Paiement : L’Europe n’a pas les moyens, l’Europe n’a pas le choix
24/02/2026
Le paiement est-il encore un simple service financier, ou déjà une infrastructure critique ? Pour George Owen, CEO de Stancer, la réponse ne fait plus vraiment débat. Dans un contexte de dépendance accrue aux acteurs internationaux et de tensions géopolitiques, la question dépasse largement la technique.
Adossé au Groupe Iliad, l’établissement de paiement agréé par l’ACPR revendique une approche intégrée et souveraine.
Décryptage du marché du paiement avec George Owen.

George Owen, CEO de Stancer
De l’infrastructure telco au paiement
Détenteur du barreau de New-York, avocat d’affaires à Londres avant de lancer une première entreprise dans le consumer, George Owen rejoint le Groupe Iliad il y a un peu plus de trois ans pour structurer son établissement de paiement.
L’objectif initial est clair : traiter les flux du groupe, notamment ceux liés aux modèles par abonnement. « On a développé un savoir-faire spécifique dans la gestion des paiements récurrents », explique-t-il.
Dans l’univers des télécoms, l’enjeu n’est pas le paiement unitaire, mais la capacité à gérer dans le temps des données sensibles, cartes bancaires, prélèvements SEPA, à relancer en cas d’impayé et à basculer d’un moyen de paiement à un autre. Une mécanique plus complexe qu’un simple encaissement en point de vente.
Acceptation vs acquisition : comprendre la chaîne de valeur
Stancer est un établissement de paiement régulé par l’ACPR. Une précision qui n’est pas anodine.
Dans la chaîne de valeur, deux briques coexistent :
- L’acceptation : validation en temps réel d’une transaction carte (CB, Visa, Mastercard, Amex).
- L’acquisition : mouvement effectif des fonds vers le marchand, réalisé le plus souvent de manière asynchrone.
C’est cette seconde étape, le transfert d’argent, qui nécessite un agrément.
Beaucoup d’acteurs du marché se sont concentrés sur des “surcouches applicatives” reposant sur un établissement agréé. Autrement dit, ils développent une interface ou une solution sectorielle (restauration, retail…), mais sous-traitent le cœur du paiement à un PSP régulé.
Stancer revendique une approche différente : maîtriser les deux briques, acceptation et acquisition, sur la carte comme sur le prélèvement SEPA.
L’enjeu pour les différents acteurs est de se rendre le plus complet et simple possible pour les commerçants.
Sécurité et maîtrise des données : un positionnement différenciant
Dans le paiement, la valeur ajoutée est avant tout technique et sécuritaire.
Contrairement à de nombreux acteurs qui s’appuient massivement sur le cloud, Stancer exploite ses propres data centers en région parisienne, alimentés par deux centrales distinctes afin d’assurer la continuité d’activité.
« Le paiement est une commodité quand tout marche. Mais la seconde où ça ne marche plus, c’est la plus grande des priorités stratégiques », résume George Owen.
Un restaurateur qui ne peut pas encaisser son service du midi voit immédiatement son activité paralysée. Il n’y a pas d’autre choix que d’être disponible 24/7/365.
Un marché fragmenté, en attente de consolidation
Le marché du paiement reste paradoxal. Très concurrentiel et fragmenté, il continue cependant à faire émerger des acteurs innovants.
Mais pour autant, la consolidation semble inévitable. Les établissements de paiement sont exposés inévitablement à la conjoncture : leur modèle économique repose sur une commission appliquée au volume et au nombre de transactions.
Dans un contexte de ralentissement économique, la pression sur les marges pourrait accélérer les rapprochements. « Ça fait plusieurs années qu’on annonce une vague de consolidation. Elle ne s’est pas encore matérialisée, mais elle viendra », annonce le dirigeant.
Souveraineté : le vrai sujet stratégique
En Europe, 61% des transactions inter-pays sont réalisées via Visa et Mastercard, et 100% des transactions transfrontalières passent par des acteurs étrangers. Un niveau de dépendance qui se fait poser des questions.
Pour George Owen, « le paiement est de plus en plus stratégique ». Déléguer intégralement l’infrastructure à des groupes extra-européens pose une question de souveraineté économique, voire même politique.
L’exemple cité interpelle : un responsable public a été privé d’accès à certains réseaux de cartes pour des raisons géopolitiques. Au-delà des convictions individuelles, le signal est clair : l’infrastructure de paiement peut – et en train – de devenir un levier de pression.
Dans ce contexte, les initiatives européennes, euro numérique, wallets alternatifs, visent à reprendre la main sur ce sujet. Reste à savoir si l’ambition sera à la hauteur.
Stablecoins, euro numérique : quel impact pour les commerçants ?
À court terme, les évolutions seront progressives. Les cycles d’adoption dans le paiement sont longs.
Mais l’arrivée de nouveaux moyens de paiement, stablecoins, euro numérique, wallets européens, modifiera la chaîne opérationnelle.
Concrètement, les PSP devront intégrer ces options dans leurs pages de paiement. Pour les commerçants, cela peut signifier :
- De nouveaux flux (wallets vs comptes bancaires)
- Des ajustements comptables
- Potentiellement des frais réduits
L’enjeu sera de rendre ces transformations transparentes. « Le PSP devra monter en gamme pour que ce soit simple pour le marchand et fluide pour le client », insiste George Owen.
SoftPOS : vers la fin du terminal traditionnel ?
Une autre tendance qui vient structurer le marché : le softPOS.
Le principe : transformer un smartphone en terminal de paiement via une application. Pour les petits commerçants, les indépendants ou les associations, l’intérêt est évident.
Stancer propose notamment un terminal gratuit avec des commissions affichées à 0,7% + 7 centimes en proximité, et 0,7% + 15 centimes en ligne. Une stratégie assumée de transparence tarifaire sur un marché souvent critiqué pour son opacité.
À terme, les terminaux traditionnels pourraient céder du terrain sur certaines verticales. « Les tendances dans le paiement pénètrent lentement, mais s’installent durablement », observe le CEO.
D’un service financier à une infrastructure critique
Le paiement n’est peut-être plus un simple service.
Quand il fonctionne, il est invisible. Quand il s’interrompt, il devient vital.
Entre exigences réglementaires, enjeux de cybersécurité, souveraineté européenne et transformation technologique, le secteur évolue vers un statut d’infrastructure stratégique.
Pour les commerçants comme pour les pouvoirs publics, la prise de conscience semble amorcée. Reste à savoir si l’Europe saura transformer l’essai et faire émerger des acteurs capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Emma Dufétel
A propos de Stancer
Chez Stancer, nous sommes convaincus que chaque individu peut devenir acteur de l’économie. En proposant des infrastructures de paiement simples, accessibles et transparentes, nous aidons les entrepreneurs et les entreprises à se développer au quotidien.
