Stripe analyse des milliards de transactions : la Malaisie réduit la fraude de 74%, la France de 40%, l’Espagne recule

Le 22 septembre 2026, Stripe publiait l’analyse de fraude carte la plus documentée jamais produite par un acteur de l’infrastructure de paiements : des milliards de transactions traitées entre janvier 2022 et mars 2026, sur quatre régions mondiales, avec des données pays par pays. Le verdict principal est contre-intuitif. Pour la première fois, l’Asie-Pacifique affiche un taux de fraude carte inférieur à celui de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. La Malaisie a réduit sa fraude de 74% en trois ans. La France de 40%. L’Ibérie, seule région européenne nommée, a vu sa fraude augmenter chaque année depuis 2022. L’écart entre régions peut atteindre 160%. Ce n’est pas un tableau uniforme — c’est une carte de la réglementation 3DS et de ses effets.

Finyear.com · Fintech · Fraude · Paiements · 23 septembre 2026 · Source : Stripe, «New trends in global card fraud: How 3D Secure and regional mandates are affecting risk» · Lecture : 6 min

Lien vers l’étude : New trends in global card fraud: How 3D Secure and regional mandates are affecting risk

 

Trente-six pour cent des entreprises sur Stripe ont désormais des clients dans plus d’un pays — et le nombre de sociétés vendant dans plus de 100 pays a quadruplé en cinq ans. Cette internationalisation accélérée ne porte pas seulement de la croissance : elle porte aussi une exposition à des environnements de fraude très disparates, des normes culturelles d’authentification différentes et des exigences réglementaires qui varient d’un marché à l’autre. L’étude publiée le 22 septembre 2026 par Samuel Bakouch (Head of Product, Payments Intelligence) et Jacob Meltzer (Engineering Lead, Stripe Radar) est la première à documenter ces écarts avec la profondeur de données que permet la position de Stripe dans l’infrastructure mondiale des paiements. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Le constat de départ dit l’ampleur du problème. En 2025, les entreprises en Amérique latine affichaient un taux de fraude carte 160% plus élevé que les entreprises en Europe, Moyen-Orient et Afrique, et 151% plus élevé que celles d’Asie-Pacifique. Gérer cette variabilité oblige souvent les directions financières et les équipes risk des groupes internationaux à maintenir des stratégies de risque séparées, avec des équipes dédiées, pour chaque marché. Ce n’est pas un problème de technologie de paiements — c’est un problème de politique réglementaire et de maturité des écosystèmes. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Asie-Pacifique : la première région à passer sous le seuil de fraude européen

Le signal le plus contre-intuitif de l’étude est géographique. Au premier trimestre 2026, les entreprises en Asie-Pacifique affichaient pour la première fois un taux de fraude carte inférieur aux entreprises de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique — une inversion de tendance inédite sur l’ensemble de la période 2022-2026. Cette bascule n’est pas le fruit du hasard : elle est directement liée aux mandats 3D Secure progressivement déployés dans les marchés de la région. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

La Malaisie illustre l’effet avec la donnée la plus saillante : une baisse de 74% du taux de fraude carte entre 2022 et 2025 — la plus forte décroissance de toute la région Asie-Pacifique. La banque centrale malaisienne applique une approche particulièrement stricte de son mandat 3DS : les institutions financières sont tenues d’implémenter l’authentification multifacteur, de migrer des OTP par SMS vers une autorisation applicative sécurisée, et d’offrir aux clients la possibilité de geler immédiatement leur compte. Ces trois obligations combinées réduisent structurellement les opportunités de transactions non authentifiées. Le Japon affiche également des taux de fraude en baisse constante depuis 2022 — renforcés par son mandat 3DS d’avril 2025, qui a produit des taux de litiges supérieurs de plus de 30% en dessous des niveaux de la même période en 2024. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Europe : -21% en agrégat, mais une carte très hétérogène

Le taux de fraude carte pour les entreprises en Europe a diminué de 21% entre 2022 et 2025 — un résultat positif en valeur absolue, mais qui masque des trajectoires radicalement différentes selon les pays. La France et le Royaume-Uni, deux des plus grands marchés européens, ont tous deux affiché des baisses constantes sur la période. La France a réduit sa fraude de 40%, le Royaume-Uni de 27%. Ces performances reflètent la maturité des écosystèmes de paiements dans ces marchés. La réglementation SCA (Strong Customer Authentication), qui impose aux entreprises de supporter l’authentification à deux facteurs sur leur page de paiement, a donné aux émetteurs le cadre et le temps d’investir dans une infrastructure anti-fraude plus sophistiquée. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Le cas français mérite une attention particulière dans ce contexte. La France était l’un des premiers pays à adopter l’authentification chip-and-PIN, normalisant l’authentification à deux facteurs bien avant la plupart des autres marchés. Les porteurs de cartes français sont familiers avec ces processus et plus susceptibles de compléter avec succès les parcours d’authentification — ce qui contribue structurellement à des taux de fraude plus bas, indépendamment des effets réglementaires seuls. C’est un avantage compétitif de l’écosystème français qui précède la DSP2 et qui renforce ses effets. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

À l’opposé, l’Ibérie est la seule région européenne nommée dans l’étude dont le taux de fraude a augmenté chaque année entre 2022 et 2025. L’explication structurelle identifiée par Stripe : l’Espagne et le Portugal s’appuient davantage sur les mots de passe à usage unique (OTP) par SMS comme codes temporaires d’authentification — une méthode plus vulnérable que les approches biométriques ou par application bancaire. Les deux marchés sont également fortement ciblés par les attaques de «smishing» — des escroqueries par SMS où des acteurs frauduleux usurpent l’identité d’institutions de confiance pour voler des identifiants de carte. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Amérique latine : 160% d’écart et trois facteurs structurels

L’Amérique latine maintient les taux de fraude carte les plus élevés parmi toutes les régions analysées sur Stripe depuis janvier 2022. L’écart par rapport aux autres régions reste massif en 2025 : 65% au-dessus de l’Amérique du Nord, 151% au-dessus de l’Asie-Pacifique, 160% au-dessus de l’Europe, Moyen-Orient et Afrique. Certains marchés progressent — l’Équateur, le Panama et le Brésil ont vu leurs taux de fraude diminuer entre 2022 et 2025. Mais trois facteurs structurels maintiennent les taux globaux élevés sur l’ensemble de la région. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Le premier est la prédominance du cash. L’Amérique latine reste une économie davantage fondée sur les espèces que les autres régions — ce qui signifie que les systèmes de détection de fraude basés sur les cartes disposent de moins d’historique de données pour s’entraîner et calibrer leurs modèles. Le deuxième est la structure des litiges. Les règles de contestation de carte en Amérique latine peuvent favoriser les titulaires de carte, plaçant la charge de la preuve sur les entreprises lorsqu’une transaction est contestée — une asymétrie qui augmente les coûts du risque pour les marchands. Le troisième est la fragmentation réglementaire. Les standards et exigences varient d’un pays à l’autre, créant une surcharge opérationnelle pour les groupes internationaux. La situation fiscale mexicaine illustre ce dernier point : Mexico oblige les fournisseurs de services numériques à donner à l’autorité fiscale (SAT) un accès permanent à leurs données de transaction — l’autorité se connecte selon son propre calendrier et interroge des transactions individuelles, qui doivent être consultables dans un délai d’un jour et conservées pendant cinq ans. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Ce que les données Stripe disent sur l’efficacité du 3DS — et les implications pour la DSP3

L’analyse Stripe fournit la démonstration empirique la plus robuste disponible à ce jour sur l’efficacité du 3D Secure comme outil de réduction de la fraude carte en ligne. La corrélation entre les mandats 3DS stricts et les baisses de fraude documentées dans des marchés aussi différents que la Malaisie, le Japon et la France est cohérente et statistiquement significative sur quatre ans de données. C’est précisément l’argument qui sous-tend la directive européenne DSP3 — actuellement en cours de transposition — qui étend et durcit les obligations d’authentification forte par rapport à la DSP2. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

Pour les directions financières et les responsables risk des entreprises françaises exposées à plusieurs marchés, les données Stripe ont une implication opérationnelle directe. La stratégie de risque ne peut pas être uniforme à travers les géographies. Un parcours 3DS optimisé pour les clients français — qui ont une haute tolérance à l’authentification et la complètent avec succès — n’est pas la bonne stratégie pour les clients ibériques exposés au smishing, ni pour les clients latino-américains dans des marchés avec moins de données historiques. Stripe indique que sur les régions SCA, ses optimisations alimentées par l’IA permettent en moyenne une hausse de 1,20% du taux de conversion tout en réduisant la fraude sur l’ensemble des transactions de 7,67% — une équation positive sur les deux dimensions simultanément. (Source : Stripe, 22 septembre 2026.)

«Gérer cette variabilité implique souvent des stratégies de risque séparées, avec des équipes dédiées, pour chaque marché dans lequel une entreprise opère. Les différences peuvent être substantielles.» — Stripe, «New trends in global card fraud», 22 septembre 2026.

L’étude Stripe coïncide avec un moment clé pour l’écosystème européen des paiements. La DSP3 et le règlement PSR (Payment Services Regulation) sont en cours de transposition dans les États membres, avec des obligations SCA renforcées et une responsabilité accrue des PSP dans la détection et la prévention de la fraude. Les données historiques de quatre ans sur l’efficacité différentielle du 3DS selon les méthodes d’authentification — app vs OTP SMS — fournissent un argument empirique solide pour que les régulateurs européens, et l’ABE dans ses guidelines techniques, privilégient des méthodes d’authentification robustes dans les actes délégués à venir.

Source : Stripe, «New trends in global card fraud: How 3D Secure and regional mandates are affecting risk», 22 septembre 2026

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