Coût du risque des banques françaises : +18,5% au S1 2026

Le coût du risque cumulé des cinq grandes banques françaises s’établit à 7,2 milliards d’euros au 30 juin 2026, en hausse de 18,5% par rapport aux 6 milliards du 30 juin 2025. Derrière ce chiffre agrégé se cachent des disparités importantes entre établissements, une montée des dotations Stage 3 dans tous les groupes, et une alerte que KPMG souligne explicitement : la surveillance de l’exposition à la dette privée, notamment Outre-Atlantique. Dans un contexte de défaillances à 71 500 en France et de guerre au Moyen-Orient, le coût du risque est le chiffre à surveiller le plus attentivement pour la rentrée.

 

7,2 milliards de coût du risque — avec des disparités marquées entre établissements

Le coût du risque (CdR) cumulé des cinq grands groupes bancaires français s’élève à 7,2 milliards d’euros au 30 juin 2026, contre 6 milliards au 30 juin 2025 — soit une hausse d’environ 18,5%. Cette progression est conforme aux attentes dans un environnement où les défaillances d’entreprises ont atteint un record de plus de 71 500 sur douze mois glissants en France, et où la guerre au Moyen-Orient depuis fin février 2026 a créé de nouvelles incertitudes macroéconomiques. Mais les variations entre établissements sont importantes : BNP Paribas affiche une hausse de 13,4% (1 871 millions d’euros vs 1 650 millions), Société Générale de seulement 6,6% (745 millions vs 699 millions), Groupe Crédit Agricole de 15,7% (1 822 millions vs 1 575 millions), Groupe BPCE de 24,1% (1 502 millions vs 1 210 millions) et CMAF de 34,4% (1 212 millions vs 902 millions). (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026, données communiqués de presse et slides investisseurs au 30 juin 2026.)

La dynamique par Stage : des signaux divergents

La décomposition du coût du risque par Stage IFRS 9 révèle des dynamiques hétérogènes. Sur les stages 1 et 2 — qui correspondent respectivement aux encours sains sans dégradation significative et aux encours sains ayant subi une dégradation significative du risque de crédit —, Société Générale est en légère reprise (6 millions d’euros de reprise vs 20 millions de dotations au S1 2025), tandis que les autres banques sont toutes en dotation nette. Pour BNP Paribas, les dotations S1-S2 augmentent de 4 millions (+9% vs S1 2025). Groupe Crédit Agricole affiche une hausse très marquée des dotations S1-S2 à +105 millions, soit une multiplication par 5,4 par rapport au S1 2025 — avec des mouvements significatifs entre S1 et S2 pouvant traduire des transferts d’encours en S2. Groupe BPCE progresse de +37 millions hors effet Novobanco. CMAF progresse de +30 millions (+38% vs S1 2025). (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

Le Stage 3 — qui correspond aux encours en défaut — progresse dans toutes les banques, dans des proportions variables : CMAF affiche la plus forte hausse (+34%), suivi de Groupe BPCE (+13,9%), BNP Paribas (+13,5%), Groupe Crédit Agricole (+6,7%) et Société Générale (+4,5%). Cette progression généralisée du Stage 3 est le reflet direct de la montée des défaillances en France et du ralentissement économique international. Elle survient dans un contexte où la BCE a relevé ses taux en juin 2026 — première hausse depuis onze ans — augmentant la pression sur les emprunteurs à taux variable. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

KPMG note que «les banques (sauf Groupe BPCE et CMAF) ont également fait un état des lieux de leurs expositions sur la dette privée qui inquiète notamment Outre-Atlantique». Cette mention explicite de la dette privée comme source de préoccupation dans un rapport d’analyse des résultats bancaires est un signal à prendre au sérieux pour les directions risque et les responsables conformité des institutions financières françaises. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

Un contexte mondial qui pèse sur tous les acteurs

KPMG propose une comparaison internationale du coût du risque qui permet de situer les banques françaises dans leur contexte mondial. Aux États-Unis, le CdR cumulé des grandes banques s’établit à 13,2 milliards d’euros (-7% vs S1 2025), reflétant une baisse des provisions dans un contexte de pertes stables. JP Morgan affiche un CdR à 4,4 milliards (-16%), Citi à 4,7 milliards (-2,1%), Bank of America à 2,4 milliards (-10%) et Wells Fargo à 1,8 milliard (+9%). Au Royaume-Uni, le CdR cumulé atteint 4,9 milliards (+25%), principalement lié à des mises à jour des prévisions économiques et à des incidents de contrepartie spécifiques pour deux des quatre banques anglaises. En Europe hors France, les banques affichent un CdR en hausse de 8%. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

La comparaison révèle que les banques françaises se situent dans un rang médian — leurs hausses de CdR, comprises entre 6,6% et 34,4%, restent inférieures aux situations les plus tendues (Royaume-Uni +25%, Nordea +375%) mais supérieures aux banques américaines qui bénéficient d’un portefeuille consumer plus stable. Le cas de BBVA mérite attention : son CdR bondit de +735 millions d’euros (+27%) en lien avec la Turquie (+685 millions, +68%) et l’Amérique du Sud, rappelant que l’exposition géographique reste le premier déterminant du coût du risque dans un environnement géopolitique aussi instable. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

Les ajustements post-modèles : une mesure de la prudence comptable

KPMG publie également une comparaison rare des ajustements post-modèles — ces provisions supplémentaires que les banques constituent au-delà des calculs statistiques de leurs modèles IFRS 9, pour couvrir des risques sectoriels ou géopolitiques que les modèles n’intègrent pas encore. Les données disponibles (toutes les banques ne communiquent pas ces informations) montrent : Société Générale à 1 199 millions d’euros d’ajustements totaux dont 623 millions d’ajustements sectoriels, Groupe BPCE à 2 114 millions et CMAF à 357 millions. Le poids des ajustements sur le total des ECL S1-S2 varie de 1,9% pour BNP Paribas à 42,2% pour Société Générale. Ces chiffres disent quelque chose d’important sur le niveau de prudence comptable de chaque établissement face à l’environnement actuel. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)

Source : KPMG France — «Performances des grands groupes bancaires français au 30 juin 2026» (6 août 2026) — données issues des communiqués de presse et slides investisseurs des 5 groupes au 30 juin 2026

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