Portrait | Laurent de Bernède, Azulli. « Donnons une dimension européenne au secteur des fintechs »
02/03/2023
Une ligne directrice que Laurent de Bernède a mise en exergue avec le lancement de Credit.fr. Nous sommes en 2013, et à ce moment de l’histoire, les Fintechs ou plutôt, les start-ups qui se lancent dans le secteur de la finance pour les particuliers comme pour les professionnels, sont encore les meilleures ennemies des grandes institutions bancaires.
Mais un besoin se fait sentir, largement plébiscité par les Politiques en place : flécher une partie de l’épargne des Français vers le financement des TPE et des PME. Le financement de ces entreprises repose en France à 90 % sur les crédits bancaires. Or, « les PME représentent en Europe 90 % des entreprises, 65 % des emplois salariés, plus de 55 % des ventes et de l’investissement et enfin, plus de 55 % de la valeur ajoutée. » (chiffres extraits de la Revue d’Économie Financière de 2014 n°114)
« Le problème n’était pas le financement par les banques mais plutôt la lourdeur dans les process d’octroi des prêts bancaires. Certains dirigeants d’entreprises pratiquaient l’auto-censure ou baissaient les bras durant leurs recherches de financement. Et, il faut l’avouer, le segment des crédits aux TPE/PME n’était pas forcément jugé très rentable par les établissements classiques » relate Laurent de Bernède.
Sous l’égide de Bernard-Louis Roques, associé fondateur de Truffle Capital, il crée donc une plateforme de financement dédiée et ouverte aux particuliers afin de pourvoir aux besoins financement de ces TPE/PME. « J’ai été associé au capital de cette nouvelle structure appelée Credit.fr à laquelle Thomas de Bourayne (ancien président de Crédit.fr) s’est aussi rapidement adjoint pour nous apporter ses compétences en matière de scoring et de crédit. »
Trois acteurs du financement participatif dédié aux TPE-PME
« SI déployer des leviers pour les entreprises était nécessaire, ce marché du financement participatif adossé à des fonds de dettes n’a jamais vraiment atteint les niveaux attendus par le gouvernement et les plateformes. Dans ce contexte économique, nous n’étions pas assez compétitifs pour les investisseurs : les taux de rendement net proposés, après les défauts et la fiscalité nous mettaient au coude-à-coude avec l’assurance vie (…) Cependant, Olivier Goy, le fondateur de Lendix, a eu LA bonne idée et a trouvé le modèle le plus puissant. Il a proposé un système hybride, mélangeant fonds de dette ouverts aux institutionnels et financement via des particuliers à hauteur de 50 %. » Quelques mois avant l’officialisation du rachat de Credit.fr par la société de gestion, Tikehau Capital (29 juin 2017), Laurent de Bernède quitte la structure présidée, depuis 2015, par de Geoffroy Roux de Bézieux.
Au cours de ces trois années, Credit.fr a financé 217 entreprises pour un montant de plus de 13 millions d’euros. Et, c’est au total plus de 13 000 prêteurs qui avaient fait confiance à la structure de crowdlending en partenariat avec des acteurs de renom comme HelloBank!.
« Si nous n’étions pas les plus compétitifs pour les prêteurs, nous étions les plus agiles pour les dirigeants d’entreprise. Nous avions la capacité d’accorder un prêt en 24h avec un déblocage des fonds en 7 jours quand il faut en moyenne 60 jours pour une banque classique. (…) Pour ma part, mon rôle a toujours été de déployer des infrastructures, des plateformes qui permettent cette agilité et ce fonctionnement tout en respectant les différentes réglementations en vigueur. »
Laurent de Bernède monte alors sa propre structure : Azulli, un cabinet de conseils dédié aux Fintechs afin de les aider à lancer des solutions innovantes de paiement. « C’est une entreprise qui fonctionne sur le même format que les « boutiques-hôtels » s’amuse-t-il à comparer. « J’offre une expertise de niche : du sur-mesure ! Je les accompagne pour augmenter leur proposition de valeur grâce à l’intégration de services innovants de financements et de paiements. »
Azulli, un cabinet dédié à toutes les Fintechs
Parmi ses clients passés ou présents, on compte Rosaly, Xpollens, Regate, AirFund OneWealthPlace, Ledgity, Evollis … « J’accompagne entre 5 et 6 start-ups en même temps. Toute la difficulté est de créer une expérience client fluide dans le respect du cadre réglementaire pour un client qui ne veut pas nécessairement être encombré par un énième compte supplémentaire. »
Et l’engagement de Laurent de Bernède en faveur de l’inclusion française ne se limite pas aux frontières de l’Hexagone. Depuis septembre 2021, il est le co-fondateur de Be-Bunk. « C’est un néo-compte et pas une néo-banque puisque ce n’est pas un établissement de crédit. L’idée est de permettre aux personnes présentes sur les territoires d’outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, Polynésie française) d’accéder à un compte bancaire et à une carte Visa. Sur place, il y a une véritable carence en la matière. Nous avons une réelle utilité. »
La Fintech Cup, la meilleure excuse pour galvaniser son équipe ?
Au mois d’octobre 2023, il donnera le coup d’envoi de la Fintech Cup, la première régate des Fintechs Européennes, à la Trinité-sur-Mer (56).
« Ce qui me passionne, c’est le côté innovant ! Faire bouger les habitudes des consommateurs tout en dynamisant l’écosystème Fintech français qui a un excellent état d’esprit de collaboration dans un monde de la finance, finalement, assez statique. Quant à la dimension européenne, elle est tout aussi essentielle. Nous nous devons de trouver un moyen, même informel, d’agir pour que les fintechs européennes collaborent beaucoup plus entre elles, s’adressent à des VC à dimension européenne, voire internationale. Nous avons aussi besoin d’une réglementation en harmonie avec les projets de développement de l’écosystème. Et inutile de rappeler qu’en matière d’innovation : les nouveaux usages des consommateurs arrivent souvent avant la réglementation et la poussent à évoluer. »
Alors le passionné de voile souhaite insuffler cet état d’esprit dans la Fintech Cup. « Nous sommes imbattables d’un point de vue institutionnel grâce à France Fintech et Finance Innovation, notamment. Cependant, il manque des événements moins professionnels, plus amicaux. (…) Diriger une start-up nécessite d’être en innovation permanente, vous vous devez de galvaniser l’ensemble de votre équipe. Le sport et l’engagement social sont les deux meilleures « excuses » pour cela. Sur un bateau engagé dans une régate : le moindre défaut de communication ne pardonne pas. »
En mars 2021, Olivier Goy, le président fondateur d’October (autrefois Lendix) a confié au micro de Matthieu Stéfani, de Génération Do It Yourself, être atteint de la SLA ou Sclérose Latérale Amyotrophique. Il a depuis transformé sa situation en combat pour la recherche et pour l’ intégration du handicap dans le monde du travail. Le 31 mai 2023, il dévoilera à Paris, un documentaire qui lui est dédié. Son titre ? « Invincible été ». Les fonds récoltés, notamment par les entrées et la vente de photos prises par Olivier Goy, seront aussi au profit de l’Institut du Cerveau.
Le 1er juin 2022, October a officialisé le rachat à 100 % de son ex-concurrent : Credit.fr.
« Olivier est un visionnaire dans notre univers. October est leader pour la qualité de son offre, ses capacités de scoring, son ergonomie…Le reste… »
Le reste restera dans une élégance admirative, respectueuse et pudique entre « marin et montagnard ».
Anne-Laure Allain
Photo : Olivier Goy par Stéphane de Bourgies
En savoir plus sur la Fintech Cup





