FiDA : l’open finance européen entre en phase opérationnelle et dépasse l’open banking
23/07/2026
Le règlement sur l’accès aux données financières — Financial Data Access, dit FiDA — entre dans sa phase opérationnelle en 2026. Il étend à partir de fin 2026 l’accès aux données bien au-delà des comptes courants : assurances, pensions, crédits immobiliers, produits d’investissement. Pour les fintechs françaises agréées, c’est une opportunité de marché considérable — et une nouvelle couche de conformité à intégrer.
De l’open banking à l’open finance : un saut qualitatif majeur
Depuis 2018, la directive DSP2 a créé l’open banking en Europe : les banques sont tenues de donner accès à leurs API aux prestataires de services de paiement agréés, permettant l’agrégation de comptes, l’initiation de paiements et le partage de données transactionnelles avec le consentement du client. Ce cadre a structuré un écosystème de plusieurs centaines de fintechs en France et a généré un marché estimé à 185 milliards de dollars d’opportunités B2B en 2026 selon les projections du rapport State of B2B Embedded Finance.
FiDA va plus loin. Le règlement étend le principe du partage de données ouvert à l’ensemble des données financières d’un individu ou d’une entreprise : non plus seulement les comptes courants et les transactions, mais aussi les contrats d’assurance, les plans d’épargne retraite, les crédits immobiliers, les portefeuilles de titres. Avec le consentement du client, une fintech agréée pourra agréger l’intégralité de son profil financier, depuis son compte courant jusqu’à son contrat d’assurance-vie, en passant par son plan d’épargne entreprise.
FiDA ne remplace pas DSP2 — il l’englobe. C’est le passage d’une logique de paiement à une logique de données. L’enjeu n’est plus de faciliter la transaction, il est de construire une vision complète du patrimoine financier du client.
Le calendrier de déploiement et ses implications pratiques
FiDA entre officiellement en vigueur en Europe en 2026, avec une période de transition de vingt-et-un mois à compter de la date d’entrée en vigueur officielle. La Phase 1, prévue pour fin 2026, couvre les comptes courants et les produits d’épargne — un périmètre proche de ce que DSP2 couvrait déjà, avec des exigences techniques renforcées sur la qualité et la disponibilité des API. La Phase 2, attendue pour 2027, étend le périmètre aux assurances, aux pensions professionnelles et aux crédits immobiliers — les segments les plus complexes à ouvrir, car ils impliquent des acteurs jusqu’ici non soumis à des obligations d’open banking.
Pour les fintechs déjà agréées en tant que prestataires de services de paiement ou d’information sur les comptes sous DSP2, la transition vers FiDA implique deux démarches parallèles. D’abord, une mise à jour des agréments existants pour couvrir les nouvelles catégories de données accessibles — ce qui suppose une nouvelle phase d’instruction auprès de l’ACPR. Ensuite, une adaptation des infrastructures techniques pour ingérer et traiter des flux de données provenant d’institutions qui n’avaient jusqu’ici aucune obligation de les exposer via des API : assureurs, gestionnaires de fonds de pension, établissements de crédit immobilier.
Les nouvelles opportunités produit que FiDA crée
L’extension du périmètre de données ouverte par FiDA crée plusieurs catégories de nouveaux produits qui n’étaient pas réalisables sous le seul régime DSP2. Le conseiller financier personnel agrégé — une application capable de visualiser l’ensemble du patrimoine d’un client, de ses liquidités à son plan d’épargne retraite en passant par sa résidence principale et ses contrats d’assurance-vie — devient techniquement et réglementairement possible. Des acteurs comme Finary en France s’y préparent depuis plusieurs années.
Le scoring crédit enrichi est une autre opportunité majeure. En combinant les données transactionnelles bancaires — déjà accessibles sous DSP2 — avec les données d’assurance, de pension et d’investissement rendues accessibles par FiDA, les fintechs de crédit peuvent construire des modèles d’évaluation du risque emprunteur bien plus précis que ce que permettent les données bancaires seules. C’est particulièrement précieux pour l’évaluation des travailleurs indépendants et des dirigeants de PME, dont le profil financier est complexe et mal capturé par les méthodes d’analyse traditionnelles.
Ce que FiDA change pour la concurrence entre banques et fintechs
FiDA modifie l’équilibre concurrentiel entre les acteurs établis et les nouveaux entrants. Les banques et les assureurs qui contrôlaient jusqu’ici leurs données client comme un actif stratégique sont contraints de les partager avec des tiers agréés. En contrepartie, ils peuvent eux-mêmes accéder aux données des autres institutions avec le consentement du client — ce qui leur donne la capacité de proposer des offres de conseil patrimonial global qu’ils ne pouvaient pas construire seuls. La question est de savoir lequel des deux camps saura le plus rapidement transformer cette symétrie d’accès en avantage client perceptible.
