Un pont trop loin pour la BNS
21/09/2011

Car il est un fait indéniable que cette crise a révélé, c’est que les banques centrales ne sont pas omnipotentes. De surcroît, quand elles étaient encore parées de leur aura de crédibilité et de puissance, le préalable sine qua non au succès (au moins sur le court terme) de leur entrée sur les marchés consistait en une concertation de leurs interventions. La BNS donc échouera dans cette nouvelle guerre qu’elle vient de déclarer et il y a d’autant plus à craindre que cette lutte ne soit pour elle la lutte de trop qu’elle se retrouve toute seule à la mener ! Ayant effectivement d’autres chats (géants et agonisants) à fouetter, la BCE s’est ainsi empressée d’annoncer que ces interventions décrétées par la BNS et visant à affaiblir le franc suisse étaient de « sa seule responsabilité »… Et pour cause puisque la BCE voit en effet ces achats d’Euros d’un très mauvais œil : Euros qui ne pourront être réinjectés que dans les Bons du Trésor allemands et français (qui sont AAA) et qui auront donc pour effet immédiat d’aggraver le différentiel (spread) entre les papiers valeurs du Nord de l’Europe et des pays dits « périphériques » ! Ou comment la Suisse offre sa propre contribution à la déstabilisation de l’Union Européenne tout en apportant de l’eau au moulin des amateurs de francs suisses.
Comment la BNS tiendra-t-elle son engagement de préserver le niveau Euro/Suisse de 1.20 et combien devra-t-elle dépenser pour défendre sa crédibilité ? En réalité, le marché des Changes étant le plus vaste et le plus liquide au monde, il n’y a virtuellement pas de limite à la quantité de francs suisses qu’elle serait conduite à vendre et qui pourrait se chiffrer en centaines de milliards, voire en un millier de milliards de francs afin de contre balancer la boulimie globale en actifs de qualité ! Ne nous y trompons pas : les marchés poseront très prochainement cette question et y amèneront leur propre réponse envers en contre la BNS qui devra alors encaisser des pertes sans commune mesure avec celles douloureusement enregistrées l’an dernier. Et les divers secteurs de l’activité helvétique comme ses industries et ses exportateurs – applaudissant des deux mains aujourd’hui à ce regain d’interventionnisme de leur banque centrale – se rendront alors compte de la gigantesque addition de ces vaines tentatives d’affaiblir leur monnaie. Sans même évoquer les effets collatéraux « mécaniques » de cet activisme qui se traduiront en une reprise de l’inflation et en une ruée hors des actifs boursiers helvétiques. Lors de la précédente phase interventionniste de la BNS à la fin des années 70, l’inflation n’avait-elle en effet pas grimpé de 1 à 7% entre 1978 et 1981 ? Du reste, du point de vue de l’investisseur global très méfiant dès lors que les fluctuations des marchés sont perturbées par des agents exogènes, pourquoi les bourses des valeurs d’une nation convertie à la manipulation des marchés exerceraient-elles encore un attrait ?
A la vérité, cette spectaculaire résolution de la BNS de défendre coûte que coûte ce palier de 1.20 de la parité Euro/Franc Suisse est probablement le pari financier – et politique – le plus risqué de l’Histoire de la Suisse. Comment des autorités dont on attend un minimum de sérieux et de pondération peuvent-elles bien se lancer dans une telle partie de poker ?
Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com
