Payt : les impayés, première cause de faillite des entreprises

Soutenue par 55 millions d’euros levés auprès de Partech, la scale-up néerlandaise Payt accélère son déploiement en Europe et plus particulièrement en France. Avec Martin Habfast aux commandes de la filiale française, la société s’attaque à un problème auquel on ne pense pas mais qui n’en est pas moins dévastateur : les créances clients impayées, première cause de faillite des entreprises françaises.

 

Martin Habfast, General Manager France

 

300 000 emplois détruits par an. La cause ? Souvent l’oubli.

Le chiffre annoncé donne le vertige. En France, 17 000 entreprises cessent leur activité chaque année à cause de retards de paiement, entraînant la destruction de 300 000 emplois selon les données de la Banque de France. Ce qui surprend, c’est la nature du problème : ces entreprises ne manquent pas de clients, ni même de rentabilité. Elles manquent de trésorerie parce que leurs factures ne sont tout simplement pas payées dans les temps et les conséquences en sont dramatiques.

« Quand je suis en démo avec un client et que je lui demande quelle est la première cause du retard de paiement, ce qu’il me dit, c’est l’oubli », confie Martin Habfast, Directeur Général de Payt France. L’image qu’il dresse est parlante : un artisan BTP, un restaurateur ou un agriculteur, épuisé en fin de journée, qui laisse passer un email de facturation. La facture tombe dans les oubliettes et ça n’arrive que rarement que l’entreprise facturée revienne d’elle-même pour payer.

 

Le problème Excel : quand la gestion financière reste artisanale

La très grande majorité des PME françaises gèrent encore leurs factures sur un tableur, avec des relances effectuées manuellement. Sur 500 factures émises par mois, les loupés s’accumulent, les impayés s’allongent, et les trésoreries se contractent alors même que l’entreprise est profitable.

Martin Habfast cite un chiffre étonnant : « Je croise des PME qui font 5 % de résultat net et qui ont 35 % de leur chiffre d’affaires sous forme d’encours clients. Soit l’équivalent de cinq années de résultat net immobilisé. » Dans ce contexte, les défaillances d’entreprises ont encore progressé de 5 % en un an en France, et le sujet des créances clients reste largement sous-traité.

 

Payt : treize ans d’expertise, 50 milliards d’euros traités par an

Fondée en 2013 à Groningue, aux Pays-Bas, Payt s’est imposée comme un acteur des solutions SaaS de gestion des créances clients sur son marché domestique avant d’étendre sa présence à toute l’Europe. La société compte aujourd’hui plus de 5 000 clients, traite 50 milliards d’euros de créances par an, et affiche un taux de fidélisation de 99,8 %, une rareté dans l’univers fintech. Elle est par ailleurs rentable, ce qui la différencie encore plus de ses concurrentes.

En 2024, Payt a finalisé une levée de 55 millions d’euros menée par Partech pour accélérer son déploiement européen, soutenir l’innovation produit notamment autour de l’intelligence artificielle, et recruter des talents locaux dans chaque nouveau marché.

 

Lyon plutôt que Paris, et Ouest-France comme premier client de référence

Pour son implantation française, Payt a choisi Lyon comme base d’opérations. Un choix stratégique assumé : la capitale des Gaules offre un choix de talents solide avec beaucoup de très bonnes écoles implantées là-bas, un écosystème fintech dynamique, et une concurrence moins frontale que Paris pour le recrutement et pour les fintechs en général. Les premiers contrats ont été signés à l’automne 2025. Aujourd’hui, la société signe entre une et trois nouvelles PME françaises par semaine.

Parmi les premiers clients de référence figure le Groupe SIPA Ouest-France et sa filiale Publications API, un signal fort de la capacité de Payt à convaincre des structures de taille significative dès ses premières semaines sur le marché.

 

Un entrepreneur à la tête de la filiale France

Pour piloter ce déploiement, Payt a fait un pari original : confier les rênes de sa filiale française non pas à un profil issu du credit management, mais à un entrepreneur. Martin Habfast, diplômé d’HEC Paris et de l’Université technique de Munich, est cofondateur d’Umiami (ex-SWAP Food), société spécialisée dans la viande végétale qu’il a menée à lever plus de 100 millions d’euros et à s’internationaliser dans dix pays.

« Mon ambition est claire : faire en sorte qu’aucune entreprise française saine ne dépose le bilan à cause de factures non payées », déclare-t-il. « Avec Payt, nous ne nous contentons pas de relancer des factures ; nous libérons les entreprises du poids administratif et financier du crédit client pour qu’elles se concentrent sur leur croissance. »

 

Une automatisation intelligente, pas mécanique ni agressive

Le cœur du produit repose sur une automatisation fine du cycle de relance, connectée en quelques minutes aux outils comptables existants. Mais Payt se distingue par la sophistication de son approche : le système segmente les clients par comportement de paiement. Un client fidèle ne reçoit jamais la même relance qu’un mauvais payeur chronique.

Côté expérience utilisateur, l’accent est mis sur la fluidité : paiement en un clic par Apple Pay, mise en place de prélèvements automatiques en deux clics, demande d’échéancier directement depuis la facture sans avoir à décrocher son téléphone. Et si le dialogue bloque, Payt permet de basculer en un clic vers une procédure de recouvrement devant le tribunal de commerce, sans rupture de flux ni perte d’information.

« Personne n’aime recevoir un appel de son fournisseur pour une facture impayée », admet Martin Habfast. « Un simple SMS avec un lien de paiement, ça réduit déjà les impayés de 10 %. »

Pour une société réalisant 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, l’impact peut atteindre jusqu’à un million d’euros de trésorerie libérée pour un abonnement mensuel de l’ordre de cent euros.

 

À venir : une étude Ipsos sur l’équipement des PME françaises

Pour accompagner son déploiement, Payt prépare une étude avec Ipsos destinée à mesurer précisément le sous-équipement des dirigeants français en matière de gestion des créances clients. Les résultats sont attendus fin mars, avec une publication envisagée début avril, en écho aux publications institutionnelles sur la santé économique des entreprises françaises.

 

 

Emma Dufétel

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