Opinion | Jean-Christophe Liaubet, EY “Le Bitcoin chute, mais la vraie révolution financière se joue ailleurs”

Après un sommet historique en octobre 2025 à 126 080 dollars, le Bitcoin est retombé début février autour de 60 000 dollars. En une semaine, près de 700 milliards de dollars de capitalisation se sont évaporés. Cette correction majeure relance le débat sur la maturité du marché crypto, mais rappelle surtout qu’il s’agit d’une classe d’actifs en cours d’institutionnalisation, encore marquée par une forte volatilité. Mais au-delà de ces actifs spéculatifs, se cache une tendance de fond silencieuse que peu de médias abordent : la transformation de l’industrie financière. 

 

Jean-Christophe Liaubet, innovation leader, EY

 

Une chute sans choc interne : prudence globale, voire inquiétude

Contrairement aux épisodes Terra/Luna ou FTX, la chute de cet hiver ne vient pas d’un problème interne au monde crypto. Aucun piratage, aucune fraude, aucune faillite majeure. Ce qui s’est passé est plus simple : les investisseurs ont levé le pied sur le risque. Plusieurs éléments ont déclenché ce mouvement “risk‑off” : la nomination surprise de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine, perçue comme un signal de politique monétaire plus stricte, la baisse simultanée des métaux précieux et des doutes sur les valorisations du secteur technologique et sur l’emballement autour de l’intelligence artificielle.

Dans cet environnement tendu, le Bitcoin, un actif qui a besoin de liquidité pour performer, a été entraîné vers le bas et continue d’être un actif difficile à classer. Sa corrélation avec les autres marchés varie selon les contextes. Sur le marché de la tech, il monte souvent en même temps… mais chute encore plus vite. Avec l’or, il baisse parfois en parallèle… mais ne profite pas des hausses. Sur un an, l’or a gagné 50 % quand le Bitcoin en a perdu 30 %. Difficile, dans ces conditions, d’en faire un “nouvel or numérique”.

Cette correction a été amplifiée par la structure même du marché du Bitcoin 

Puisqu’il se négocie 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, es traders utilisent massivement l’effet de levier, ce qui entraîne des liquidations en cascade et enfin, des événements ponctuels peuvent aggraver la chute, comme cette société asiatique qui a envoyé par erreur 2 000 bitcoins à ses clients, aussitôt vendus sur le marché. Ces caractéristiques renforcent les cycles extrêmes, à la hausse comme à la baisse. Mais les investisseurs institutionnels semblent maintenir leurs positions à l’image de MicroStrategy qui continue sa stratégie d’accumulation.

Audelà de la crypto spéculative : une transformation de l’ensemble de l’industrie financière

La volatilité du marché crypto ne remet pas en cause la dynamique de fond qui ne fait pas la une des journaux : tokenisation et les stablecoins transforment rapidement l’industrie financière dans son ensemble, bien au‑delà des seules banques. Dans le paiement, l’asset management, le wealth management, les infrastructures de marché, le trade finance, la trésorie d’entreprise, partout les cas d’usages se développent et s’installent au-delà de l’expérimentation générant leurs premiers retours sur investissements.

C’est le cas, par exemple, des paiements internationaux, où l’usage de stablecoins permet désormais d’exécuter des transferts transfrontaliers en quelques secondes au lieu de plusieurs jours. Des pilotes menés entre Circle et Visa ont montré qu’un paiement en devise locale pouvait être compensé quasi instantanément, tout en réduisant significativement les coûts d’exécution et les besoins de préfinancement.

C’est aussi le cas dans l’asset management, avec le déploiement de fonds tokenisés : Franklin Templeton opère déjà un fonds monétaire dont la valeur liquidative est calculée directement on‑chain. Le processus de souscription et de rachat est automatisé, ce qui réduit fortement les opérations de middle‑office et limite presque totalement les erreurs de traitement.

