Facture électronique : solution contre les retards de paiement?

Les retards de paiement fragilisent chaque année des milliers d’entreprises françaises, en particulier les plus petites. Conçue avant tout pour lutter contre la fraude à la TVA, la facturation électronique pourrait aussi, en creux, devenir un outil de discipline financière entre entreprises.

L’état des délais de paiement en France

 

Le constat dressé chaque année par l’Observatoire des délais de paiement, rattaché à la Banque de France, ne s’améliore pas. Fin 2024, le retard moyen constaté entre entreprises françaises atteignait 13,6 jours, en hausse d’un jour par rapport à 2023 et nettement supérieur au niveau observé en 2019, où il se situait autour de 10 jours.

Ce retard moyen masque de fortes disparités. Les grandes entreprises restent, structurellement, les moins bonnes payeuses, avec des retards atteignant en moyenne 18 jours dans les structures de plus de 1 000 salariés, alors même qu’elles disposent des moyens financiers et organisationnels les plus solides.

Selon les travaux de l’Observatoire, l’absence de ces retards aurait représenté environ 15 milliards d’euros de trésorerie supplémentaire pour les seules PME en 2024. Un montant qui donne la mesure de l’enjeu, bien au-delà d’une simple question de discipline comptable.

Ce paradoxe entre taille et comportement de paiement s’explique en partie par le rapport de force commercial : les grandes entreprises, en position de force face à leurs fournisseurs souvent plus petits, subissent moins de pression pour régler rapidement, quand une TPE ne peut généralement pas se permettre de payer en retard un fournisseur dont elle dépend au quotidien.

Comment la facture électronique peut aider

 

Le lien entre facturation électronique et délais de paiement n’est pas immédiat, mais il existe. Une facture structurée, transmise via une plateforme agréée, est horodatée et traçable dès son émission, ce qui facilite le suivi précis de son statut : reçue, en attente de paiement, réglée. Les experts-comptables, dont ceux de Keobiz, constatent que cette traçabilité accrue permet souvent une relance plus rapide et mieux ciblée des factures en retard.

Avec le format papier ou le PDF classique, le suivi repose largement sur des relevés manuels et des tableurs, avec un risque d’erreur ou d’oubli qui augmente avec le nombre de factures à traiter. La facture électronique, en centralisant l’information sur une plateforme unique, réduit une partie de ces frictions administratives.

Ce n’est pas la réforme qui résout à elle seule le problème des retards de paiement, souvent lié à des choix stratégiques ou à des tensions de trésorerie chez le client. Mais elle retire une partie des excuses les plus courantes, comme la facture égarée ou l’oubli de relance, qui pèsent aujourd’hui sur le recouvrement des petites structures.

Certains éditeurs de plateformes agréées développent d’ailleurs des fonctionnalités spécifiquement pensées pour ce suivi : tableaux de bord de trésorerie, alertes automatiques sur les factures arrivant à échéance, historique complet des délais constatés par client. Des outils qui existaient déjà dans certains logiciels de facturation avancés, mais que la généralisation de la facture structurée devrait démocratiser plus largement, y compris chez les plus petites structures.

L’effet attendu sur la trésorerie et le BFR

 

Pour une TPE ou une PME, le besoin en fonds de roulement (BFR) dépend directement du délai entre la sortie de trésorerie liée aux achats et l’encaissement des ventes. Réduire, même de quelques jours, le délai moyen de paiement des clients a un effet direct et mesurable sur la trésorerie disponible.

Concrètement, une entreprise qui parvient à réduire de quelques jours seulement son délai moyen d’encaissement peut, selon son volume d’activité, dégager l’équivalent de plusieurs semaines de charges fixes en trésorerie disponible. Un gain qui ne nécessite aucun investissement supplémentaire, seulement une meilleure exploitation des données déjà présentes dans son système de facturation.

Une meilleure visibilité sur les factures émises et leur statut de paiement permet également d’anticiper plus tôt les tensions de trésorerie, plutôt que de les découvrir au moment où elles deviennent critiques. Un enjeu particulièrement sensible pour les commerçants et artisans, dont l’activité dépend souvent d’un équilibre de trésorerie serré au quotidien.

À l’échelle d’une entreprise individuelle, ce gain peut sembler modeste. Mais rapporté à l’ensemble du tissu économique français, plusieurs millions d’entreprises concernées par la réforme, l’effet cumulé sur la trésorerie globale des PME pourrait s’avérer significatif, si les délais de paiement suivent effectivement une trajectoire à la baisse.

Les conditions pour que ça marche vraiment

 

Cet effet positif sur les délais de paiement n’a rien d’automatique. Il suppose que les entreprises exploitent réellement les données mises à leur disposition par leur plateforme agréée, plutôt que de se contenter d’une simple mise en conformité technique sans changer leurs pratiques de relance.

Il suppose également une adoption suffisamment large et rapide du dispositif : plus le nombre d’entreprises effectivement équipées et actives sur leur suivi de paiement sera élevé, plus l’effet de traçabilité collective jouera à plein. Une adoption partielle ou tardive limiterait mécaniquement ce bénéfice attendu.

Pour les dirigeants, le message des experts-comptables reste cohérent avec le reste de la réforme : la facture électronique devient, au-delà de la simple obligation à cocher, l’occasion de revoir sa politique de suivi des paiements. Ceux qui s’en saisiront réellement, au-delà de la simple conformité, ont de bonnes chances d’en tirer un bénéfice concret sur leur trésorerie dans les prochaines années.

Les prochains rapports de l’Observatoire des délais de paiement, publiés une fois la réforme pleinement déployée, permettront de mesurer si cette promesse se traduit effectivement dans les chiffres. En attendant, les experts-comptables recommandent aux dirigeants de ne pas attendre ces résultats statistiques pour agir : la discipline de suivi des paiements peut, elle, être mise en place dès aujourd’hui, indépendamment du calendrier réglementaire de la facture électronique.

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