Bitcoin Treasury Companies : la correction fait le tri entre les vrais acteurs et les effets de mode
28/05/2026
Alors que le bitcoin a perdu plus de 50 % par rapport à ses sommets et que certains projets capitulent, Capital B continue d’en accumuler. Alexandre Laizet, Directeur de la Stratégie Bitcoin et membre du board, nous en dit plus.

Alexandre Laizet
Le bitcoin traverse une période de turbulences. Après avoir dépassé les 100 000 euros, la crypto-monnaie de référence a cédé une grande partie de sa valeur (66 000 euros aujourd’hui), mettant sous pression les nombreux projets de Bitcoin Treasury Companies qui s’étaient multipliés en 2024 et 2025. Parmi les victimes emblématiques : The Bitcoin Society, lancée par Tony Parker et Eric Larchevêque, qui a renoncé à son projet d’accumulation de bitcoins à peine six mois après son lancement. Un signal d’alarme pour l’ensemble de l’écosystème ? Pas selon Alexandre Laizet.
Qu’est-ce qu’une Bitcoin Treasury Company ? Un modèle bien plus exigeant qu’il n’y paraît
Derrière l’expression « Bitcoin Treasury Company » se cache une réalité plus complexe qu’une simple société cotée qui achète du bitcoin. Le terme a été popularisé par Strategy (anciennement MicroStrategy) et son fondateur Michael Saylor. Il désigne des entités dont le modèle économique repose entièrement sur l’accumulation de bitcoin via des levées de capital institutionnel répétées, avec pour objectif d’augmenter le nombre de bitcoins par action sur une base totalement diluée.
« On pense souvent qu’une Bitcoin Treasury Company, c’est juste une société cotée qui a du bitcoin sur son bilan. Ce n’est pas le cas », rappelle Alexandre Laizet. « Ce modèle repose sur une expertise et une capacité prolongée d’accéder aux marchés de capitaux, de lever du capital de niveau institutionnel à l’échelle internationale. Et cette capacité-là, seule une poignée de sociétés au niveau mondial l’ont atteinte. »
À date, il cite moins d’une dizaine d’acteurs réellement installés dans ce modèle : Strategy et Strive aux États-Unis, Metaplanet au Japon, Capital B en Europe, SmarterWeb au Royaume-Uni, Orange BTC au Brésil.
The Bitcoin Society : échec du modèle ou simple problème de timing ?
La réorientation du projet The Bitcoin Society, porté par l’ancien basketteur Tony Parker et le co-fondateur de Ledger – Eric Larchevêque, a fait beaucoup de bruit. En six mois à peine, l’ambition d’accumuler des bitcoins s’est heurtée à une réalité brutale : impossibilité de lever des fonds dans un marché baissier, modèle économique insuffisamment structuré, appétit institutionnel en recul.
Alexandre Laizet se montre toutefois nuancé. Pour lui, parler d’« échec » est excessif. « Je pense qu’ils n’ont pas abandonné leur projet mais qu’ils l’ont décalé au moment où il y aura des conditions plus favorables pour lever du capital. Ce que ça traduit, c’est qu’au moment où ils ont lancé leur projet, il leur a été difficile de lever du capital. »
Et d’ajouter : « Je souhaite beaucoup de succès à Eric Larchevêque. Mais ce n’est pas facile. Lever du capital en early stage en Europe, dans des conditions de marché difficiles, ça n’est pas rien. » Ce que réussit Capital B pendant cette même période, accumuler 800 à 900 bitcoins supplémentaires et boucler une levée de 15 millions d’euros avec option d’extension à 100 millions, illustre selon lui la différence entre les acteurs structurés et les autres.
La correction : un filtre salutaire pour l’écosystème
Contre toutes attentes, Alexandre Laizet revendique une lecture sereine de la baisse. Pour lui, le bitcoin est comparable à une matière première, dont les cycles sont longs par nature.
« Sur un cycle de 10 ans, le bitcoin a une croissance annualisée de 60 à 70 %, même aujourd’hui, après une baisse de 50 %. Pour nous, l’opportunité d’en acheter à ces prix-là, c’est comme un rabais de moins 90 à moins 99 % par rapport à ce que nous anticipons. On est ravis de faire cet achat à tout moment. »
Cette période de correction opère également un tri naturel entre les projets solides et les effets d’annonce. « Il faut distinguer le prix et la valeur. La valeur réside dans les sociétés structurées, dont la base actionnariale est complètement alignée sur un seul objectif : augmenter le nombre de bitcoins par action. Si une société n’est pas complètement alignée dans cet objectif, il y a plus de risques. »
Le crédit digital : la prochaine révolution des marchés de capitaux ?
Au-delà de l’accumulation de bitcoin, Capital B ambitionne de lancer en Europe un produit encore inédit dans l’hexagone : le crédit digital. Le principe ? Utiliser les bitcoins détenus en bilan comme collatéral pour émettre des instruments de crédit perpétuel offrant un rendement à deux chiffres.
Aux États-Unis, Strategy a déjà levé près de 9 milliards de dollars sur ce type de produit en neuf mois. Strive, autre acteur américain, propose un instrument similaire.
Les performances annoncées : entre 11,5 % et 13 % de rendement annualisé, avec une volatilité récente inférieure à 2-3 %, soit moins que le S&P 500.
« Si on demande à 10 personnes si elles veulent un compte bancaire avec un taux d’intérêt à plus de 10 % et une volatilité du montant principal inférieure à 3 %, 9 personnes sur 10 disent oui. C’est exactement ce que permet le crédit digital d’un point de vue économique, bien qu’il ne s’agisse pas d’un compte bancaire, bien entendu », résume Alexandre Laizet.
La mécanique est élégante : les investisseurs en crédit obtiennent un rendement supérieur à celui des fonds monétaires classiques (2 à 4 %), tandis que la société accumule des bitcoins sans émettre de nouvelles actions, maximisant ainsi le nombre de bitcoins par action. « C’est vraiment transformateur. Et c’est en train de redéfinir ce que l’on entend par risque et par rendement », affirme-t-il.
Capital B souhaite répliquer ce modèle en Europe, en s’appuyant sur la taille de son bilan, la force de son actionnariat international et la demande croissante des institutionnels européens pour des produits à rendement élevé. Des acteurs comme Apyix proposent déjà des versions tokenisées de ce crédit digital pour plus de 5200 millions de dollars aux États-Unis.
Faut-il se lancer aujourd’hui ?
Pour les entreprises tentées par une stratégie bitcoin, Alexandre Laizet livre quelques repères concrets. Le bitcoin peut baisser de 50 à 70 % à tout moment « ça s’est vu dans le passé ». Mais historiquement, il croît d’un facteur 20 tous les huit ans.
« Le meilleur moment pour investir dans le bitcoin, c’était hier. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui. »
Pour une entreprise traditionnelle disposant de capital long terme non utilisé, il recommande de commencer par une allocation de 20 % en bitcoin, tout en préservant une trésorerie opérationnelle en cash pour les charges courantes. Pour un family office ou une société à vocation d’investissement, l’entrée la plus simple reste d’acheter des actions d’une Bitcoin Treasury Company établie.
Enfin, pour ceux que la volatilité du bitcoin rebute, le crédit digital représente une troisième voie : s’exposer indirectement au bitcoin avec un profil de risque pouvant être beaucoup plus maîtrisé, à condition d’accepter la conviction que l’actif est « là pour rester et pour croître ».
Emma Dufétel
Lire aussi sur Capital B
Capital B tokenise ses actions ALCPB sur Liquid via STOKR, ouvrant leur négociation 24/7 en Bitcoin
