200 à 250 mds d’euros sans dépense publique nouvelle pour le financement environnemental
07/09/2026
Après le diagnostic, la doctrine, le marché, les conditions de succès et les preuves, le livre blanc d’Eurazeo aboutit à trois propositions concrètes. Leur ambition est précise : orienter entre 200 et 250 milliards d’euros vers les solutions environnementales sur cinq à sept ans, sans dépense publique nouvelle. Trois leviers actionnables rapidement — un annuaire, une dérogation prudentielle, deux fonds de 5 milliards — qui s’articulent entre eux pour débloquer une plomberie financière grippée.
Finyear.com · Corporate Finance · 2 septembre 2026 · Source : Eurazeo, Livre blanc «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», juillet 2026 · Série 6/6 · Lecture : 5 min
Proposition 1 : créer un annuaire public européen des fonds environnementaux non cotés
La première proposition est la plus structurelle — et la plus urgente. Il n’existe aujourd’hui aucun répertoire public qui recense et décrive les fonds d’investissement engagés dans la transition environnementale avec des indicateurs comparables. Ce vide n’est pas anodin : il empêche les allocateurs institutionnels (assureurs, fonds de pension, fonds souverains) de comparer les véhicules disponibles, de tracer la frontière entre conformité réglementaire et contribution environnementale réelle, et d’expliquer à leurs propres bénéficiaires ce à quoi leur argent contribue. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026.)
Eurazeo propose la création d’un annuaire public européen de référence recensant l’ensemble des fonds environnementaux non cotés classés Article 9 (SFDR) et, à terme, ceux relevant de la future catégorie «Sustainable» (SFDR 2.0). Cet outil serait doté de descriptions et d’indicateurs normalisés. Il constituerait l’infrastructure de base pour améliorer la transparence, renforcer la comparabilité et orienter plus efficacement les capitaux. La proposition repose sur un principe simple : on n’alloue pas efficacement vers ce qu’on ne peut pas décrire, comparer et mesurer. Pour les directions financières et les comités d’investissement qui examinent des opportunités dans les fonds environnementaux non cotés, l’annuaire réduirait le coût de la due diligence initiale et permettrait d’établir des benchmarks de référence sur les rendements et les impacts réels.
Proposition 2 : étendre la dérogation prudentielle Solvency II et IORP II aux fonds Article 9 environnementaux
La deuxième proposition agit directement sur le verrou le plus coûteux pour les allocateurs institutionnels. La révision du cadre Solvency II en 2019 a introduit le régime des Long-Term Equity Investments (LTEI), permettant aux assureurs de bénéficier d’un traitement prudentiel favorable — un taux de charge en capital de 22% versus 49% — pour certaines expositions en actions détenues dans une logique de long terme. Eurazeo propose d’ouvrir l’accès à ce traitement préférentiel aux fonds environnementaux non cotés Article 9 et futurs fonds «Sustainable» du SFDR 2.0, référencés dans l’annuaire (proposition 1). À fonds propres constants, un assureur pourrait ainsi plus que doubler son allocation à ces actifs. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant CVC «Private Equity for Insurers under Solvency II», mai 2026.)
«L’Europe affirme vouloir financer sa souveraineté énergétique, sa résilience climatique, son autonomie industrielle et ses infrastructures critiques, tout en continuant à appliquer aux fonds environnementaux non cotés des obligations prudentielles conçues dans un cadre antérieur à ces nouveaux risques systémiques.» — Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026.
Le président de la Fédération Bancaire Européenne, Slawomir Krupa, estimait en mai 2025 que les décisions discrétionnaires de supervision avaient gelé «well over a trillion» de capacité de financement du secteur bancaire. Le même raisonnement s’applique aux assureurs et fonds de pension : si la logique prudentielle de Solvency II a été pensée après la crise financière de 2008 pour protéger la stabilité face aux actifs risqués et peu liquides, l’Europe de 2026 fait face à une autre catégorie de risques systémiques — dépendance énergétique, inflation fossile, stress hydrique — que les infrastructures environnementales contribuent précisément à réduire. La proposition consiste à faire reconnaître cette logique dans le calibrage prudentiel. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Les Échos entretien Slawomir Krupa 22 mai 2025.)
Proposition 3 : mobiliser la Scale-up Facility pour deux fonds environnementaux de 5 milliards chacun
La troisième proposition capitalise sur un précédent récent. En mai 2026, l’Europe a structuré le fonds Scaleup Europe, dont la gestion a été confiée au suédois EQT — le plus grand véhicule pan-européen de capital-investissement jamais constitué, doté de 5 milliards d’euros, ciblant les scale-ups à partir de la Série B dans les secteurs jugés stratégiques pour la souveraineté technologique. Mais aucun fonds équivalent n’est aujourd’hui dédié à la souveraineté civile, à l’adaptation climatique ou à la restauration du capital naturel européen. (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026, citant Les Échos 19 mai 2026.)
Le futur Fonds européen pour la compétitivité — doté de 234 milliards d’euros dans le budget pluriannuel 2028-2034 — prévoit à son article 22 la création d’une Scale-up Facility destinée à répondre au déficit de financement des entreprises européennes en phase de passage à l’échelle. Eurazeo propose de mobiliser cette facilité pour soutenir la création d’au moins deux fonds paneuropéens d’environ 5 milliards d’euros chacun, dédiés aux solutions environnementales. Ces fonds cibleraient les entreprises en phase de passage du démonstrateur à la plateforme de production — précisément l’étape où le risque d’exécution est le plus élevé et où le financement fait le plus défaut.
Les trois propositions s’articulent entre elles. L’annuaire crée l’infrastructure de visibilité. La dérogation prudentielle déverrouille les allocations institutionnelles. La Scale-up Facility apporte la taille critique aux fonds qui peuvent financer le passage à l’échelle des solutions les plus avancées. Associées, Eurazeo estime qu’elles pourraient orienter entre 200 et 250 milliards d’euros vers les solutions environnementales sur cinq à sept ans, sans dépense publique nouvelle. «Dans sa fourchette haute, ce montant équivaut à une année entière du déficit d’investissement européen. Il représente par ailleurs près du double de l’effort annuel de financement public européen actuel.» (Source : Eurazeo, Livre blanc, juillet 2026.)
Sources : Eurazeo, «Capital, environnement et puissance au XXIe siècle — L’Europe en pole position», Livre blanc, juillet 2026 — intégralité disponible sur eurazeo.com. Sources primaires citées : CVC «Private Equity for Insurers under Solvency II» mai 2026 · Les Échos 22 mai 2025 · Les Échos 19 mai 2026 · Commission européenne «European Competitiveness Fund» DG GROW juillet 2026 · I4CE «State of Europe’s Climate Investment» juin 2026.
