Opinion | Thibaut Arnould, GoCardlessRepenser « La dépendance aux banques : les experts-comptables en première ligne »
27/05/2026
À l’heure où la facturation électronique transforme en profondeur les fonctions financières, le rôle des experts-comptables évolue rapidement, entre pilotage, conseil et accompagnement. Dans son sillage, la question des paiements pourrait s’imposer comme le prochain chantier clé de cette transformation, encore largement marqué par des pratiques héritées.

Thibaut Arnould, Sales Manager Mid-Market & Enterprise chez GoCardless
Un modèle sous pression
Les entreprises françaises continuent de s’appuyer majoritairement sur les banques traditionnelles pour encaisser leurs paiements. Selon une enquête (1), 92 % d’entre elles y ont encore recours, principalement par confiance et par facilité. Pour autant, 72 % déclarent rencontrer des difficultés opérationnelles lorsqu’elles collectent leurs paiements via ces établissements : manque de visibilité, complexité de gestion ou encore coûts associés. Ce décalage met en lumière une réalité structurelle : dans de nombreux cas, le choix des solutions de paiement reste influencé par des usages historiques, les banques ayant longtemps constitué le point d’ancrage naturel des flux financiers des entreprises.
À la clef, un désalignement : si 76 % des entreprises se disent satisfaites de leur stratégie de paiement actuelle, 70 % estiment qu’une modernisation leur apporterait des bénéfices tangibles (1). Ce paradoxe traduit une forme de résignation opérationnelle. Les inefficacités, les tâches manuelles, le manque de visibilité sur leur trésorerie, la lenteur des encaissements, sont perçues comme des contraintes inhérentes à l’activité, plutôt que comme des axes d’amélioration. Ces chiffres traduisent également une évolution des enjeux où les paiements ne seraient plus seulement appréhendés comme un sujet technique, mais comme un élément à part entière du pilotage opérationnel d’une organisation.
Vers un écosystème plus ouvert
Dans ce contexte, le changement est déjà en cours. 46 % des organisations se disent prêtes à s’éloigner de leur banque pour certaines fonctions comme celle de collecter les paiements (1). Il ne s’agit pas d’un rejet des banques, mais d’une évolution vers un modèle plus ouvert, dans lequel les entreprises arbitrent entre plusieurs solutions “best of breed” (2) selon leurs besoins : la banque pour les services essentiels comme le crédit, les prestataires spécialisés pour le paiement. Même si cela implique de coordonner plusieurs partenaires, de nombreuses organisations considèrent qu’il s’agit d’un faible compromis au regard des bénéfices apportés en matière de performance, d’automatisation et d’accès à des solutions de premier plan. Pour autant, cette transformation reste progressive et contrastée. Si 92 % des entreprises françaises s’appuient encore sur leur banque pour encaisser leurs paiements, au-delà de 5 000 salariés, ce taux tombe à 64 % (1), suggérant que les limites des modèles bancaires traditionnels deviennent plus visibles à mesure que les entreprises grandissent.
Une transformation qui nécessite un accompagnement
Chez les PME, les freins sont aussi pédagogiques. Les données issues du 6ème Baromètre de la facturation électronique (3) montrent en effet un écart de maturité significatif : 61 % des experts-comptables estiment disposer d’un niveau de maturité digitale avancé, contre seulement 38 % des entreprises. Cette asymétrie renforce leur rôle d’accompagnement, soulignant également l’ampleur du travail encore restant pour faire évoluer les pratiques. Si la nécessité d’évoluer est de plus en plus reconnue, de nombreuses entreprises manquent encore de visibilité, d’expertise ou de confiance pour repenser leur stratégie de paiement. Il en résulte une forme d’inertie, même lorsque les bénéfices de la modernisation sont clairement identifiés.
Les experts-comptables en première ligne
Les experts-comptables occupent une place centrale dans l’organisation des flux financiers des entreprises. Traditionnellement centrées sur les outils bancaires, leurs recommandations s’inscrivent aujourd’hui dans un périmètre plus large. Dans un environnement marqué par l’essor de l’intelligence
artificielle et de l’automatisation qui bousculent certains modèles établis et comme le soulignent de nombreux articles consacrés aux nouvelles missions de leur profession (4), les experts-comptables sont de plus en plus attendus sur des enjeux de conseil, de pilotage stratégique et d’accompagnement à la transformation. Cette tendance est confirmée par les travaux de l’Observatoire des technologies de la profession comptable, qui montrent que le métier se réinvente sous l’effet de la digitalisation (5). Dans ce contexte d’accélération des transformations des fonctions financières, cette dynamique pourrait, à terme, favoriser l’adoption de pratiques plus diversifiées en matière de paiements.
À mesure que leurs missions évoluent vers davantage de conseil, les experts-comptables deviennent des acteurs clés pour accompagner la transformation des pratiques financières des entreprises, y compris en matière de paiements. Leur capacité à guider les organisations dans un environnement complexe, à évaluer les différentes solutions possibles et à dégager des gains opérationnels, sera déterminante pour transformer les intentions en actions.
(1)Etude GoCardless / OpinionWay sur la complexité bancaire, décembre 2025
(2)Une approche best-of-breed consiste à choisir les solutions spécialisées les mieux adaptées à ses besoins, plutôt que d’adopter une suite logicielle tout-intégrée issue d’un seul partenaire.
(3)6ème Baromètre de la facturation électronique, Sondage OpinionWay pour le CNOEC et ECM
Association, juillet 2025 (4)Revue Française de Comptabilité et Les experts-comptables secoués face à la vague IA in Les Echos du 2/2/2026
(5)Observatoire des technologies de la profession comptable, septembre 2025
À propos de GoCardless
GoCardless est une société mondiale de paiement bancaire. Près de 100 000 entreprises, des start-ups aux grands comptes, utilisent GoCardless pour collecter et envoyer des paiements par le biais du prélèvement automatique, des paiements en temps réel et de l’open banking. GoCardless traite plus de 130 milliards de dollars de paiements par an dans plus de 30 pays. Son siège social se trouve au Royaume-Uni, avec des bureaux en Australie, en France, en Irlande, en Lettonie et aux États-Unis.
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