Danemark, Dunkerque, Italie : trois modèles européens qui prouvent que l’alignement entre capital, industrie et territoire est possible
07/09/2026
Le livre blanc d’Eurazeo ne se contente pas d’un diagnostic. Il apporte trois preuves de faisabilité : le modèle danois — 51 milliards d’euros de fonds de pension fléchés vers les solutions environnementales pour 6 millions d’habitants —, la méthode Dunkerque — 4 milliards de fonds publics leviers de 9 milliards de privés et 16 000 emplois —, et le Plan d’Épargne Individuel (PIR) italien — 26 milliards d’euros orientés vers l’économie réelle. Trois géographies, trois logiques, un point commun : l’alignement a été voulu, structuré et mesuré.
Finyear.com · Corporate Finance · 2 septembre 2026 · Source : Eurazeo, Livre blanc «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», juillet 2026 · Série 5/6 · Lecture : 5 min
Le modèle danois : l’alignement stratégique vertical
Le premier modèle mis en avant par Eurazeo est danois. Pour 6 millions d’habitants, les fonds de pension danois ont alloué 51 milliards d’euros aux solutions environnementales. Copenhagen Infrastructure Partners (CIP), née en 2012 comme spin-off du fonds de pension PKA, a levé plus de 37 milliards d’euros pour financer des infrastructures énergétiques à travers le monde, dont un premier closing de 1,3 milliard d’euros pour son fonds de crédit en mars 2026. Ce qui caractérise le modèle danois n’est pas le volume — c’est la cohérence verticale : les fonds de pension ont une mission de rendement de long terme dont ils ont compris que la résilience climatique est une condition, pas un objectif concurrent. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant European Pensions 23 juin 2025 et CIP communiqué mars 2026.)
La leçon pour les gestionnaires d’actifs et les comités d’investissement français : l’alignement danois n’est pas le résultat d’une vertu particulière. Il est le résultat d’une doctrine d’investissement construite sur un horizon de quarante ans, dans un système de retraite où les bénéficiaires et les gestionnaires partagent les mêmes contraintes de long terme. La question qui en découle pour les institutions françaises — assureurs, fonds de pension, caisses de retraite — est de savoir pourquoi les mêmes incitations ne produisent pas les mêmes comportements d’allocation. Le livre blanc pointe vers la réponse : les verrous prudentiels (Solvency II, IORP II) et l’absence d’incitation fiscale pour les fonds Article 9 environnementaux.
La méthode Dunkerque : le hub créateur d’écosystème
Le deuxième modèle est territorial. Dunkerque illustre une alchimie qui a rarement été répliquée en France : 4 milliards d’euros de fonds publics ont levé 9 milliards d’euros de fonds privés, créant 16 000 emplois industriels sur un site. L’Institut Montaigne, dans son rapport «Dunkerque : laboratoire d’un renouveau industriel ?» de décembre 2025, documente la méthode : un ancrage industriel historique (sidérurgie, pétrochimie), une infrastructure portuaire unique, une stratégie de décarbonation industrielle intégrée (production d’hydrogène, batteries, énergies renouvelables), et un engagement public préalable qui a crédibilisé le site auprès des investisseurs privés. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Institut Montaigne décembre 2025.)
Pour les directeurs de stratégie des groupes industriels français, la leçon de Dunkerque est opératoire. La décarbonation industrielle devient un moteur d’attractivité territoriale quand elle est portée par une infrastructure de financement crédible — garanties publiques, co-investissement institutionnel, carbon contracts for difference en cours de déploiement via l’Industrial Decarbonisation Bank annoncée par la Commission. La question n’est plus de savoir si l’argent existe — il existe. C’est de savoir comment structurer le projet industriel pour en bénéficier.
Le PIR italien : l’épargne fléchée vers l’économie réelle
Le troisième modèle est celui de la plomberie financière. Le Piano Individuale di Risparmio (PIR) italien — équivalent du PEA-PME français avec des contraintes d’allocation dans les PME et ETI cotées et non cotées — affichait 26 milliards d’euros d’encours fin 2025, selon l’Association Assogestioni. Ce dispositif fiscal a réussi à flécher une partie de l’épargne des ménages italiens vers l’économie réelle, y compris vers les secteurs de la transition. La mécanique est simple : avantage fiscal à l’entrée (exonération d’impôt sur les plus-values et les dividendes sous conditions de détention) en contrepartie d’une obligation d’allocation dans des instruments italiens cotés ou non cotés. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Assogestioni, Osservatorio PIR, mai 2026.)
Les ménages européens détenaient 39 500 milliards d’euros d’actifs financiers à fin 2024. Une part dort en dépôts bancaires non rémunérés et une part croissante de l’épargne européenne quitte chaque année l’Europe pour financer l’économie américaine. Le livre blanc cite des données LSEG Lipper selon lesquelles environ 100 milliards d’euros par an s’orientent vers des fonds américains. Le PIR italien est la preuve qu’un outil fiscal simple peut contrebalancer cette tendance — et que la question de la mobilisation de l’épargne vers les solutions environnementales est d’abord une question d’ingénierie réglementaire et fiscale, pas de manque d’épargne disponible. La réflexion autour d’un «PIR climatique» à l’échelle européenne est l’une des pistes que le livre blanc laisse ouverte.
Sources : Eurazeo, «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», Livre blanc, juillet 2026. Sources primaires citées : European Pensions 23 juin 2025 · CIP communiqué 10 mars 2026 · Institut Montaigne déc. 2025 · Assogestioni mai 2026 · Eurostat actifs financiers ménages 2024.
