Pourquoi les femmes n’investissent-elles (toujours) pas assez ?
06/03/2026
En France, selon les données de l’Autorité des marchés financiers (AMF), seules 38 % des personnes investissant activement en bourse sont des femmes. Même si la part des femmes qui investissent est en légère hausse en 2025, elles restent deux fois moins nombreuses que les hommes à investir. Pourtant, elles ne sont ni moins performantes ni moins légitimes en matière d’investissement.
Par Caravel

Comment expliquer un tel écart alors que les femmes sont de plus en plus autonomes financièrement ?
Même si l’autonomie financière des femmes progresse, les inégalités de revenus et de patrimoine persistent. Leur présence sur les marchés financiers reste faible comparée à celle des hommes, surtout pour des raisons historiques : jusqu’en 1967, les femmes étaient interdites d’accès à la Bourse de Paris. Ce n’est que depuis 1965 qu’une femme mariée a pu ouvrir un compte à son nom et en disposer librement, et il a fallu attendre 1985 pour que l’égalité des époux dans l’administration des biens de la famille soit reconnue.
L’écart se construit également dès l’enfance à travers le rapport à l’argent. Dans leur éducation, les filles ne sont pas encouragées à s’intéresser aux questions financières et n’acquièrent pas la même éducation financière que les garçons. Cette différence se prolonge ensuite dans les métiers qu’elles exercent, souvent moins rémunérateurs. À temps de travail égal, le salaire moyen des femmes reste inférieur de 14 % à celui des hommes.
Enfin, les rôles financiers au sein du couple contribuent aussi à creuser l’écart : la femme gère le budget au quotidien, tandis que l’homme prend les décisions d’investissement.
Quels freins continuent de peser sur leur capacité à investir ?
Ce n’est pas uniquement la capacité à investir des femmes qui est problématique, mais leur tolérance à prendre des risques qui les empêche d’agir. Selon l’AMF, 51 % des femmes interrogées indiquent refuser toute prise de risque en matière de placements, contre 38 % des hommes. En cause notamment le fait qu’historiquement les femmes ont été éloignées des sujets financiers et encouragées indirectement à adopter une approche prudente vis-à-vis de l’argent.
Un autre frein important, la charge mentale, mais surtout des revenus plus faibles qui freinent la capacité des femmes à investir régulièrement. En effet, toujours selon l’AMF, les femmes sont moins optimistes que les hommes quant à l’évolution de leur situation économique et financière.
S’y ajoute un univers financier encore perçu comme masculin, avec des produits financiers et des conseils d’investissement majoritairement pensés et commercialisés pour les hommes, renforçant ce sentiment d’illégitimité pour les femmes. D’ailleurs, seules 28 % des femmes estiment s’y connaître, contre 51 % des hommes.
Quelles solutions concrètes pour réduire cette inégalité ?
L’éducation et la formation financière sont les leviers essentiels pour réduire cet écart et démystifier la finance. Tout d’abord, dès le plus jeune âge, en encourageant les filles à exprimer leurs ambitions sans culpabilité et les garçons à être à l’écoute, puis tout au long de la vie scolaire et professionnelle en intégrant des notions d’épargne et d’investissement.
Les institutions financières ont également un rôle à jouer en adoptant une approche non genrée dans leur communication. Depuis toujours, l’investissement est présenté à travers des codes de performance et de compétition davantage associés au genre masculin, alors que de nombreuses femmes expriment des attentes centrées sur la sécurité et les projets de vie. C’est d’ailleurs cette approche qui nous permet de compter 63 % de femmes parmi nos épargnants.
La promotion de rôles féminins dans la société, et particulièrement dans le domaine de la finance, est tout aussi essentielle. Aujourd’hui, de plus en plus de créatrices de contenus oeuvrent à rendre ce secteur plus accessible et représentatif pour les femmes.
Enfin, il est indispensable de travailler à la réduction des inégalités structurelles comme les différences de salaire et de patrimoine entre les hommes et les femmes.
Même si des progrès sont faits, l’investissement féminin reste un enjeu économique majeur pour les familles, les entreprises et la société toute entière.
Sources : Baromètre de l’épargne et de l’investissement – AMF, mars 2026
Écart de salaire entre femmes et hommes – Insee, février 2026
