Entretien | Neal Robert, bem.builders – « Le metavers n’existe pas ! »
10/03/2023
Renforcée par sa première levée de fonds en seed de 2 millions d’euros auprès de Karot Capital, Keyrus et son startup studio, Younicorns, la start-up fourmille de projets et d’expériences. Coup d’envoi de la quête dans le metavers avec Neal Robert en éclaireur.
Anne-Laure Allain
Des clients d’ampleur à forte notoriété, une première levée de fonds bouclée alors que vous avez à peine deux ans d’existence, pouvez-vous nous expliquer le modèle de bem.builders ?
Nous nous connaissons depuis 15 ans et nous avons déjà monté des entreprises ensemble en nous appuyant sur des connaissances ultra complémentaires. Pour ma part, je suis issu du marketing : j’ai dirigé pendant 8 ans une agence de marketing-communication en Birmanie avec 120 collaborateurs et des clients comme Unilever, Heineken, Samsung, KFC…
Paul Mouginot est un spécialiste de l’IA qui a déjà vendu une entreprise à Veepee. Adrien, son petit frère, est architecte et Quentin est un excellent stratège. Marc qui s’occupe de l’administratif est un altruiste dont l’IKIGAI est « rendre les gens heureux » et Thibault produit des expériences.
Sans entrer dans le storytelling larmoyant, avec mes meilleurs amis, nous avons réellement traversé la guerre au moment du coup d’état militaire en Birmanie (1er février 2021). Aujourd’hui, nous sommes encore ensemble, et sommes à la tête de notre entreprise.
Notre cœur de métier est d’accompagner les marques du monde physique dans le metavers via la création d’expériences. Ensemble, nous utilisons nos forces dans nos domaines de compétences respectifs pour penser une expérience, la dessiner, la développer et l’intégrer dans ce metavers.
Quelle est votre définition du metavers ?
De notre côté, nous maîtrisons techniquement ces plateformes pour y développer des expériences que ce soit pour du divertissement de cible, de l’engagement de communautés, pour fidéliser. J’emploie volontairement des termes marketing car nos clients s’adressent souvent à nous dans le cadre d’une réflexion marketing. Aujourd’hui, nous ne nous définissons pas comme une agence mais comme une « metavers experience factory » où la notion de « faire » est importante car tout est expérimental.
C’est pour s’adresser à de nouvelles cibles que des groupes comme Casino, font appel à vous ?
Quant aux marques, elles investissent pour accéder à ces mondes ce qui est déjà dans leurs habitudes. Le marketing a toujours su s’adapter aux nouveaux canaux de distribution, aux nouvelles opportunités de prolongation de lien avec leurs cibles. Les marques ont eu cette démarche lors de l’avènement d’Internet et, ont su composer avec les réseaux sociaux.
Que recherchent les marques sur ce nouveau terrain qu’est le métavers ?
Son business model c’est : « l’opportunité de gains par le hasard ». Un fil conducteur que l’on retrouve dans ses jeux comme le loto, les cartes à gratter, les jeux en ligne, l’application, les paris sportifs. Aujourd’hui, le metavers est une nouvelle opportunité de déployer ce business model. Si on considère, par exemple, que le hasard prime dans ce que propose la FDJ, alors, il faut que l’expérience immersive proposée soit, elle aussi, dans l’architecture du hasard, via un avatar propulsé dans un monde où l’on casse les codes.
Quant à la troisième raison, il s’agit du déploiement de jumeaux numériques qui donnent des possibilités infinies. A l’instar de Deutsche Line avec Nvidia : la société ferroviaire allemande a déployé son réseau dans le monde virtuel ce qui lui permet d’anticiper les conséquences des pannes, le re-dispatching des lignes en cas de colis suspects.
Image de marque, nouvelle verticale, jumeau numérique… Même si la promesse est jolie sur le papier, le metavers s’adresse plutôt à une niche ?
Par rapport à l’image de marque : oui, les mois, les années à venir se chargeront d’écrémer de telles initiatives. En revanche, pour les marques à la recherche d’une autre verticale, il s’agit de générer de l’engagement d’une nouvelle communauté tout en respectant leur ADN. Un client reste généralement moins de 5 minutes sur le site Internet d’une marque. Dans le metavers, les avatars explorent un univers en moyenne 57 minutes. A l’instar de l’opération menée pour Carrefour sur The Sandbox. L’idée était de prolonger leur engagement pour les apiculteurs et la biodiversité dans le metavers. Au printemps 2022, nous avons « droppé » une première collection de NFT, des NFBees, selon les goûts des consommateurs en matière de fruits et légumes (abeilles fraises, abeille citron, etc.). Les acheteurs de ces NFT ont été impliqués dans le développement du metavers via une discussion Discord. Dans cette expérience ce n’est pas nous, ni Carrefour qui avons pris le contrôle, mais les possesseurs de NFT. Ces NFBees avec leurs personnalités et leur univers auront des avantages dans le monde réel. C’est ce que nous appelons le « play to learn to earn ». Les rewards obtenus dans le monde virtuel, seront matérialisés en donation à la Fondation de France pour soutenir les apiculteurs. Les détenteurs de NFBees recevront le miel des apiculteurs en question. Dans le cas de Carrefour, on s’adresse à plusieurs milliers de détenteurs de NFBees.
Pouvez-vous nous donner la moyenne d’âge des participants à cette opération ? Et expliquer les modalités de connexion ?
D’où votre récente initiative avec John Karp, fondateur de la Non Fungible Conference et animateur de NFT Morning de, « The Lost Wallet » ?
En amont du lancement, je pense avoir eu le premier live tweet avec l’ensemble des dirigeants de ces mondes. Aujourd’hui, chacune des plateformes est dans l’obligation de se définir de manière individuelle. Demain, l’objectif, est de permettre une navigation trans-plateformes afin de décloisonner les expériences. Autre question de taille soulevée : la sécurité ! Quand vous lancez une quête de 6 mois avec des passionnés du monde entier, vous ne pouvez pas vous permettre de les décevoir via un wallet piraté. Là, encore, les plateformes doivent coopérer ! C’est l’avantage du Web3 : c’est un monde ultra collaboratif.
Propos recueillis par Anne-Laure Allain
Lire aussi : l’article sur "The Lost Wallet"




