Les fonds non côtés Articles 9 : entre opacité et paradoxe

Eurazeo a cartographié le marché européen des fonds non cotés Article 9 à dominante environnementale. Résultat : 98,5 milliards d’euros dans 206 fonds. Ce n’est plus un marché de niche — mais c’est dramatiquement insuffisant au regard des 344 milliards de déficit annuel identifiés par I4CE. Le livre blanc identifie trois clarifications qui expliquent pourquoi le capital ne circule pas vers où il devrait aller, malgré l’appétit des investisseurs.

Finyear.com · Corporate Finance · 2 septembre 2026 · Source : Eurazeo, Livre blanc «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», juillet 2026 · Série 4/6 · Lecture : 5 min

 

La cartographie Eurazeo : 206 fonds, 98,5 milliards — et un marché illisible

Eurazeo a entrepris de cartographier le marché européen des fonds non cotés Article 9 (SFDR) à dominante environnementale. Le résultat de cette analyse, fondée sur les bases de données Preqin et PitchBook, identifie 206 fonds représentant 98,5 milliards d’euros d’encours cumulés. La répartition par stratégie est claire : l’infrastructure domine avec 73 fonds et 56,9 milliards d’euros (58% du total), suivie du growth equity avec 30 fonds et 15,2 milliards, du buyout avec 14 fonds et 9,2 milliards, de la dette privée avec 28 fonds et 6,4 milliards, des nature-based solutions avec 20 fonds et 4,9 milliards, et du venture avec 28 fonds et 2,8 milliards. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, analyse interne sur base Preqin et PitchBook, 2025.)

Ce marché existe bel et bien. Avec près de 100 milliards d’euros d’encours, il ne constitue plus un marché de niche. Mais le problème, que le livre blanc pointe directement, est d’abord celui de l’opacité : «il n’existe pas de répertoire qui recense et décrive les fonds d’investissement engagés dans la transition environnementale, ni de possibilité de les comparer avec des indicateurs normalisés». La confusion des appellations — ESG, ISR, durable, impact, transition, climat — coexistent sans toujours recouvrir les mêmes réalités économiques ou environnementales. Des ETF climatiques commercialisés en Europe affichent parmi leurs principales positions Microsoft, Nvidia, Apple, Amazon ou Meta. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Morningstar Global Sustainable Fund Flows Q1 2026 et Bloomberg 11 mai 2026.)

Le paradoxe SFDR : aucune incitation à faire des fonds Article 9 environnementaux

C’est l’un des angles les plus saillants du livre blanc : il n’existe aujourd’hui aucune incitation à structurer un fonds Article 9 non coté à dominante environnementale réelle. Ces véhicules sont structurellement plus coûteux à opérer que les fonds généralistes. Eurazeo a recruté deux ingénieures agronomes en 2023 pour renforcer son expertise en matière d’impact environnemental. Le marché demande qu’une part du carried interest (entre 10 et 50% selon l’étude AXA Climate 2024 sur 24 fonds) soit indexée à l’atteinte d’objectifs d’impact — une pratique qui rend l’accès à la rémunération variable plus exigeant que dans un fonds généraliste. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant AXA Climate «Article 9 Funds and Private Equity» avril 2023.)

«Un assureur ou un fonds de pension qui souscrit à un fonds Article 9 environnemental non coté est traité exactement comme s’il souscrivait à un fonds buyout généraliste. L’avantage fiscal pour le Limited Partner final est inexistant.» — Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026.

Cette asymétrie éclaire le reflux observé sur les fonds Article 9. Ce n’est pas du backlash. LP comme GP opèrent un choix de pragmatisme juridique face à des textes en pleine évolution. Sur des cycles d’investissement de cinq à dix ans, l’incertitude réglementaire de SFDR et SFDR 2.0 commande la prudence. Sans correction de cette asymétrie d’obligations, la part des fonds Article 9, et des futurs fonds «Sustainable» du SFDR 2.0, continuera de se contracter.

Bonzaïs ou baobabs : le défi de l’échelle

L’Europe dispose déjà de 100 à 130 milliards d’euros par an de financements publics théoriquement disponibles pour les acteurs privés pour financer les solutions environnementales. La BEI a signé 88,8 milliards d’euros de nouveaux financements en 2024, dont 51 milliards pour la transition écologique. Le Fonds pour l’Innovation dispose de 12,3 milliards d’euros cumulés depuis 2020. Mais au 30 juin 2025, seuls 331,8 millions avaient été effectivement versés aux projets — soit 2,9% des 11,6 milliards engagés. La Cour des comptes européenne a documenté les difficultés à transformer les engagements budgétaires en projets déployés. «Le problème n’est donc pas un défaut d’appétit mais davantage la capacité des dispositifs publics à déployer les projets.» (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Cour des comptes européenne Rapport spécial 11/2026 et BEI communiqué 30 janvier 2025.)

Le paradoxe est là : d’un côté, les fonds sont disponibles — notamment les recettes carbone qui sont sous-utilisées. De l’autre, les fonds environnementaux réellement orientés vers les solutions (Article 9 – SFDR) sont à la recherche de capital à déployer. L’Europe préfère encore les bonzaïs aux baobabs : la doctrine de la concurrence européenne, avec ses contraintes d’équilibre entre 27 États membres, conduit à fractionner les montants investis dans des secteurs stratégiques où la Chine mélange financements privés et publics, et où l’écosystème américain permet à certaines entreprises de lever des sommes records.

Sources : Eurazeo, «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», Livre blanc, juillet 2026. Sources primaires citées : analyse interne Preqin/PitchBook 2025 · Morningstar Global Sustainable Fund Flows Q1 2026 · AXA Climate avril 2023 · Cour des comptes européenne Rapport spécial 11/2026 · BEI communiqué janvier 2025 ·

En savoir plus sur Finyear

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture