Opinion | Jamil Jiva, Linedata « AI Act : les institutions financières européennes passent à la vitesse supérieure »

Le 1er août 2025 marque un tournant majeur pour la régulation de l’intelligence artificielle en Europe, avec le premier anniversaire de l’AI Act et l’entrée en vigueur de nouvelles mesures dès le 2 août. Alors que certaines dispositions s’appliquaient déjà depuis un an, deux nouveautés majeures viennent renforcer le cadre : l’instauration de règles spécifiques pour les modèles d’IA à usage général, et la désignation des autorités compétentes dans chaque État membre. Ce double jalon consacre l’engagement européen à encadrer l’innovation en matière d’IA, tout en préservant confiance, sécurité et compétitivité au sein du secteur financier.

 

Jamil Jiva, Global Head of Asset Management chez Linedata

 

Un an après le lancement de l’AI Act et malgré une adoption croissante, la prudence reste de mise. Le secteur financier fait preuve d’un attentisme empreint de scepticisme, typique des grandes transitions technologiques. L’intégration de l’IA génère une peur persistante des hallucinations ou des réponses erronées, un écueil lié en réalité à la façon d’utiliser l’IA, mais pas à la technologie elle-même. Le niveau de maturité du secteur doit donc s’accompagner d’une éducation à l’usage, d’une nouvelle manière de dialoguer avec ces modèles, et des investissements nécessaires pour sécuriser la donnée, assurer la traçabilité ainsi que la qualité des réponses.

Les règles qui entrent en vigueur ce 2 août pour les modèles d’IA à usage général lèvent toute ambiguïté sur les attentes en matière de robustesse, de transparence et de gestion du risque. Les douze prochains mois seront déterminants : la confiance dans l’IA devra se traduire par de véritables investissements structurants, avec des partenaires capables d’accompagner la montée en compétence du secteur. L’année qui s’ouvre verra s’intensifier l’enjeu d’une gouvernance intelligente de l’IA, apte à concilier innovation et responsabilité, reposant sur une double exigence d’agilité et d’anticipation. Cela implique d’affronter des paradoxes fondamentaux : concilier rapidité d’adoption et prudence opérationnelle ; booster la création de valeur sans compromettre la confiance des marchés et des usagers.

La désignation des autorités compétentes dans chaque État membre va également permettre une harmonisation qui facilitera l’échange de bonnes pratiques et la montée en maturité du secteur : une opportunité de renforcer la résilience et la compétitivité des institutions financières. L’enjeu de ce deuxième temps réglementaire, n’est plus seulement celui de la conformité, mais plutôt celui de la maîtrise fine et responsable de la technologie. Il s’agit d’investir dès aujourd’hui dans la robustesse et l’exemplarité opérationnelle des dispositifs. Ceux qui sauront articuler anticipation, agilité, vitesse d’intégration, formation aux meilleurs usages, transparence, documentation et sécurisation des trajectoires d’IA seront les mieux placés pour accompagner la transformation du marché et inspirer l’ensemble de l’écosystème. 

Face à la fragmentation des approches mondiales (vision réglementaire européenne, innovation rapide nord-américaine et pragmatisme opérationnel asiatique), l’AI Act positionne l’Europe comme chef de file d’une régulation exigeante et éthique de l’IA. Sur la scène internationale, ce cadre ambitieux pourrait servir de référence, à condition de rester ouvert à l’innovation distribuée, collaborative et de favoriser l’interopérabilité, transformant ainsi la contrainte réglementaire en un véritable atout géostratégique catalyseur de confiance globale.

En savoir plus sur Finyear

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture