Les marchés ont plus peur de Yellen que de Poutine.
25/03/2014
Face à ce décalage troublant entre la guerre et les performances boursières, certains ne manqueront évidemment pas de souligner la cupidité et le manque de morale des marchés et des investisseurs. S’ils n’ont pas complétement tort, il faut en fait rappeler que ce qu’abhorrent avant tout ces derniers, ce n’est pas la guerre, mais l’incertitude. A la rigueur, une fois que la guerre est déclenchée et que son issue apparaît relativement claire, les marchés se tournent déjà vers d’autres préoccupations. D’où le diction cité plus haut : acheter lorsque la guerre commence, car les cours des actions baissent et vendre une fois que celle-ci se termine car, entre-temps, les cours boursiers ont eu le temps de remonter. Si l’on peut voir dans ce comportement une avidité sans limite, voire abjecte, il ne s’agit en fait que de pure logique. C’est en cela que, bien plus que les guerres en Afghanistan, en Irak ou le rattachement de la Crimée à la Russie, les marchés vont surtout avoir peur des chocs décisifs, qui vont engendrer une incertitude et une instabilité incontrôlables.
Depuis 2000, on peut en distinguer six. 1. Le krach Internet de septembre 2000, conséquence logique de la bulle des NTIC, celle-ci étant d’ailleurs inévitable lors d’une révolution technologique. 2. Les attentats du 11 septembre 2001, qui ont précipité le monde dans le plus grand précipice qu’il ait connu depuis la seconde guerre mondiale. En quelques heures, tous les repères de la sphère économico-financière internationale avaient disparu. 3. Les affaires Enron et WorldCom en 2002, qui ont définitivement jeté le doute sur la valorisation des entreprises occidentales. 4. L’éclatement de la crise des subprimes à partir de septembre 2007. 5. La faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, qui, du point de vue des marchés, a été tout aussi déstabilisatrice que les attentats du 11 septembre, dans la mesure où elle replongeait la planète dans l’inconnu. 6. La crise grecque et plus globalement de la dette publique européenne qui a connu son paroxysme en 2011, mais qui n’est toujours pas terminée. Et si le monde et les marchés ont pu rebondir malgré cette crise historique, c’est principalement parce que les banques centrales, notamment américaines et européennes, ont inondé la planète de liquidités, permettant d’éviter la « debt deflation » des années 1930.
C’est en cela que bien plus que Poutine, les marchés craignent aujourd’hui le comportement de Janet Yellen, la nouvelle Présidente de la Fed. Or, si cette dernière est perçue comme une « colombe » qui fera toujours passer la croissance et l’emploi avant les risques inflationnistes, elle a tenu mercredi dernier un discours pour le moins inquiétant. En effet, pour son premier FOMC en tant que Présidente, « Mamie Yellen » a non seulement réduit de 10 milliards de dollars ses injections mensuelles de liquidités pour les porter à 55 milliards (ce qui n’était certes pas une surprise), mais a surtout annoncé que ce stimulus exceptionnel cesserait à l’automne et qu’en plus, la Fed pourrait augmenter son taux objectif des federal funds vers la mi-2015. Si les marchés observaient les atermoiements de Poutine et Obama avec sérénité, voire amusement, ils n’ont absolument pas apprécié le discours de Madame Yellen. Ne l’oublions jamais, les marchés sont comme des enfants : ils n’ont que faire des querelles entre les nourrices de la crèche, par contre, si on leur enlève leurs bonbons, ils se mettent à pleurer… Pourtant, ils sauront plus tard que réduire leur consommation de sucreries était plutôt bon pour leur santé.
De même, si le changement de ton de la Fed peut déplaire, voire inquiéter, il est avant tout logique, voire indispensable. En effet, s’il était normal d’actionner la planche à billets et de maintenir les taux de la Fed à zéro lorsque la croissance était absente, à présent que cette dernière est revenue durablement et que le chômage américain baisse significativement, cette politique ultra-accommodante n’est plus nécessaire. Mieux, il est urgent de permettre à la Fed de se reconstituer une marge de manœuvre pour pouvoir mieux réagir lors de la prochaine crise. Autrement dit, même si les marchés s’en offusquent et continueront de sur-réagir, Madame Yellen prend un virage salutaire. Elle devra simplement veiller à ne pas aller trop vite, pour éviter que la baisse des marchés n’aille trop loin. Alors s’il vous plaît MM. Poutine et Obama, cessez de jouer à la guéguerre, car c’est « Mamie Yellen » qui mène la danse…
Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).
www.acdefi.com
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