Bilan S1 2026 banques françaises : rapport complet de KPMG via 8 indicateurs clés
26/08/2026
87 milliards de PNB, 20 milliards de résultat net, 7,2 milliards de coût du risque, 15,7% de CET1 moyen, 1 719 milliards de réserves de liquidité, coefficient d’exploitation à 59,8%. KPMG France a publié le 6 août son panorama semestriel des cinq grands groupes bancaires français. Dans un contexte marqué par la guerre en Iran depuis fin février, la hausse des taux BCE en juin et les défaillances d’entreprises à un record de 71 500 en France, voici ce que les chiffres disent — groupe par groupe, indicateur par indicateur.
Finyear.com · Corporate Finance · Banques françaises · 26 août 2026 · Source : KPMG France — «Performances des grands groupes bancaires français au 30 juin 2026», 6 août 2026 · Données communiqués de presse et slides investisseurs au 30 juin 2026 · Lecture : 8 min
Chiffres clés au 30 juin 2026 — 5 grands groupes bancaires français
Produit net bancaire cumulé 87 Mds€ +8% vs 80 Mds€ au 30/06/2025
Résultat net cumulé 20,3 Mds€ +17% vs 17 Mds€ au 30/06/2025
Coût du risque cumulé 7,2 Mds€ +18,5% vs 6 Mds€ au 30/06/2025
Coeff. exploitation moyen 59,8% -265pb amélioration sur 1 an
Ratio CET1 moyen 15,7% -20pb vs 15,9% au 31/12/2025
Réserves de liquidité 1 719 Mds€ -7 Mds€ vs 1 726 Mds€ au 31/12/2025
Ratio LCR (fourchette) 136% – 158% +↑ largement > 100% réglementaire
Défaillances France 12m gl. 71 500 +4% record absolu historique
Source : KPMG France, données communiqués de presse et slides investisseurs au 30 juin 2026.
Le contexte : pourquoi ce semestre était particulièrement difficile
Le premier semestre 2026 a cumulé plusieurs chocs simultanés que les banques ont dû absorber dans leurs bilans et leurs modèles de risque. La guerre déclenchée en Iran fin février 2026 a conduit à la destruction partielle ou totale d’infrastructures pétrolières et à la fermeture du détroit d’Ormuz — avec une réouverture partielle seulement à la mi-juillet selon les hypothèses du FMI. Cette perturbation des approvisionnements en énergie a relancé l’inflation en zone euro (2,6% en mars, jusqu’à 3,2% en mai), conduisant la BCE à relever ses taux de 25 points de base le 11 juin 2026 — sa première hausse depuis le 11 juin 2023. La Fed, de son côté, a maintenu ses taux inchangés le 29 juillet 2026 avec une dissension interne inédite (vote 9-3), ajoutant à l’incertitude macroéconomique mondiale. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
En France, l’instabilité politique (cinq gouvernements depuis janvier 2024), les dégradations de notation par S&P et Moody’s en 2025, et des incendies d’ampleur inédite sur le territoire national ont créé un environnement particulièrement contraint. Les défaillances d’entreprises françaises ont atteint un record absolu à plus de 71 500 sur douze mois glissants au 30 juin 2026, en hausse de 4% sur un an. KPMG note qu’aucune amélioration n’est attendue au second semestre compte tenu du contexte économique et des épisodes climatiques extrêmes. (Source : KPMG France, données Altarès, Panorama bancaire S1 2026.)
