Opinion | Joseph Choueifaty, Goodvest « Épargner à l’ère des chocs : pourquoi l’investissement responsable devient une stratégie de résilience »
13/01/2026
Jamais l’environnement économique n’a été aussi incertain pour les épargnants. Coupes annoncées dans les dépenses publiques, instabilité géopolitique prolongée depuis la réélection de Donald Trump, tensions autour de Taïwan, fragilité des économies européennes… Tout concourt à une forme de paralysie économique, qui rejaillit sur les décisions financières des Français.
L’épargne atteint des sommets : les Français épargnent 19 % de leurs revenus, un niveau quasi historique. Mais ce réflexe de précaution s’accompagne d’une perte de confiance. On n’épargne plus pour s’enrichir, mais pour se protéger. Et face à des produits financiers souvent opaques ou mal compris, le doute s’installe. C’est dans ce contexte incertain que Joseph Choueifaty, cofondateur de Goodvest, propose son analyse.

Joseph Choueifaty, cofondateur de Goodvest
Un basculement provoqué par les chocs
En début d’année, l’élection de Donald Trump a créé des remous dans le monde ESG. Son Liberation Day et sa volonté de détricoter les obligations vertes aux États-Unis (comme en Europe) ont créé un vent de panique chez les acteurs financiers. Un effet renforcé par une défiance accrue du grand public envers l’investissement responsable. Soupçons de greenwashing, manque de clarté sur les labels, volatilité des performances ESG : l’écart entre les discours financiers et les attentes concrètes s’est creusé. Cette méfiance ne traduit pourtant pas un désengagement, mais une exigence renforcée de transparence et d’impact réel.
Une fois la réaction logique des marchés passée, cette même année a vu un retour progressif des capitaux vers les fonds durables. Selon Morningstar, les sorties massives du premier trimestre ont été suivies d’un rebond dès le second, avec 4,9 milliards de dollars d’entrées nettes, principalement en Europe. Cette reprise s’inscrit dans un contexte d’alertes de plus en plus concrètes : 2025 a été une année record en catastrophes naturelles, pour un coût estimé à plus de 400 milliards de dollars.
Face à la fréquence et à l’intensité croissantes des chocs climatiques, géopolitiques ou économiques, l’épargne change de fonction. Elle n’est plus simplement un matelas de sécurité, mais devient un levier d’anticipation.
L’impact n’est plus une option, c’est un levier de résilience
Ce basculement dans les usages de l’épargne oblige à repenser l’investissement non plus comme une allocation neutre, mais comme un positionnement face aux grands risques systémiques. En 2026, la transition écologique n’est plus un “thème de portefeuille” : c’est un filtre stratégique. Les investisseurs les plus lucides, notamment institutionnels, ont renforcé leurs engagements, non par idéologie, mais par rationalité économique.
Green bonds, stratégies de décarbonation, solutions climat & biodiversité : ces segments gagnent du terrain car ils adressent les risques systémiques de demain. Un portefeuille trop exposé aux secteurs carbonés n’est plus neutre : il est vulnérable. À l’inverse, des actifs sobres et alignés peuvent générer une valeur durable, financière comme environnementale.
Restaurer la confiance par la transparence et la clarté
Mais pour que cet investissement de long terme trouve sa place dans les pratiques des épargnants, il faut d’abord restaurer un lien de confiance abîmé. La transition vers une finance plus responsable ne pourra pas s’opérer sans transparence, pédagogie et rigueur. Seuls 7 % des Français disent avoir investi dans des produits responsables pour leur impact, et 71 % expliquent leur abstention par un manque d’information. Le déficit de clarté est immense. La défiance est structurelle.
De plus en 2025, plusieurs régulations européennes ont été fragilisées : la directive CSRD a été allégée via l’Omnibus Directive, la SFDR est en révision, le CSDDD encore en débat. Ce mouvement, présenté comme une réponse à une prétendue « fatigue réglementaire », marque surtout un recul inquiétant. À force de chercher à simplifier, on risque de vider les textes de leur substance. Moins d’exigences, moins de lisibilité, moins de crédibilité. Et c’est justement cette confiance qu’il faut aujourd’hui reconstruire. Dans ce contexte, la transparence n’est plus un bonus. C’est un prérequis. Elle conditionne l’adhésion, la mobilisation… et in fine, l’impact réel de l’investissement.
Des opportunités sous tension
Pourtant, au-delà de cette nécessaire reconstruction de la confiance, le marché n’est pas figé. Il évolue et avec lui, émergent des opportunités, sous conditions :
- Les énergies renouvelables apparaissent comme un secteur stratégique, notamment face à la demande exponentielle d’énergie générée par l’IA.
- Les actifs réels, comme l’immobilier durable ou le non-coté, retrouvent un attrait progressif avec le retour de taux plus bas.
- Les obligations vertes s’ancrent comme un pilier stable, avec un marché mature estimé à 1 900 milliards d’euros.
- La biodiversité et l’eau deviennent de nouveaux axes d’investissement, alignés avec les priorités ESG émergentes.
Mais la sélection rigoureuse est plus cruciale que jamais. L’investissement responsable ne peut pas être un effet de mode : c’est un changement de grille de lecture. Environnement, gouvernance, régulation, tech : tout est lié. À l’heure des coupes budgétaires, de la volatilité et des limites planétaires atteintes, chaque euro épargné a un poids. Il peut accélérer une transition, renforcer une filière, ou entretenir un modèle dépassé.
En 2026, épargner sans se poser de questions n’est plus neutre : c’est un risque. Investir avec discernement n’est plus un acte engagé, mais une stratégie rationnelle et durable, dans tous les sens du mot.
Joseph Choueifaty
Joseph Choueifaty est le cofondateur et CEO de Goodvest, la première solution d’épargne alignée avec l’Accord de Paris. Diplômé de l’EHL et du Master X-HEC Entrepreneurs, il fonde Goodvest à 23 ans avec l’ambition de transformer l’épargne en un levier de transition écologique. Lauréat du classement Forbes 30 Under 30 en 2022, il pilote aujourd’hui une fintech en forte croissance, avec plus de 250 millions d’euros sous gestion. Son objectif : atteindre le milliard d’ici ses 30 ans, tout en imposant un nouveau standard de transparence et d’impact dans la finance.
À propos de Goodvest
Goodvest propose aux particuliers des solutions d’investissement pour faire fructifier leur épargne (Assurance vie, Plan d’épargne retraite) tout en finançant des entreprises engagées pour le climat : énergie et transports bas carbone, régénération des forêts, accès à l’eau…
7 thèmes d’investissement responsable sont aujourd’hui disponibles. Les secteurs les plus néfastes, tels que les énergies fossiles, l’armement ou le tabac, sont exclus de la sélection Goodvest. La fintech propose uniquement des portefeuilles d’investissement dont la trajectoire de réchauffement climatique est plafonnée à 2°C, conformément à l’Accord de Paris, une première en Europe.
Avec sa méthodologie scientifique, qui figure parmi les plus exigeantes du marché, Goodvest a permis d’économiser plus de 25 000 tonnes de CO2e depuis sa création.
La société compte aujourd’hui une équipe d’une trentaine de personnes, et plus de 10 000 clients.
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