Avis d’expert : La valeur commerciale des données de sécurité opérationnelle
03/09/2026
Selon le Cyber Benchmark 2026 de Wavestone, le secteur financier occupe la première place en matière de niveau de maturité en cybersécurité avec 67,8 %. Cette solide performance découle principalement de l’effet combiné des réglementations, en particulier DORA au sein de l’UE, et du renforcement des investissements humains et financiers. À une époque où les dirigeants doivent valoriser le patrimoine immobilier, gérer la hausse des coûts de l’énergie, améliorer l’expérience client ou encore maintenir des performances homogènes à travers l’ensemble de l’écosystème des agences, ces évolutions stratégiques occasionnent des répercussions financières majeures. La sécurité est souvent considérée comme un coût inévitable. Pourtant, les données qu’elle produit offrent une valeur organisationnelle plus large, notamment dans un contexte où les institutions financières repensent le rôle et l’efficacité de leurs espaces de travail physiques.
Le flux continu de données généré par les systèmes de sécurité physique constitue leur source d’intelligence opérationnelle la plus précieuse. En effet, les innovations en matière d’IA, de capteurs intelligents et de modèles vision-langage (VLM) émergents ouvrent de nouvelles perspectives pour étendre la valeur de ces systèmes au-delà de la simple prévention des pertes. La vidéosurveillance, le contrôle d’accès et les capteurs environnementaux évoluent ; d’outils de surveillance passive ils sont devenus des actifs intelligents pilotés par la donnée, capables de voir, d’interpréter et d’agir sur l’activité du monde réel.
L’IA et les données d’accès optimisent l’espace, la sécurité et les opérations quotidiennes
Comprendre comment les espaces sont utilisés constitue ainsi une opportunité immédiate. L’analyse vidéo basée sur l’IA et les métriques de contrôle d’accès transforment les données brutes des agences en renseignements exploitables. Cela met en lumière les tendances de fréquentation, les temps de présence, la formation des files d’attente et les zones sous-utilisées. En tirant parti de ces enseignements, les entreprises peuvent adapter en temps réel leurs effectifs à la demande des clients, améliorer la qualité de service, de réduire les pertes d’efficacité et de réaliser des investissements immobiliers fondés sur des données probantes.
Les vestibules des distributeurs automatiques de billets (DAB) illustrent parfaitement comment cette intelligence peut être mise en œuvre ; la surveillance des taux d’occupation, des habitudes d’utilisation, des comportements de flânerie ou de vagabondage, de la propreté et des situations dangereuses contribue à améliorer à la fois la sécurité et l’expérience client. Sur le plan de la sécurité, l’IA peut aider à détecter en temps réel les comportements suspects, les tentatives de skimming aux distributeurs automatiques, les actes de vandalisme ou les urgences médicales. Par conséquent, les équipes opérationnelles obtiennent une meilleure visibilité sur les heures de pointe et les problèmes récurrents qui affectent la disponibilité des services et la confiance.
Au sein des agences et des sièges sociaux, les systèmes de sécurité pilotés par l’IA permettent d’identifier les situations dangereuses en dehors des heures d’ouverture, lorsque les sites sont inoccupés. Des fonctionnalités telles que le contrôle des zones, le suivi de l’occupation en temps réel, la gestion intelligente des parkings ou encore la protection des travailleurs isolés renforcent à la fois la sécurité et l’efficacité opérationnelle. Les équipes chargées de l’expérience client peuvent exploiter l’analyse des temps d’attente pour repérer les points de blocage, tandis que les équipes d’exploitation des bâtiments bénéficient d’une meilleure visibilité sur l’utilisation des espaces et les besoins de maintenance. De plus, l’intégration entre l’IT et la sécurité, combinée à l’usage de l’IA, aide à lutter contre les menaces internes. Enfin, la capacité d’exécution des modèles d’IA en périphérie (directement sur certains modèles de caméras ou de petits appareils) permet de surmonter certains des problèmes de bande passante rencontrées par de nombreuses institutions, notamment au sein de leur réseau d’agences.
L’utilisation des bâtiments constitue un autre domaine où les données de sécurité apportent une valeur mesurable. Les informations d’occupation issues des caméras, des historiques d’accès ou des capteurs offrent une vision précise de l’usage réel des espaces. Une fois intégrées aux systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB), le chauffage, la ventilation, la climatisation (CVC) et l’éclairage s’adaptent à la fréquentation réelle plutôt qu’à des plannings fixes. À l’échelle d’un réseau bancaire multisites, cette approche réduit la consommation d’énergie et alimente le reporting RSE, sans compromettre le confort, ni la sécurité.
De la protection des sites aux enseignements stratégiques de l’entreprise
De nombreuses institutions financières s’appuient encore sur des environnements de sécurité hérités, composés de plusieurs systèmes indépendants. La modernisation de ce socle technologique constitue une étape essentielle pour libérer la valeur à long terme de l’IA. Le point de départ réside dans une évaluation objective des systèmes et capteurs existants.
Toutefois, la modernisation s’avère plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche progressive, permettant d’interconnecter les équipements en place tout en déployant des plateformes interopérables qui facilitent un accès élargi aux données. En effet, évoluer d’une architecture purement axée sur la sécurité vers une structure prête pour l’IA permet aux organisations de dégager des informations à forte valeur ajoutée, exploitables bien au-delà du seul périmètre de la sécurité.
Une collaboration transversale pour libérer le potentiel de l’intelligence de sécurité
Obtenir des résultats concrets et créateurs de valeur grâce à l’IA nécessite une collaboration étroite entre les équipes informatiques, de gestion des bâtiments, des opérations, de l’expérience client, de la cybersécurité, du juridique et de la conformité. Cette synergie garantit une utilisation responsable des données de sécurité, encadrée par des garde-fous clairs en matière de confidentialité, de gouvernance et de cyber-résilience.
C’est là qu’un intégrateur de systèmes joue un rôle central. En collaborant avec les institutions financières pour élaborer des feuilles de route pragmatiques et alignées sur la stratégie IT, il permet de générer une valeur mesurable, site par site et exercice budgétaire après exercice budgétaire. L’objectif de l’entreprise doit s’orienter vers la rentabilité à long terme, en transformant des infrastructures de sécurité héritées en un moteur pérenne de croissance opérationnelle.
Lorsque les données de sécurité physique sont exploitées comme une véritable intelligence stratégique, la sécurité cesse d’être un centre de coûts réactif pour devenir un levier de performance économique. La gestion des effectifs s’appuie dès lors sur des données probantes, la consommation d’énergie devient plus précise et la gestion des infrastructures passe à un mode prédictif. La donnée existe déjà, l’opportunité consiste désormais à la valoriser.
Par Amir Shechter, Executive Director of Innovation and Technology chez Convergint
