Le climat s’aggrave, la politique recule, l’économie pivote — et les investisseurs ne sont pas dupes

350 milliards d’euros manquent chaque année pour financer la transition environnementale européenne. Les politiques climatiques reculent des deux côtés de l’Atlantique. Pourtant, les grands fonds souverains et les allocataires institutionnels maintiennent le cap. Le livre blanc qu’Eurazeo publie en juillet 2026, «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle : l’Europe en pole position», part d’un constat que la plupart des commentateurs ratent : le signal politique ne dit rien du signal économique.

 

Finyear.com · Corporate Finance · 2 septembre 2026 · Source : Eurazeo, Livre blanc «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», juillet 2026 · Série 1/6 · Lecture : 5 min

 

Le signal physique : une accélération documentée

Le livre blanc d’Eurazeo, publié en juillet 2026, part d’un fait que la plupart des commentateurs tendent à minimiser : le rythme du réchauffement s’est clairement accéléré. L’étude du Potsdam Institute for Climate Impact Research publiée en mars 2026 établit que nous sommes passés à 0,35°C par décennie entre 2015 et 2025, contre 0,2°C par décennie en moyenne sur 1970-2015. James Hansen — le climatologue qui alertait le Sénat américain en 1988 — projette désormais un réchauffement de 1,7°C dès 2027. L’année 2024 a été la première à franchir le seuil de 1,5°C en moyenne annuelle. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant PIK mars 2026 et James Hansen, Substack, 30 avril 2026.)

L’impact financier est déjà comptabilisé. Munich Re a chiffré les catastrophes naturelles 2025 à 224 milliards de dollars de dégâts économiques, dont 108 milliards assurés — la sixième année consécutive au-dessus de 100 milliards. Les seuls incendies de Los Angeles ont coûté 61 milliards de dollars en janvier 2025, dont 35 milliards pour les assureurs. Swiss Re estime que les pertes assurées croissent de 5 à 7% par an en termes réels depuis 1995, et que le seuil de 300 milliards de pertes économiques annuelles n’est plus une anomalie statistique mais un événement plausible. Pour un asset manager, ce signal ne peut être ignoré : c’est un coût croissant qui va se loger dans les bilans. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Munich Re janvier 2026 et Swiss Re Institute 2025-2026.)

Le signal politique : le recul ne dit pas tout

Le signal politique, lui, va dans l’autre sens. L’administration Trump a engagé depuis janvier 2025 plus de cinquante actions de démantèlement ou de réduction des mesures climatiques fédérales. L’Inflation Reduction Act — 369 milliards de dollars initialement prévus, 825 milliards sur dix ans selon le CBO — fait l’objet de révisions substantielles. En février 2026, l’administration a officiellement abrogé l’Endangerment Finding de 2009, le fondement juridique de toute la politique climatique fédérale américaine. En Europe, le paquet Omnibus d’avril 2025 a réduit de 80% le périmètre d’application de la CSRD, et l’EUDR sur la déforestation a été reportée et assouplie. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant EPA communiqué de presse 12 février 2026 et Commission européenne.)

«La crise iranienne de février 2026, sixième choc fossile majeur depuis 1973, confirme une réalité désormais centrale : la sortie des énergies fossiles n’est plus seulement un objectif climatique, mais une condition de souveraineté économique.» — Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026.

Le signal économique : la lame de fond que le bruit politique masque

C’est le troisième signal — le signal économique — qui contredit l’impression de désengagement. En 2025, l’investissement énergétique mondial a atteint un record de 3 300 milliards de dollars. Selon l’AIE, les technologies propres captent désormais environ 2 200 milliards — le double des fossiles, et 67% de l’investissement énergétique total contre 44% en 2015. En Chine, les cleantech représentent 11,4% du PIB et ont généré plus d’un tiers de la croissance économique du pays en 2025. Aux États-Unis, pour la première fois dans l’histoire américaine, les énergies bas-carbone ont fourni 51% de l’électricité en mars 2026. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant AIE World Energy Investment 2025 et Carbon Brief, 5 février 2026.)

Les grands allocataires institutionnels — fonds souverains, fonds de pension — maintiennent le cap. La Net-Zero Asset Owner Alliance réunit 86 grands propriétaires d’actifs représentant près de 9 200 milliards de dollars. En 2023, leurs investissements dans des solutions climatiques ont atteint 175 milliards, portant le total à plus de 555 milliards depuis 2019. Temasek — 430 milliards de dollars de portefeuille — a explicitement formulé sa doctrine : la transition énergétique est «a fundamental rewiring of the physical economy and the underlying infrastructure». Ce n’est plus un thème d’investissement — c’est le cadre dans lequel va se redéfinir l’ensemble de l’économie physique. Selon l’enquête Rede Partners de fin 2025 auprès de 60 LP institutionnels, les allocations aux stratégies Climate & Impact ont progressé de +22% entre novembre 2023 et novembre 2025, et 71% des LP pensent que le climat est un moteur de croissance massif et inévitable. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant NZAOA Fourth Progress Report 2025 et Rede Partners Impact Report 2025.)

Sources : Eurazeo, «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», Livre blanc, juillet 2026. Sources primaires citées : Munich Re (janvier 2026) · Swiss Re Institute (2025-2026) · PIK (mars 2026) · AIE World Energy Investment 2025 · Carbon Brief (février 2026) · NZAOA Fourth Progress Report 2025 · Rede Partners Impact Report 2025 · EPA (février 2026).

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