Météo et performance financière : EDF montre la voie
17/03/2011

Il faut saluer le travail remarquable d’EDF, qui propose une présentation qui fait figure de « best practice » en la matière ! EDF a porté un soin tout particulier dans le niveau d’information fourni aux actionnaires dans les annexes et lors de la présentation des résultats du 15 février 2011. En plus des corrections climatiques en TWh, place à un langage financier clair et compréhensible de tous ! EDF précise ainsi que le CA France 2010 a augmenté de 2 092 millions d’euros d’une année à l’autre (+ 6.1%). Cette hausse de CA s’explique par une hausse des tarifs à hauteur de 1 013 millions d’euros et un impact positif de la météo de 337 millions d’euros. Qu’en est-il de l’EBITDA ? Il est en hausse de 721 millions d’euros (+ 7,7%), et la contribution de la météo à l’EBITDA est de 215 millions d’euros. D’une année à l’autre, EDF expose de façon limpide les postes qui ont contribué à l’évolution du CA et de l’EBITDA. La météo-sensibilité n’a jamais été exprimée aussi clairement que ce que vient de faire EDF ! (voir graphiques de l’évolution du CA et de l’EBITDA France)

VEOLIA est la troisième entreprise à présenter ses résultats le 4 mars 2011. Le rapport de gestion n’est pas encore disponible, mais le communiqué de presse nous apprend que la capacité d’autofinancement opérationnelle a bénéficié d’un effet climat très positif (+35 M€). Pour en savoir plus, il fallait là encore assister à la présentation. Ainsi, on apprend que la contribution de la météo au Chiffre d’Affaires a été de 160 M€ en 2010 dont 99M€ pour la France et 37M€ pour l’Europe Centrale.
Trois entreprises, trois méthodes de communication, mais un même constat : la météo a un impact significatif sur le CA ou sur l’EBITDA, un impact quantifiable, en euros, qu’on peut dès lors interpréter comme la contribution des variations de change ou celle du prix des matières premières (voir Tableau 1 : ce que la météo leur a rapporté en 2010).

La météo-sensibilité, telle qu’elle publiée aujourd’hui par EDF aurait permis au fil des ans d’apprécier encore davantage l’importance des risques météo et de s’interroger sur la nécessité de couvrir une partie de la volatilité de l’EBITDA liée à la météo. Elle aurait également mis en valeur la capacité de l’entreprise à maîtriser sa rentabilité dans un environnement défavorable. C’est désormais possible. On connaissait les résultats à taux de change ou à périmètre constant. Pour les entreprises dont l’impact météo est élevé et nécessite d’être géré, la performance financière peut être exprimée à climat constant. Connaître la contribution de la météo à la performance opérationnelle et financière de l’entreprise est certes utile aux actionnaires et aux analystes, mais c’est encore plus indispensable aux dirigeants de l’entreprise concernée qui bénéficient dès lors d’une meilleure compréhension des résultats et peuvent avant les autres mettre en place les stratégies qui s’imposent.
Le secteur de l’énergie est loin d’être le seul concerné par l’impact météo, et l’année 2010 est suffisamment atypique pour que l’impact météo sur la performance de nombreuses entreprises soit significatif. EDF a montré le chemin lors de la présentation de ses résultats. D’autres dirigeants ont tout à gagner à isoler la contribution de la météo à la performance de l’entreprise. Leurs actionnaires aussi !
Jean-Louis Bertrand
Enseignant-chercheur à l’ESSCA Ecole de Management
Directeur de la Chaire Banque et Gestion des Risques
Consultant en gestion des risques météorologiques pour METNEXT