- PNB et résultat net : la force des modèles diversifiés
Dans ce contexte, les cinq groupes ont affiché des résultats solides. Le PNB cumulé atteint 86,9 milliards d’euros (+8% sur un an), avec une progression dans tous les métiers : +8% en banque de détail, +11% pour les métiers de l’épargne, +3% pour la banque de grande clientèle. La banque de détail représente 66% du PNB total (contre 61% un an plus tôt), reflétant l’accélération des revenus liés à la clientèle de particuliers et de professionnels dans un contexte de taux plus élevés. Le résultat net cumulé atteint 20,3 milliards d’euros (+17%), un niveau que peu d’observateurs auraient anticipé en début d’année dans un tel contexte géopolitique. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
Plusieurs éléments non récurrents ont contribué à ces résultats. BNP Paribas a enregistré 858 millions d’euros de plus-value de cession liée à l’opération Ageas/AGI (signée le 28 avril 2026) et la réévaluation de sa participation dans Allfunds (372 millions). Crédit Mutuel Alliance Fédérale a bénéficié d’un allègement de la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices (231 millions). À l’inverse, Crédit Agricole a vu sa charge d’impôt progresser de 303 millions d’euros sous l’effet de l’alourdissement de la fiscalité en Italie, en Ukraine et en Pologne. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
- Coût du risque : +18,5% à 7,2 milliards — et la dette privée sous surveillance
Le coût du risque est l’indicateur le plus révélateur de l’état de santé réelle des bilans. Avec 7,2 milliards d’euros au 30 juin 2026, il est en hausse de 18,5% par rapport au 30 juin 2025. Les disparités entre groupes sont importantes : BNP Paribas (+13,4% à 1 871 millions), Société Générale (+6,6% à 745 millions), Groupe Crédit Agricole (+15,7% à 1 822 millions), Groupe BPCE (+24,1% à 1 502 millions) et CMAF (+34,4% à 1 212 millions). Le Stage 3 — les encours en défaut — progresse dans tous les groupes : CMAF +34%, BPCE +13,9%, BNP +13,5%, Crédit Agricole +6,7%, Société Générale +4,5%. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
KPMG note explicitement que «les banques (sauf Groupe BPCE et CMAF) ont également fait un état des lieux de leurs expositions sur la dette privée qui inquiète notamment Outre-Atlantique». Cette mention, dans un document d’analyse de résultats bancaires, est un signal à prendre au sérieux pour les responsables risque et conformité des institutions financières françaises. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
- Efficacité opérationnelle : 59,8% de coefficient d’exploitation, cinq méthodes différentes
Le coefficient d’exploitation moyen s’améliore de 265 points de base à 59,8% — un résultat qui traduit la capacité des groupes à croître leurs revenus plus vite que leurs charges, malgré l’inflation et l’investissement technologique. Mais chaque groupe y arrive par une voie différente. BNP Paribas (59,3%) joue l’intégration d’AXA IM dont les marges élevées enrichissent le PNB. Société Générale (59,7%) a réduit ses charges de 5% via des cessions et le recul des coûts de transformation. CMAF (57,2%) affiche le meilleur coefficient du groupe grâce à une croissance du PNB (+11,8%) qui finance ses investissements en Allemagne. Crédit Agricole (58,3%) bénéficie de l’effet en année pleine des synergies de l’intégration de RBC Europe chez CACEIS. BPCE (64,5%) apparaît en dégradation mais uniquement à cause de l’intégration de Novobanco — hors cet effet périmètre, la tendance sous-jacente est favorable. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
- Capital : CET1 à 15,7%, dividendes et rachats en hausse
Les ratios de solvabilité confirment la solidité structurelle des bilans français. Le CET1 moyen s’établit à 15,7% — en légère baisse par rapport aux 15,9% de fin 2025, principalement en raison de l’effet périmètre lié aux acquisitions récentes. Les niveaux par groupe : Société Générale à 13,2%, BNP Paribas à 13,0%, BPCE à 15,5%, Crédit Agricole à 17,2% et CMAF à 19,4% — tous très au-dessus de leurs exigences SREP respectives. BNP Paribas gère activement ses RWA via 61 programmes de transfert de risque synthétique (SRT), générant 63 milliards d’euros d’économies de RWA et environ 90 points de base d’économie en CET1. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
La solidité du capital se traduit par des politiques de distribution agressives. Société Générale a lancé un programme de rachat d’actions exceptionnel dès le 3 août 2026 en vue de leur annulation. BNP Paribas versera un acompte sur dividende intégrant la plus-value Ageas. Crédit Agricole distribue 0,57 euro par action en acompte (50% du BNC consolidé du S1), payable en octobre 2026. CMAF et BPCE justifient le léger repli de leur CET1 par l’effet périmètre de leurs intégrations récentes. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
- Liquidité : 1 719 milliards et des plans MLT exécutés en avance
Les réserves de liquidité des cinq groupes restent à un niveau élevé : 1 719 milliards d’euros au 30 juin 2026, stable par rapport aux 1 726 milliards de fin 2025 malgré un environnement de marché perturbé. Les ratios LCR dépassent largement l’exigence réglementaire de 100% : de 136% (Crédit Agricole) à 158% (CMAF). Plusieurs groupes ont exécuté leurs programmes de financement MLT 2026 en avance par rapport au calendrier : BNP Paribas à 91% au 13 juillet, SocGen à 96% pour les émissions vanille, Crédit Agricole à 86%, BPCE à 84%. Cette exécution anticipée traduit la confiance des investisseurs dans la qualité de crédit des banques françaises, dans un environnement de taux qui aurait pu dissuader des émissions. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
- Transformation : IA, ESG et crises gérées en temps réel
Au-delà des chiffres financiers, le semestre a été marqué par deux crises qui ont mobilisé les dispositifs d’urgence de tous les groupes. Les incendies en France ont conduit BPCE à déclencher son plan Eole (suspension des délais de déclaration de sinistre jusqu’au 31 août 2026, financements à taux zéro), Crédit Agricole à créer un fonds d’urgence de 2 millions d’euros, et chaque groupe à adapter ses processus pour les clients sinistrés. La guerre en Iran a conduit les banques à réviser leurs modèles ECL, augmenter leurs ajustements post-modèles et surveiller leurs expositions sur la dette privée Outre-Atlantique. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
La transformation par l’intelligence artificielle a simultanément accéléré. Crédit Agricole a annoncé 500 millions d’euros d’investissements sur 3 ans et créé Crédit Agricole Artificial Intelligence. CMAF a libéré l’équivalent de 58 000 heures de travail via l’IA générative (101 millions de documents traités par OCR). BPCE compte 900 000 conversations sur ses apps mobiles (+40% vs T1 2026) avec 65% de collaborateurs utilisateurs des outils IA. Sur le front de la transition environnementale, BNP Paribas a émis un green bond d’un milliard de dollars via la Development Bank of Latin America. CMAF a versé un dividende social record de 633 millions d’euros. Société Générale présentera sa nouvelle feuille de route stratégique le 21 septembre 2026, BNP Paribas son plan 2027-2030 en février 2027. (Source : KPMG France, Panorama bancaire S1 2026.)
L’info à destination des directeurs financiers et aux responsables risque
Pour les DAF, trésoriers et responsables risque des entreprises françaises qui lisent ce bilan, trois signaux méritent attention. Le premier : le coût du risque monte dans tous les groupes, et les défaillances restent à un niveau record. Les banques provisionnent davantage — ce qui signifie qu’elles anticipent des tensions futures sur certains portefeuilles. Les conditions de financement pour les entreprises exposées aux secteurs les plus fragiles (BTP à 26,4% des défaillances, restauration) pourraient se durcir au second semestre. Le deuxième : la solidité des bilans bancaires français n’est pas en question. CET1 à 15,7%, LCR entre 136% et 158%, plans de financement MLT exécutés en avance — les banques ont les ressources pour traverser un choc supplémentaire. Le troisième : la transformation est réelle et s’accélère. L’IA n’est plus dans les présentations stratégiques — elle est dans les résultats opérationnels, mesurée en heures de travail libérées et en taux d’utilisation des collaborateurs.
Source : KPMG France — «Performances des grands groupes bancaires français au 30 juin 2026» (6 août 2026)
