonctions historiquement féminines (73% et 67% de femmes dans les fonctions communication et RH vs 13,6% dans la tech).
Les femmes restent également sous-représentées dans les instances dirigeantes : 30 % des postes de management sont occupés par des femmes et les Comex et Codir des fintechs ne comptent que 25% de femmes. « Ce n’est pas qu’un problème de vivier ou de compétences. C’est surtout une question de volonté, de culture d’entreprise et de processus de recrutement », insiste Marion Aubert, cofondatrice de Weefin.
Le secteur cumule les freins : faible proportion de femmes dans les filières tech, culture d’ingénierie encore largement masculine et rareté des rôles modèles. « Dans la tech comme dans la finance, les cursus restent très masculins. La fintech, c’est donc un double verrou », constate Aurore Jacques, cofondatrice et CMO de Goodvest.
Des signaux faibles, des actions concrètes
Les biais sont parfois plus insidieux. Aurore Jacques évoque les débuts de Goodvest : « Quand j’ai rejoint le projet, certains disaient que mes cofondateurs faisaient un pari risqué, comme si j’étais illégitime. Mais j’avais exactement le profil pour transmettre notre mission à un public non expert », raconte-t-elle. Ces regards condescendants, souvent associés au syndrome de l’imposteur, freinent parfois la confiance et la projection des femmes dans l’entrepreneuriat.
Certaines entreprises cherchent à inverser la tendance. Chez Goodvest, pionnière de l’investissement responsable, les femmes représentent aujourd’hui 30 % des effectifs. « Ce n’est pas suffisant, mais c’est stable, et on y veille », explique Aurore Jacques. « Nous travaillons avec les écoles, nous rédigeons des offres d’emploi plus inclusives, nous formons les managers. La mixité ne tombera jamais du ciel, il ne faut donc pas négliger les efforts du quotidien », poursuit-elle.
« Il faut sortir des excuses du type “on ne reçoit pas assez de candidatures féminines”. C’est à nous d’aller chercher les talents, de créer des conditions d’accueil favorables, d’ajuster les horaires et d’objectiver les revues salariales », abonde Marion Aubert. Chez Weefin, l’égalité salariale est mesurée et affichée (score de 95/100), et les pratiques de management sont pensées pour intégrer les besoins spécifiques, notamment ceux des mères. « On ne prévoit pas un comité stratégique à 19h quand on veut garder ses talents féminins », illustre-t-elle.
Un enjeu de performance, pas de parité symbolique
Si l’enjeu est sociétal, il est aussi économique. Plusieurs études montrent que les entreprises aux instances dirigeantes mixtes performent mieux sur le long terme. « Une fintech qui s’adresse uniquement à une clientèle masculine, avec une équipe produit masculine, risque de se couper d’une partie du marché », souligne Aurore Jacques. « Chez Goodvest, les clientes représentent 50 % de notre base », ajoute-t-elle.
Conscient de ces enjeux, le secteur commence à se mobiliser. Des initiatives comme SISTA, avec un fonds dédié aux entrepreneuses, ou des programmes de mentoring spécialisés gagnent en visibilité. Mais leur impact reste encore marginal. « Il faut un engagement de tous les niveaux : les fondateurs, les investisseurs, les clients. Ce sont les choix de gouvernance et les actes managériaux qui font la différence », insiste Marion Aubert.
Pour les deux dirigeantes, une fintech inclusive n’est pas un mirage. Mais elle demande une attention constante, des arbitrages concrets et une remise en question des modèles dominants. « Ce que nous prônons à l’extérieur, il faut d’abord l’appliquer à nous-même », conclut Aurore Jacques.
Manon Triniac
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