Kraken rachète la technologie derrière 60 millions de wallets crypto

Kraken rachète la technologie derrière 60 millions de wallets crypto : pourquoi la consolidation de l’infrastructure s’emballe

Le 27 juillet 2026, Payward — la maison mère de Kraken — a annoncé l’acquisition de la division wallet-as-a-service de Magic Labs. La technologie acquise a été utilisée pour créer plus de 60 millions de portefeuilles non-custodial, avec plus de 10 milliards de dollars de volume stablecoin et 200 000 développeurs actifs. C’est la quatrième acquisition significative de Payward en dix-huit mois. Et personne dans la presse financière française n’en a parlé. C’est pourtant l’un des signaux les plus clairs de la restructuration de l’infrastructure financière numérique.

Finyear.com · Fintech · 29 juillet 2026 · Lecture : 6 min

 

Ce qui a été annoncé le 27 juillet

Le 27 juillet 2026, Payward — la société holding derrière l’exchange Kraken — a annoncé l’acquisition de la division wallet-as-a-service de Magic Labs via un asset purchase. La transaction porte sur la technologie d’infrastructure de portefeuilles non-custodial développée par Magic Labs depuis 2018, qui a permis la création de plus de 60 millions de wallets self-custody, facilité plus de 10 milliards de dollars de volume stablecoin, et attiré plus de 200 000 développeurs sur sa plateforme. Les termes financiers de l’opération n’ont pas été divulgués. Magic Labs avait levé plus de 80 millions de dollars au total, dont 52 millions lors d’un tour mené par PayPal Ventures en 2023. (Sources : The Block, Blockonomi, Cryptopolitan, Blockchainreporter, 27-28 juillet 2026.)

L’actif acquis sera intégré dans Payward Services, la plateforme B2B de Kraken qui propose déjà des services de trading institutionnel, de custody, d’actifs tokenisés, de dérivés et de rampes fiat. L’acquisition des wallets complète cette offre en y ajoutant la couche d’onboarding utilisateur — permettant à des entreprises clientes de Payward Services d’intégrer des wallets non-custodial directement dans leurs applications, sans que leurs utilisateurs aient à gérer des seed phrases. (Source : The Block, 27 juillet 2026.)

Sean Li, co-fondateur de Magic Labs, a annoncé la transaction sur X : « Nous avons pris deux décisions : nous avons vendu notre activité wallet à Payward, la société derrière Kraken. Et Magic Labs devient Newton Labs. Accompagner le monde à l’onboarding était la première partie de notre mission. Sécuriser le capital qui suit est la deuxième. » (Source : Twitter/X de Sean Li, 27 juillet 2026.)

La logique stratégique : Payward construit une pile complète

L’acquisition de Magic Labs s’inscrit dans une logique d’intégration verticale rapide et délibérée. Payward possède désormais les briques d’une offre d’infrastructure financière complète pour les entreprises qui veulent exposer leurs clients aux actifs numériques : trading et custody via Kraken, dérivés CFTC via Bitnomial (acquis en mai 2026 pour jusqu’à 550 millions de dollars), paiements stablecoin via Reap Technologies (acquis en mai 2026 pour 600 millions de dollars), futures retail via NinjaTrader (acquis en 2025 pour 1,5 milliard de dollars), et désormais wallets non-custodial via Magic Labs. (Sources : Cryptopolitan, The Block, Blockonomi, juillet 2026.)

La stratégie est lisible. Kraken cherche à devenir pour les entreprises ce que Stripe est pour les marchands classiques : une infrastructure financière complète accessible via une API, sans avoir à assembler des dizaines de fournisseurs différents. La différence est que Payward fait ce mouvement sur les rails de l’économie numérique native — crypto, stablecoins, actifs tokenisés — là où Stripe s’est construit sur les rails du système bancaire traditionnel. Ce positionnement n’est pas anodin dans le contexte de la suppression progressive de la règle NMS 611 par la SEC, qui pourrait ouvrir la porte au trading d’actions tokenisées sur des protocoles décentralisés. Payward serait alors idéalement positionné pour en être l’infrastructure de référence.

Magic Labs devient Newton Labs — et ce n’est pas anodin

L’autre dimension de cette transaction est la trajectoire de Magic Labs elle-même, qui se rebaptise Newton Labs pour se concentrer entièrement sur le Newton Protocol. Ce protocole est décrit par la société comme une couche d’autorisation pour la finance on-chain — il vérifie que les transactions crypto respectent les règles de conformité, de sécurité et de risque avant qu’elles ne se règlent on-chain. Le protocole a été lancé en bêta mainnet en juin 2026. (Source : The Block, Cryptopolitan, 27 juillet 2026.)

Le premier produit construit sur Newton Protocol est VaultKit, un ensemble de politiques composables que les coffres-forts de grade institutionnel utilisent pour faire appliquer la conformité, la sécurité, l’identité et la logique de risque à l’intérieur des transactions avant règlement. La couche d’autorisation s’étendra également aux actifs du monde réel, aux stablecoins et au commerce agentique. (Source : The Block, 27 juillet 2026.)

Ce que cette trajectoire illustre est significatif pour l’écosystème fintech européen. La division entre les acteurs d’onboarding — ceux qui facilitent l’accès des utilisateurs aux wallets et aux actifs — et les acteurs d’infrastructure de conformité — ceux qui s’assurent que les transactions sont légales avant de s’exécuter — est en train de s’institutionnaliser. C’est précisément la dichotomie que le régime pilote DLT de l’Union européenne cherche à encadrer, et dans laquelle des acteurs comme Fourthline-Veridas se positionnent du côté européen.

Ce que cela signifie pour les trésoriers et les DSI des institutions financières

Pour les directions financières et les DSI des banques, assureurs et gestionnaires d’actifs qui évaluent une exposition aux actifs numériques, l’acquisition Magic Labs-Payward clarifie le paysage des fournisseurs. Une pile d’infrastructure Payward Services offre désormais de façon cohérente l’accès aux marchés, la custody, les dérivés, les paiements et les wallets — sous un seul prestataire, avec une traçabilité des responsabilités simplifiée. C’est un argument commercial que Payward ne manquera pas de faire valoir auprès des institutions financières qui hésitent encore à s’exposer aux actifs numériques par manque d’infrastructure intégrée.

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