Dette privée en France : le rebond spectaculaire de 2025 en 5 chiffres clés
18/03/2026
Après une traversée du désert en 2023-2024, les fonds de dette privée français ont retrouvé des couleurs en 2025. L’étude annuelle France Invest x Deloitte, publiée en mars 2026, dresse un tableau particulièrement dynamique du marché.

Ce qu’il faut retenir
- 14,8 Md€ de capitaux levés en 2025, soit +74 % par rapport à 2024
- 15,9 Md€ investis en France, tous segments confondus (+25 % vs 2024)
- 379 opérations réalisées, contre 317 en 2024
- Les refinancements explosent : 42 % des financements en montants
- L’ESG s’installe durablement : 57 % des opérations intègrent des indicateurs SLL
Un rebond historique après deux années difficiles
Le marché français de la dette privée a connu en 2025 ce que les professionnels n’hésitent pas à qualifier de « rebond marqué ». Après le ralentissement observé en 2023 et 2024, principalement dû à la remontée des taux et à un environnement macroéconomique incertain, les indicateurs sont tous au vert.
La collecte des fonds français de dette d’entreprise a littéralement explosé, progressant de 108 % par rapport à 2024 pour atteindre 11,4 milliards d’euros. Un chiffre inédit, porté par les « méga-levées » de plus d’un milliard d’euros qui représentent à elles seules 64 % du total collecté.
Sur le segment infrastructure, la dynamique est plus modeste mais tout aussi réelle : les fonds français ont levé 3,4 milliards d’euros (+13 % vs 2024), portant le total toutes catégories confondues à 14,8 milliards d’euros.
À titre de comparaison, la collecte totale n’était que de 8,5 milliards d’euros en 2024. Le marché a donc quasiment doublé en l’espace d’un an.
Investissements : la France confirme sa place de choix en Europe
Du côté des déploiements, le marché français affiche également une belle vitalité. Ce sont 15,9 milliards d’euros qui ont été investis en 2025, contre 12,8 milliards en 2024 (+25 %), répartis sur 379 opérations.
En dette d’entreprise seule (hors infrastructure), les fonds, français et étrangers confondus, ont financé 342 opérations pour un montant total de 14,8 milliards d’euros. Le ticket moyen s’établit à 43 millions d’euros, légèrement au-dessus de la moyenne 2021-2024, ce qui traduit une montée en gamme des dossiers traités.
La répartition sectorielle réserve quelques surprises : après avoir été dominé par la santé, le classement 2025 est mené par le secteur industrie (hors manufacturière), qui concentre à lui seul le quart des opérations réalisées (85 opérations, +42 % vs 2024). La technologie, les médias et les télécoms progressent fortement (+38 %), tout comme les services financiers (+64 %).
À l’inverse, la santé et les sciences de la vie reculent de 12 % en nombre d’opérations, signe que la rotation sectorielle au sein de la dette privée est bien réelle.
Le grand retour des refinancements
L’un des faits marquants de 2025 est sans conteste l’explosion des opérations de refinancement. Dans un environnement difficile pour les sorties de fonds de capital-investissement, les emprunteurs ont massivement utilisé la dette privée pour restructurer leur passif.
Les refinancements représentent désormais 42 % des financements en montants (contre 23 % en 2024), avec une hausse de 138 % en valeur. En nombre d’opérations, ils progressent de 141 %.
Le capital-transmission reste le premier type d’opération en volume (123 opérations), mais son poids relatif recule : de 45 % à 36 % du nombre total. Les financements de croissance externe diminuent de leur côté de 8 %.
Cette tendance reflète la réalité du marché du private equity en Europe, où la pression sur les délais de détention s’intensifie et où les sponsors cherchent à optimiser leur structure de financement en attendant des fenêtres de sortie plus favorables.
La dette unitranche domine, mais la dette senior regagne du terrain
Sur le plan de la structuration des financements, la dette unitranche consolide sa position dominante : elle représente 56 % des montants investis en 2025, contre 49 % en moyenne sur la période 2020-2024. Ce format, plébiscité pour sa simplicité d’exécution et sa flexibilité, continue de s’imposer face aux structures bancaires traditionnelles.
La dette senior connaît toutefois un regain notable en nombre d’opérations (+37 %), confirmant que les fonds de dette privée élargissent leur spectre d’intervention au-delà du seul segment LBO.
La mezzanine et les autres dettes subordonnées, elles, voient leur part reculer à 9 % des montants investis — une tendance de fond qui s’explique par la montée en puissance de l’unitranche, qui absorbe l’essentiel du risque junior.
Les fonds étrangers : peu nombreux, mais très pesants
La France reste un marché attractif pour les grandes plateformes internationales de dette privée. En 2025, les fonds étrangers (disposant d’un bureau ou d’une équipe dédiée en France) n’ont réalisé que 24 % des opérations mais ils représentent 54 % des montants investis.
