ESG : entre conformité et conviction, les fintechs cherchent l’alignement
24/04/2025
Conformité ESG : une pression réglementaire de plus en plus structurante
Certaines ont même fait de ces contraintes un axe stratégique. « Il y a quelques années, l’ESG était un bonus. Aujourd’hui, c’est un attendu, notamment chez les institutionnels », observe Marion Aubert, cofondatrice de Weefin, qui propose une solution SaaS dédiée à la gestion et à la conformité ESG. « Nos clients doivent faire face à des exigences multiples et souvent sur plusieurs zones géographiques. Le problème n’est pas tant la volonté que la capacité à collecter et analyser toutes les données nécessaires liées à la durabilité. C’est là que nous intervenons », explique-t-elle.
Face à cette complexité, certaines fintechs se positionnent en effet comme tiers de confiance dans l’interprétation et la structuration de la donnée ESG. Une proposition de valeur qui séduit les grands acteurs historiques. « Nous leur apportons l’agilité qu’ils n’ont plus toujours en interne. Et nous contribuons à réconcilier innovation technologique et cadre réglementaire », souligne Marion Aubert.
Le segment des fintechs ESG s’étoffe d’année en année. Une part croissante se spécialise dans les outils de mesure, de reporting ou de pilotage extra-financier – 16 % selon le Panorama des fintechs durables de France Fintech. La montée en puissance de ces solutions témoigne d’une professionnalisation du secteur.
Les fintechs durables face au défi de la crédibilité
« Nous ne promettrons jamais une empreinte carbone de zéro : cela n’existe pas. Ce que nous garantissons, c’est la transparence, la clarté des critères d’exclusion et une sélection de fonds basée sur des données scientifiques », explique Aurore Pinon-Jacques, cofondatrice de Goodvest. La fintech propose des portefeuilles alignés avec l’Accord de Paris, exclut les énergies fossiles, et a récemment intégré un filtre biodiversité inédit en France.
Depuis janvier, Goodvest va encore plus loin avec le lancement de son premier fonds d’investissement co-créé avec Sycomore Asset Management, société de gestion engagée. Objectif : proposer un fonds modèle, respectant un cahier des charges exigeant en matière environnementale, avec des exclusions sectorielles renforcées. « L’idée est de ne plus dépendre uniquement des fonds existants sur le marché, mais de concevoir nous-mêmes des produits plus alignés avec notre vision », avance Aurore Pinon-Jacques.
Cette rigueur a, a priori un coût. « En 2023, nous avons exclu un fonds tech qui performait très bien, mais qui avait intégré des actifs non conformes à nos critères. Malgré nos craintes, la réaction des clients a été très positive. Ils nous ont remerciés pour notre cohérence », partage Aurore Pinon-Jacques. Mais dans un environnement où, d’après Goodvest 57 % des Français identifient le greenwashing comme un frein à l’investissement responsable, la fiabilité des démarches peut devenir une arme de différenciation.
Au-delà du cadre : répondre à la demande sociétale, partenariale et capitalistique
Les fintechs doivent donc composer avec un faisceau de contraintes et d’incitations. Certaines les subissent, d’autres en font un levier de positionnement. À condition d’assumer la complexité. « Être rigoureux et pédagogique sur l’ESG, c’est aussi accepter que son discours soit moins marketing, parfois plus difficile à vendre. Mais sur le long terme, cela renforce la confiance », défend Aurore Pinon-Jacques.
Manon Triniac

