L’Europe veut posséder l’IA : Mistral à 21 Md€, Schneider acquiert PTC pour 23,7 Md$

Mistral AI dévoile un modèle frontier à 1 000 milliards de paramètres entraîné sur ses propres data centers européens. Schneider Electric acquiert PTC pour 23,7 milliards de dollars. Legrand mise sur les data centers physiques. Trois signaux forts cette semaine dans la tech française, à l’heure où la course à l’IA se joue simultanément sur la couche modèle, la couche logicielle et la couche infrastructure.


Mistral Large 4 : la souveraineté par la performance, pas par le passeport

Le 6 octobre, Mistral AI a présenté Mistral Large 4, un modèle d’environ 1 000 milliards de paramètres entraîné sur 3 800 GPU Nvidia dans ses propres data centers européens. Les poids seront mis à disposition d’ici fin octobre. Un mois après une levée de fonds de 3 milliards d’euros valorisant la société à 21 milliards, le message est clair : l’Europe peut entraîner un modèle frontier sur sa propre infrastructure et proposer une alternative souveraine aux acteurs américains et chinois.

La contrainte d’échelle demeure toutefois réelle. Les performances annoncées n’ont pas encore été vérifiées de façon indépendante, et quelques milliers de GPU pèsent peu face aux contrats multi-gigawatts signés par Anthropic ou OpenAI. En contrepartie, le tarif est offensif : à 1,36 dollar par million de tokens en entrée et 4,18 dollars en sortie, Mistral Large 4 est 3 à 5 fois moins cher que Claude Opus 5.5 d’Anthropic (4 et 20 dollars) et 7 à 12 fois moins cher que GPT-6 Astra d’OpenAI (10 et 50 dollars) — l’écart se réduit toutefois face à leurs modèles intermédiaires.

OpenAI pousse l’IA vers la recherche fondamentale

Le même jour, OpenAI publiait 722 articles mathématiques produits par un modèle interne, issus d’environ 4 000 problèmes, en partie formellement vérifiés. Sur les réseaux sociaux, un chiffre circule : ces résultats représenteraient 81 % des grandes découvertes mathématiques des trois dernières années. Ce chiffre émane toutefois d’un classement produit par des modèles d’IA, et non par OpenAI ni par des mathématiciens qui n’ont pas encore évalué les travaux. Le signal de fond reste fort : l’IA se déplace de l’automatisation des tâches vers la recherche et l’ingénierie.

Schneider Electric vs Legrand : deux paris français sur l’IA

La course se joue donc sur deux fronts : construire les modèles, et posséder le logiciel par lequel ils atteignent l’industrie. Schneider Electric parie massivement sur ce second front. Le 5 octobre, il a annoncé l’acquisition de l’éditeur américain de logiciels industriels PTC pour une valeur d’entreprise de 23,7 milliards de dollars — une nouvelle étape pour un groupe longtemps identifié comme fabricant de matériel électrique. Après AVEVA en 2018 et le rachat de Cognite pour 3,1 milliards de dollars annoncé en juin, les logiciels et services représenteront désormais 24 % de son chiffre d’affaires. Le prix est élevé : une prime de 42,3 % et environ 21 fois le résultat opérationnel attendu de PTC en 2027. Les investisseurs n’ont pas été convaincus, faisant chuter le titre de plus de 9 % en séance.

À l’inverse, Legrand — resté centré sur le matériel électrique — a été récompensé fin septembre après avoir relevé son objectif 2030 à 16-18 milliards d’euros de chiffre d’affaires, porté par les data centers qui représentent déjà 32 % de ses ventes.

Deux champions français, deux paris sur l’IA : alimenter son infrastructure physique, ou contrôler sa couche logicielle. La question est désormais de savoir si l’Europe, avec Mistral d’un côté et Schneider de l’autre, peut non seulement rester dans la course, mais aussi contribuer à en fixer le rythme.