Opinion | Julien Meyfret, Outpost Synergy Partners « Le change n’est plus une variable d’ajustement, il est l’arme stratégique des entreprises européennes »

Dans un monde où les fondamentaux économiques vacillent et où la géopolitique secoue les marchés, le marché des devises (Foreign Exchange ou FX) n’est plus un simple instrument de couverture marginal : il devient une pierre angulaire de la stratégie d’entreprise. Pour les directions financières, les trésoreries et les comités stratégiques, ne pas en tenir compte, c’est courir le risque d’être dépassé.

 

Julien Meyfret, Fondateur d’Outpost Synergy Partners

 

1. Un nouvel ordre monétaire ?

Le cadre a changé. Le couple euro/dollar, longtemps perçu comme une ligne stable, oscille désormais dans une zone de forte incertitude. Le dossier de la zone euro, en quête d’un rôle international plus affirmé, en témoigne : selon la Banque centrale européenne, « nous ne pouvons plus rester de simples spectateurs des décisions prises à Washington et des flux de portefeuilles mondiaux », et cela “risque de nous coûter en compétitivité face à l’appréciation de l’euro”.

En parallèle, les indicateurs d’incertitude économique se sont envolés : l’EB 2025 montre que l’indice d’incertitude de la politique économique (EPU) en zone euro a atteint des niveaux « historiques ».

Autrement dit : le FX ne réagit plus seulement aux taux d’intérêt et à l’inflation. Il réagit aux transformations politiques, aux arbitrages géostratégiques, à la quête de souveraineté monétaire. Et les entreprises qui l’ignorent s’exposent à des vents contraires inattendus.

 

2. Pourquoi les entreprises européennes ?

Les groupes basés en Europe sont face à un double défi : un contexte externe qui se complexifie (américains, asiatiques, émergents) et un cadre interne où le change n’a pas toujours été traité comme un enjeu stratégique. Résultat : une exposition latente significative.

Par exemple : une appréciation trop rapide de l’euro grève les marges à l’export, rend les achats hors-zone plus onéreux, dilue les effets de la standardisation des approvisionnements. Le rapport de la BCE rappelle que « les taux d’intérêt, la hausse des coûts de l’énergie et la perte de compétitivité pèsent sur l’essor industriel européen ».

Dans ce contexte, le FX doit cesser d’être relégué au rang des « réductions de coûts internes ». Il devient un levier de performance, de résilience, de localisation des risques.

 

3. L’actualité nous oblige : des signaux clairs

  • Les marchés FX européens affichent une certaine immunité face à certains chocs géopolitiques, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont à l’abri : « European FX remains immune to geopolitical noise » titrait récemment une analyse de marché.
  • Pourtant, la volatilité ordinaire reste contenue, mais l’incertitude de la politique économique monte, et c’est elle qui génère des risques invisibles.
  • Enfin, les entreprises doivent intégrer que même des variables longtemps jugées secondaires, comme les arbitrages monétaires entre grandes monnaies ou les mouvements de capitaux, peuvent aujourd’hui devenir des catalyseurs majeurs de changement de paradigme.

En clair : le moment est venu pour une prise de conscience stratégique.

 

4. Trois axes pour une gestion FX repensée

Voici comment j’invite les directions financières et les trésoriers à réagir :

a) Mettre le FX au cœur de la stratégie :

L’Achat, la Supply-Chain, la Stratégie commerciale doivent interagir avec la fonction trésorerie pour anticiper les effets de change et ne plus les subir. Le FX ne doit plus être un filtre après-coups, mais un fil rouge du business.

b) Décoder les signaux macro + géo + marché :

Il ne suffit plus d’appliquer des règles de couverture figées. Il faut :

  • Surveiller les trajectoires des grandes monnaies (USD, EUR, JPY…), leurs relations avec les taux, le crédit et la confiance internationale.
  • Évaluer les entrées de capitaux, la « safe-haven » currency demand, les réallocations liées aux nouvelles géographies.
  • Modéliser les scénarios extrêmes (appréciation brutale, chute ciblée) car les réactions ne sont plus classiques. Argentex

c) Activation & agilité :

La couverture “one-size fits all” cède la place à une boîte à outils évolutive : forwards, options, natural hedging, localisation des ressources, choix géographiques d’achat/production. Il faut pouvoir faire bouger le curseur quand les conditions changent.

 

5. Pourquoi faut-il faire la différence

Il est important d’accompagner les entreprises qui comprennent que le FX ne relève pas uniquement de la trésorerie mais de la stratégie globale. Ainsi, il faut combiner :

  • Une expertise marché de devises et capitaux,
  • Une approche transversale (finance, achats, commercial),
  • Des scénarios opérationnels activables.

Le résultat ? Non seulement des protections, mais aussi des opportunités saisies (localisation avantageuse, arbitrage de devises, réflexion sur « quelle monnaie » pour quel business).

6. En conclusion

Alors que beaucoup d’entreprises européennes considèrent encore le FX comme un risque technique, je lance un appel : passez à la vision stratégique. Le monde des devises ne dort jamais, les directions financières doivent l’intégrer.

Le FX n’est plus un simple coût à optimiser. C’est un levier de souveraineté, de compétitivité et de création de valeur. Et dans un environnement instable, être capable de l’anticiper et de l’activer fait aujourd’hui la différence entre subir et dominer.

 

À propos de Julien Meyfret :

Fondateur d’Outpost Synergy Partners, Julien Meyfret met à profit plus de 20 ans d’expérience à Londres et Paris dans les marchés financiers, notamment sur les activités de change institutionnelles. Ancien Global Head of FX Prime Client Solutions chez HSBC puis Head of Coverage France chez State Street, il accompagne aujourd’hui les asset managers français dans la structuration et l’optimisation de leurs dispositifs FX, dans un contexte de marché en évolution, dont le passage à T+1 est une composante clé. Plus d’infos : https://www.outpostsynergypartners.fr

 


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