Couches 2 Bitcoin : Rootstock, Stacks et Merlin dessinent les contours d’une DeFi Bitcoin encore embryonnaire

Au 9 juillet 2026, les trois principales couches 2 Bitcoin — Rootstock, Stacks et Merlin — totalisent 175 millions de dollars de valeur verrouillée dans des protocoles de finance décentralisée. Un chiffre marginal comparé aux 38 milliards d’Ethereum, mais qui traduit une dynamique de structuration réelle. Ces réseaux cherchent à rendre Bitcoin utile au-delà de la conservation et des paiements simples, sans modifier le protocole L1. L’analyse des compromis de chacun.

Pourquoi la DeFi Bitcoin a mis si longtemps à démarrer

Bitcoin est le premier actif numérique en capitalisation et le plus largement détenu par les investisseurs institutionnels. Pourtant, il est presque absent des protocoles de finance décentralisée dans sa forme native. La raison est structurelle : le protocole Bitcoin L1 a délibérément limité sa capacité à exécuter des contrats intelligents complexes, par choix de sécurité et de décentralisation. Là où Ethereum a été conçu dès l’origine pour héberger des applications programmables, Bitcoin a privilégié la simplicité et la robustesse.

Les couches 2 — des réseaux construits au-dessus du protocole Bitcoin L1, qui en héritent la sécurité tout en étendant ses capacités — cherchent à résoudre cette limitation. Leur approche commune est de permettre à des BTC déposés sur le réseau principal d’être représentés sous une forme compatible avec les contrats intelligents sur un réseau secondaire, où ils peuvent être utilisés dans des protocoles de prêt, d’échange ou de rendement. La valeur revient sur le L1 Bitcoin quand l’utilisateur souhaite sortir de l’écosystème.

Utiliser du BTC dans la DeFi n’a de sens que si vous comprenez le chemin de sortie avant d’entrer. L’affichage du rendement est la partie facile. La partie difficile consiste à savoir ce qui peut être mis en pause, qui peut signer, et ce qui se passe quand les contrats ont besoin d’une mise à niveau d’urgence.

Rootstock : le leader discret avec la TVL DeFi la plus active

Rootstock — RSK — est la couche 2 Bitcoin la plus ancienne encore en activité, opérationnelle depuis 2018. Avec 92,18 millions de dollars de TVL au 9 juillet 2026, elle devance Stacks et représente la DeFi Bitcoin la plus fonctionnelle en termes d’usage réel. Sa compatibilité avec l’environnement de développement d’Ethereum — les mêmes outils, les mêmes langages, les mêmes standards — lui a permis d’attirer des développeurs déjà formés à l’écosystème Ethereum qui souhaitent déployer leurs protocoles sur une infrastructure sécurisée par le hashrate de Bitcoin.

Les cas d’usage présents sur Rootstock couvrent le prêt, le swap et certains produits de rendement sur BTC représenté. Sa liquidité reste modeste par rapport aux grands protocoles Ethereum, ce qui génère du slippage sur les transactions de taille importante — une limitation que les développeurs de l’écosystème cherchent à adresser via des mécanismes d’agrégation de liquidité inter-chaînes.

Stacks : la finalité Bitcoin comme différenciateur

Stacks se distingue de Rootstock par son architecture : les transactions Stacks sont finalement enregistrées sur le L1 Bitcoin via un mécanisme appelé Proof of Transfer. Cela signifie que la sécurité des contrats intelligents Stacks hérite directement de la sécurité du protocole Bitcoin — un argument fort pour les utilisateurs qui souhaitent bénéficier des garanties du réseau le plus décentralisé tout en accédant à des fonctionnalités DeFi.

Avec 83,38 millions de dollars de TVL, Stacks couvre les NFT Bitcoin, certains protocoles DeFi natifs et des mécanismes de staking de son token natif STX. La mise à niveau Nakamoto, déployée en 2024, a significativement amélioré les performances du réseau et réduit les temps de confirmation — une limitation qui freinait l’adoption des cas d’usage DeFi qui nécessitent une réactivité élevée.

Merlin : beaucoup d’actifs bridgés, peu de DeFi active

Merlin Chain présente le profil le plus atypique des trois. Son pont officiel supporte un flux bidirectionnel entre le L1 Bitcoin et Merlin Chain pour une gamme étendue d’actifs — BTC, tokens BRC-20 et NFT Bitcoin — ce qui explique pourquoi sa TVL totale bridgée peut paraître élevée sans que cela se traduise par une activité DeFi proportionnelle. La plupart des actifs bridgés vers Merlin y restent en attente d’usages qui ne sont pas encore suffisamment développés.

C’est le paradoxe des réseaux de couche 2 à la phase de démarrage : les ponts facilitent le déplacement des actifs vers le nouveau réseau, mais les protocoles DeFi qui créeraient de la demande pour ces actifs mettent plus de temps à se développer. Merlin présente un potentiel de croissance si son écosystème applicatif se densifie — mais l’expérience des réseaux L2 Ethereum montre que ce développement prend plusieurs années.

Ce que ces 175 millions disent de la prochaine étape

La somme des TVL DeFi sur les couches 2 Bitcoin — 175 millions de dollars — est à mettre en regard des 38 milliards d’Ethereum. L’écart est de deux ordres de grandeur. Il ne se comblera pas rapidement, et peut-être ne se comblera-t-il jamais complètement : Ethereum conserve des avantages structurels en termes d’écosystème de développeurs, de profondeur de liquidité et de maturité des protocoles qui ne disparaîtront pas.

Mais pour les acteurs qui cherchent à déployer leurs BTC dans des protocoles DeFi sans passer par des enveloppes de type WBTC sur Ethereum — qui impliquent une confiance dans un émetteur centralisé — les couches 2 Bitcoin représentent une alternative dont la crédibilité technique progresse. Rootstock et Stacks ont démontré leur capacité à fonctionner de manière fiable sur plusieurs cycles de marché. C’est une base sur laquelle un écosystème peut se construire, à condition que les développeurs y voient suffisamment d’utilisateurs pour justifier l’investissement dans de nouveaux protocoles.

En savoir plus sur Finyear

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture