Entretien | Mark Kepeneghian, Kriptown. “J’ai toujours eu comme projet de trouver un moyen d’aider à financer l’économie réelle”
16/10/2024
Sa cause, son projet porte le nom de Kriptown, l'entreprise qu'il a montée en 2018 avec ses 3 associés Arnaud Mournetas, Mathieu Esteve et Jeremy Lachaud. Ensemble, ils ont décidé de révolutionner la façon dont les PME peuvent s'introduire en bourse et ce, grâce à la blockchain.
Après un premier tour de table en Seed en 2022 auprès du fonds luxembourgeois Accurafy4 (1,35 million), Kriptown vient de dévoiler une série A d'un montant de 4,2 millions d'euros, 100 % en equity, auprès de BNP Paribas, Bpifrance, et Centilux Family Office (Accurafy4 ayant suivi au tour de table).
Objectifs pour Kriptown et ses fondateurs : obtenir l'agrément SNR DLT (Système de Négociation et de Règlement) à l'ACPR dans le cadre du nouveau Règlement Européen DLT Pilot Regime (un agrément qui, jusque-là n'a jamais été accordé) ; finaliser son infrastructure technique et, réaliser sa première IPO. Le tout dans le courant de l'année 2025 !
Finyear a profité de l'officialisation de cette série A pour revenir avec Mark Kepeneghian sur la genèse du projet Kriptown et ses ambitions en matière d'aide aux financements des PME.
Propos recueillis par Anne-Laure Allain
Pouvez-vous revenir pour nous sur la genèse du projet Kriptown ?
Or, il y a un réel besoin d’argent dans le non coté. A plus forte raison, en ce moment, où les PME en France sont en manque de financement.
Trouver un moyen de fournir de la liquidité à ces PME c’était réduire le risque pour les investisseurs. En réduisant ce risque, nous allions donc mécaniquement redonner du sens à ces actifs pour ces investisseurs et donc rediriger plus de flux des investisseurs (particuliers ou institutionnels). En trouvant ce moyen, nous étions en capacité d’aider à financer l’économie réelle. Ce constat est né en 2017, et n’a pas bougé d’un pouce depuis !
Vous n’êtes pas seul dans cette aventure. Pourtant vous avez dû vous sentir assez isolés au début, puisqu’aucun cadre réglementaire n’existait ?
Nous nous sommes lancés début 2017 et avons créé l’entreprise début 2018. A l’époque, il n’y avait rien du tout, même le régime PSAN n’existait pas. La struture Alternativa avait bien fait une tentative de bourse pour les PME mais elle venait de fermer ses portes.
Nous étions dans un flou total en matière réglementaire mais nous savions ce que nous voulions faire tant en termes opérationnel que technique. Nous voulions simplement créer une place de marché, une bourse où les gens se connectent, et se financent en EUROS. Mécaniquement, même si pour des raisons réglementaires, il y a beaucoup de complexité technique, c’est assez simple : on investit dans une entreprise, on la finance et on peut revendre quand on veut. Je suis profondément convaincu que la France, l’Europe ont besoin d’une telle bourse.
Cela n’a quand même pas dû être facile de convaincre un investisseur pour votre premier tour de table, sans cadre réglementaire et avec la méfiance qu’il pouvait y avoir à l’époque en matière de blockchain ?
Nous avons sollicité le statut de PSAN dès que cela a été faisable. Le tout, en espérant un futur régime pilote même si à l’époque c’était plus un rêve que quelque chose de concret. Nous étions dans les débats autour du régime PSAN et avons participé aux consultations.
C’est sur cette promesse, qu’en parallèle, nous avons orchestré notre première levée de fonds en seed avec Accurafy4
Un peu Kamikaze peut-être (rires) ? Surtout que vous deviez financer le déploiement d’une plateforme technique pour soutenir un projet qui n’avait pas de cadre réglementaire ?
De toute façon, ce besoin de financement pour les PME existe. Tout le monde le reconnaît. Les pouvoirs publics en premier ! Une solution utilisant les technologies d’aujourd’hui devait se mettre en place.
Sur le développement technique, deux des co-fondateurs sont purement tech ce qui nous a permis de démontrer que nous savions faire. Chez nous, tout est en interne : de la plateforme développée en prod à notre service de bourse. Alors que la plupart des exchanges louent généralement cette typologie de services.
Nous avons su démontrer que nous avions la capacité technique pour accompagner le projet et son déploiement.
Nous avons aussi la compréhension réglementaire notamment parce que nous faisions et nous faisons toujours partie, de la plupart des consultations de place en la matière. Nous entretenons, par ailleurs, un dialogue régulier et assez productif avec les régulateurs et les pouvoirs publics.
Evidemment, que tout cela n’était pas certain comme toute aventure de fintech, de startup. Mais je pense que nous avons su démontrer notre vision, notre engagement derrière le projet Kriptown.
Et le régime pilote dans tout cela ?
Grâce à ce régime pilote, nous allons pouvoir sortir une infrastructure qui n’a jamais existé, au service du besoin en fonds propres des PME qui n’ont, aujourd’hui, pas vraiment d’outil pour cela.
Quant aux investisseurs, ils ont ont envie de s’impliquer dans les PME mais ont du mal à les trouver puisqu’il y a peu de PME cotées, ce qui ne leur offre pas vraiment de choix.
Les investisseurs en ont envie, les PME en ont besoin. Mais il n’y a pas d’infrastructures de marché parce que ce qui existe aujourd’hui est trop couteux, trop complexe et finalement pas vraiment adapté.
Vous venez de finaliser votre Série A d’un montant de 4,2 millions d’Euros menée par BNP Paribas avec Bpifrance, Centilux Family Office et Accurafy 4, quels sont vos projets de déploiement ?
Cette levée a comme objectif d’obtenir cet agrément SNR DLT et, de répondre aux exigences de cet agrément que ce soit des exigences prudentielles ou des exigences en termes de DP nécessaires.
Nous allons aussi finaliser le développement de cette infrastructure technique pour passer de la prod à quelque chose répondant aux exigences de sécurité en adéquation avec nos ambitions européennes. Et, également, créer l’outil commercial, les process opérationnels pour permettre aux émetteurs d’arriver à réaliser leur IPO.
Avoir comme investisseurs des banques et, notamment la première banque en Europe, BNP Paribas et Bpifrance, est-ce un signe que votre alliance va aller rapidement au-delà de la relation entreprise/ actionnaire ?
Il est évident que notre but est d’être connecté aux banques. Nous allons parler à toutes les banques de la place, en premier BNP Paribas et Bpifrance, pour qu’ils nous adressent leurs clients PME qui ont besoin de fonds, en particulier les entreprises qui ont besoin de financement pour leur projet de réindustrialisation.
Sur des projets qui peuvent être financés une grande partie en dette avec un appui en fonds propres, nous souhaitons devenir l’infrastructure sur laquelle, les banques et les PME pourront s’appuyer pour aller lever ces fonds propres en nous connectant à leurs propres infrastructures.
Nous ne sommes pas entrés dans ces détails aujourd’hui avec nos actionnaires, mais c’est notre but.
Une infrastructure de marché a besoin de cela pour vivre mais cela va prendre du temps.
Justement, en termes de temps, quel est votre calendrier pour les prochaines étapes ?
C’est un agrément qui n’a jamais été distribué en Europe, donc impossible de déterminer un calendrier. Dans l’idéal, j’aimerais l’obtenir d’ici la fin du premier semestre 2025. Mais rien n’est certain.
Notre souhait c’est qu’en 2025 nous obtenions l’agrément, nous présentions la version finalisée de l’infrastructure technique avec les process et, que nous ayons réalisé la première IPO sur la plateforme.
Cela, nous voulons le faire seuls. Il y a énormément de travail à fournir. Car, si les partenariats bancaires sont effectivement très structurants, ils peuvent parfois présenter une certaine inertie. Cela risque de nous ralentir sur cette première année.
Une fois ces étapes franchies de manière indépendante, nous nous concentrerons sur l’industrialisation de notre modèle qui nécessitera évidemment de se connecter aux banques.
Pourriez-vous imaginer que demain, Kriptown se présente comme une API connectée aux banques, leur permettant d’automatiser un maximum de process dans le cadre d’une IPO de PME ?
Donc oui, si on imagine une banque qui suivrait une entreprise depuis plus de 10 ans, qu’elle concentre tous les documents sur sa plateforme et que nous arrivons avec une interface connectée, sécurisée, répondant au cadre réglementaire, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible. Ne serait-ce que pour les papiers d’introduction. Nous prendrons cependant, toujours le temps, de rencontrer le chef d’entreprise.
Cette possibilité fait partie de la scalabilité de Kriptown. Et ce que l’on pourra faire en France, nous pourrons le reproduire dans un second temps en Europe.
Et du côté des investisseurs ?
Préparer une IPO reste une étape assez lourde à gérer ou peut faire faire, à plus forte raison pour une petite PME, comment inciter les dirigeants à franchir cette étape ?
Demain, toute PME qui cherche à lever 3 ou 5 millions sera en capacité d’entrer dans le process en nous fournissant un document synthétique de présentation (et pas le prospectus réglementaire).
Quand on recherche 5 millions d’euros, que l’on passe par une levée de fonds, par de la dette : il faut préparer de la documentation. S’ils sont prêts à aller chercher 5 millions d’euros en dettes avec une banque, ils seront prêts à aller chercher la brique "fonds propres" avec Kriptown !
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