Ou encore dans les infrastructures de marché, où plusieurs banques centrales en Europe ont démontré que le règlement‑livraison de titres sur blockchain pouvait être effectué en temps réel et avec un risque de règlement quasi nul. Les projets menés par la Banque de France et la Banque Nationale Suisse ont montré que le règlement-livraison (DvP) on‑chain permettait de simplifier le post‑trade et d’en réduire les coûts de manière significative.

Une dynamique accélérée en Europe comme aux ÉtatsUnis

Des signaux très concrets montrent que cette transformation ne se limite pas à quelques expérimentations isolées. En Europe, plusieurs institutions financières accélèrent : BBVA a rejoint Qivalis, le consortium qui travaille à un stablecoin en euro adossé à de la dette souveraine, tandis que Société Générale Forge confirme le rôle central que peuvent jouer les acteurs traditionnels dans l’émission de stablecoins pleinement réglementés.

Aux États‑Unis, les stablecoins sont devenus un outil de marché à part entière : Circle et Tether concentrent l’essentiel des volumes, tandis que les banques multiplient les initiatives autour des dépôts tokénisés et des règlements instantanés. Même les infrastructures historiques évoluent : le New York Stock Exchange a annoncé le développement d’une plateforme dédiée aux titres tokénisés, où les stablecoins serviront directement de couche transactionnelle pour le règlement‑livraison.

Une correction conjoncturelle qui masque une révolution structurelle 

Au fond, l’actualité du moment n’est qu’une parenthèse. La baisse récente du Bitcoin rappelle son caractère spéculatif, son immaturité structurelle et l’instabilité de ses corrélations avec les autres classes d’actifs. Mais cette volatilité de court terme ne dit rien de la transformation profonde à l’œuvre.

Car en parallèle, le mouvement de fond — stablecoins, tokenisation, infrastructures blockchain — ne ralentit pas. Au contraire, il s’intensifie et s’industrialise. Les gains sont désormais tangibles : automatisation des processus, règlement quasi instantané, réduction du capital immobilisé, simplification du post‑trade, amélioration de l’expérience client, optimisation de la trésorerie.

Ce sont ces bénéfices — plus que les cycles de marché — qui vont définir la prochaine décennie financière. Une décennie où la valeur ne viendra plus seulement des actifs spéculatifs, mais de la transformation des chaînes de valeur elles‑mêmes. Une décennie où les infrastructures, les paiements et les marchés de capitaux s’appuieront sur des technologies nées de la blockchain pour réduire les coûts, accélérer les échanges et créer de nouveaux modèles opérationnels.

En d’autres termes : la révolution n’est pas dans la volatilité actuelle, mais dans ce qui se construit en silence derrière elle.

 

Jean-Christophe Liaubet, Innovation Leader d’EY

Jean-Christophe Liaubet fait partie du comité exécutif d’EY France en tant qu’innovation leader et associé EY Fabernovel.  

Il travaille depuis près de 30 ans au cœur de la révolution numérique et des nouveaux leviers de création de valeur qu’elle ouvre pour les entreprises. Passionné par l’innovation, il en a fait un fil conducteur de son parcours professionnel et personnel. Arrivé chez EY avec le rachat de Fabernovel, dont il était Managing Partner et ancien associé d’Exane BNP Paribas, il met à profit une double expertise financière et technologique (IA, blockchain, actifs numériques, technologies immersives), ainsi qu’une forte proximité avec les écosystèmes de l’innovation.

 

À propos d’EY

EY rassemble aujourd’hui plus de 400 000 associés et collaborateurs à travers le monde dans plus de 150 pays. Grâce à ce réseau, dont le niveau d’intégration et l’ampleur internationale sont gages d’une même excellence partout dans le monde, EY renforce sa position de leader mondial de l’Audit, du Conseil, des Transactions, de la Fiscalité et du Droit. Nous faisons grandir les talents afin, qu’ensemble, ils accompagnent les organisations vers une croissance pérenne. Et notre engagement envers nos équipes commence avec cette promesse : quel que soit votre parcours avec nous, l’expérience EY dure toute une vie.

Dans le cadre de sa politique Diversité, EY étudie, à compétences égales, toutes candidatures dont celles de personnes en situation de handicap.

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