Circle obtient sa deuxième licence en trois semaines
03/08/2026
Juillet 2026 restera comme le mois où Circle a changé de nature. En vingt et un jours, la société a obtenu une charte de banque fédérale auprès de l’OCC, racheté plus de 680 familles de brevets blockchain d’IBM représentant environ 1 000 titres actifs, puis décroché une charte de société de fiducie auprès du NYDFS. Chacun de ces événements aurait suffi à faire la une de la presse fintech. Ensemble, ils dessinent une stratégie dont les implications vont bien au-delà du marché des stablecoins.
Trois opérations, un fil directeur
Le 10 juillet, l’OCC accordait à Circle sa charte de banque nationale de fiducie — First National Digital Currency Bank N.A., opérant sous le nom Circle National Trust — pour la conservation d’actifs numériques. Le 27 juillet, Circle annonçait l’acquisition de plus de 680 familles de brevets blockchain d’IBM, soit environ 1 000 titres actifs couvrant les technologies blockchain fondamentales, les services financiers, les assurances, l’infrastructure d’entreprise, la vérification de la chaîne d’approvisionnement et les opérations cloud sécurisées. Le 31 juillet, le NYDFS accordait une charte de société de fiducie à usage limité à Circle Internet Trust Company LLC, opérant sous le nom Circle New York Trust — la structure par laquelle Circle entend émettre l’USDC. (Sources : Circle press releases, BusinessWire, PYMNTS, CryptoTimes, Forkast, 10-31 juillet 2026.)
Les deux chartes sont complémentaires et non redondantes. La charte OCC opère au niveau fédéral et permet à Circle National Trust d’offrir des services de conservation fiduciaire d’actifs numériques aux institutions. La charte NYDFS opère au niveau de l’État de New York et correspond à la structure légale par laquelle l’USDC sera émis — une société de fiducie à usage limité, sans pouvoir de collecte de dépôts ni de prêt en sens classique, mais placée sous la supervision du régulateur qui a créé le BitLicense en 2015, dont Circle fut le premier bénéficiaire. Pour la première fois, un émetteur de stablecoin de premier plan dispose simultanément d’un ancrage réglementaire fédéral et d’un ancrage réglementaire d’État qui couvrent les deux jambes de son modèle — la conservation et l’émission. (Sources : PYMNTS, FinanceFeeds, Crypto.news, 31 juillet 2026.)
Jeremy Allaire, cofondateur et CEO de Circle, a déclaré : «Obtenir une charte de fiducie à New York a été un objectif de longue date pour Circle, compte tenu de la clarté réglementaire qu’elle apporte. Le NYDFS est un standard international en matière de régulation des actifs numériques, et New York est le siège mondial de Circle.» (Source : Circle press release, 31 juillet 2026.)
Les brevets IBM : une acquisition d’infrastructure stratégique déguisée en IP
L’acquisition des brevets blockchain d’IBM est l’opération la moins couverte des trois, et peut-être la plus structurante à long terme. IBM avait constitué l’un des portefeuilles de propriété intellectuelle blockchain les plus importants au monde depuis les années 2010, notamment via ses travaux sur Hyperledger Fabric. En cédant ces actifs à Circle, IBM reconnaît implicitement qu’elle n’est plus l’acteur central de la tokenisation d’entreprise — un rôle qu’elle avait revendiqué pendant des années avant de se recentrer. Pour Circle, ces 1 000 brevets servent à deux choses : protéger son infrastructure technique contre des litiges futurs à mesure que le marché des stablecoins et de la tokenisation institutionnelle se développe, et signaler à ses futurs partenaires institutionnels qu’elle dispose des actifs de propriété intellectuelle fondamentaux pour le secteur. (Sources : Circle press release, Yahoo Finance, Crypto.news, 27-31 juillet 2026.)
Le contexte réglementaire donne à cette séquence un relief supplémentaire. La date limite de mise en œuvre de la réglementation GENIUS Act est passée le 18 juillet 2026 avec sept agences fédérales qui n’ont pas respecté l’échéance. La prochaine date butoir est fixée au 18 janvier 2027. Dans ce vide législatif temporaire, Circle construit délibérément ses propres remparts — réglementaires, juridiques et technologiques — de sorte que lorsque le cadre fédéral se stabilisera, elle soit déjà l’acteur qui se conforme à des standards plus stricts que ceux qui seront probablement imposés. C’est la logique que Yahoo Finance qualifie de «regulatory depth moat» — une douves réglementaire que peu de concurrents peuvent répliquer dans le délai imparti.