La raison est simple : les acteurs internationaux interviennent principalement sur les gros tickets, là où les fonds domestiques sont plus actifs sur le segment mid-market. Cette dichotomie est une constante structurelle du marché français.
Du côté des gérants français, 76 % de leurs opérations de dette d’entreprise sont réalisées en France (contre 72 % en moyenne sur 2020-2024). En dette infrastructure, la dynamique est inverse : les gérants français ont réalisé 74 % de leurs opérations en Europe (hors France), traduisant une internationalisation accélérée de ce segment.
L’ESG : de la parole aux actes
Depuis l’édition 2023 de l’étude, la dimension ESG fait l’objet d’un suivi spécifique à travers les Sustainability Linked Loans (SLL) — des financements dont le taux d’intérêt varie selon l’atteinte d’objectifs de performance extra-financière.
En 2025, 57 % des opérations de dette d’entreprise ont intégré au moins un indicateur ESG avec variation du taux d’intérêt, contre 53 % en 2024. Une progression significative qui confirme l’ancrage de ces pratiques dans les standards de marché.
Les caractéristiques de ces financements ESG révèlent une maturité croissante :
- Dans 61 % des cas, 3 indicateurs de performance ESG ont été retenus (le nombre standard de marché)
- Dans 71 % des cas, les KPI et cibles (SPT) sont définis dès le closing — signe d’une intégration en amont de la structuration
- Dans 85 % des cas, la variation du taux prévoit un ajustement à la fois à la baisse et à la hausse, ce qui renforce la crédibilité incitative du mécanisme
- Seulement 20 % des opérations font l’objet d’un audit indépendant du certificat de conformité, un point de vigilance pour la suite
Dette infrastructure : prudence sur le marché domestique
Le segment de la dette infrastructure affiche un profil légèrement différent. Si la collecte des fonds français progresse (+13 % à 3,4 Md€), les investissements en France reculent légèrement : 37 projets financés pour 1,1 milliard d’euros en 2025, contre 41 projets et 1,1 milliard en 2024.
Le ticket moyen se stabilise à 29 millions d’euros, en deçà du pic de 2023 (35 M€). La dette senior reste largement prédominante (71 % des montants investis), bien qu’en recul par rapport à 2024 (82 %), au profit d’une part croissante des financements mezzanine et subordonnés.
Perspectives 2026 : quel horizon pour la dette privée française ?
Plusieurs signaux plaident pour une poursuite de la dynamique en 2026 :
Les levées record de 2025 vont mécaniquement alimenter un pipeline d’investissements robuste dans les trimestres à venir. Les fonds fraîchement closés ont généralement 3 à 5 ans pour déployer leurs capitaux.
La normalisation des taux, amorcée par la BCE depuis mi-2024, devrait favoriser un redémarrage des opérations de LBO, qui constituent le principal débouché de la dette unitranche.
La pression des refinancements devrait se maintenir : de nombreux financements mis en place en 2020-2022 arrivent à maturité, et les sponsors cherchent à recourir à la dette privée pour gagner du temps ou optimiser leur structure.
L’ESG comme standard : avec plus de la moitié des opérations intégrant désormais des SLL, la dette privée à impact est en train de devenir la norme plutôt que l’exception. Les gérants qui ne proposent pas ces structures risquent de se retrouver marginalisés sur les dossiers les plus compétitifs.
Seule ombre au tableau : la montée des incertitudes géopolitiques et l’évolution de l’environnement réglementaire européen (révision de la directive AIFMD, taxonomie verte) pourraient introduire de la volatilité sur certains segments, notamment l’infrastructure.
Méthodologie de l’étude
L’étude France Invest x Deloitte (9e édition) a été réalisée auprès de 50 structures sur 64 interrogées (taux de participation : 78 %), membres de la Commission Dette Privée de France Invest ou structures étrangères disposant d’une équipe spécialisée sur la France. Les données couvrent l’exercice 2025 et portent sur les levées de fonds gérés en France ainsi que sur les investissements réalisés en France par des fonds français et étrangers.
À propos de France Invest
France Invest regroupe la quasi-totalité des équipes de capital-investissement actives en France et compte à ce titre plus de 470 sociétés de gestion et plus de 200 sociétés de conseil adhérentes. À travers sa mission de déontologie, de contrôle et de développement de pratiques de place elle figure au rang des deux associations reconnues par l’AMF dont l’adhésion constitue pour les sociétés de gestion une des conditions d’agrément. C’est la seule association professionnelle spécialisée sur le métier du capital-investissement. Promouvoir la place et le rôle du capital-investissement, participer activement à son développement en fédérant l’ensemble de la profession et établir les meilleures pratiques, méthodes et outils pour un exercice professionnel et responsable du métier d’actionnaire figurent parmi les priorités de France Invest et ce, depuis 40 ans.
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