L’épargne est en train de devenir le nouveau champ de bataille bancaire ?
04/02/2026
A l’instar du crédit immobilier qui reste sous pression, l’épargne tire son épingle du jeu et devient un axe central de la stratégie des banques de détail. Portée par un taux d’épargne historiquement élevé et des marchés favorables, elle attire aussi bien les banques traditionnelles que les néobanques. Marc Campi, Associé chez Square Management nous apporte son éclairage.

Marc Campi, Associé chez Square Management
Un contexte macro favorable à l’épargne
Le contexte actuel nous montre qu’un changement structurel est en train de s’opérer au sein même des foyers : l’épargne financière des ménages français n’a jamais été aussi élevée.
« Le taux d’épargne des ménages atteint aujourd’hui environ 18 % du revenu brut disponible, contre une moyenne historique située entre 13 et 14 % », rappelle Marc Campi, associé chez Square Management.
Une tendance qui, selon lui, devrait perdurer dans le temps « les perspectives montrent que ce niveau élevé devrait se maintenir en 2026 ». À cela s’ajoute un environnement de marché jugé favorable, tant sur les taux qui redeviennent attractifs que sur les marchés actions, qui aident à la forte progression de l’épargne financière.
Le résultat est là : le stock d’épargne financière en France atteint désormais 6 500 milliards d’euros, contre environ 4 000 milliards quelques années auparavant.
Dans ce contexte, l’épargne apparaît comme un marché en croissance, aux perspectives favorables à court et moyen terme, et donc naturellement convoité par l’ensemble des acteurs financiers.
L’épargne : un produit historiquement fidélisant pour les banques
Contrairement à l’idée d’un changement structurel, Marc Campi nous rappelle : « L’épargne a toujours été un produit de fidélisation important dans la relation bancaire », rappelle-t-il.
Bien que le crédit immobilier soit historiquement le produit emblématique de la relation durable entre une banque et son client, certains produits d’épargne – comme l’assurance-vie, le PEA ou le compte-titres – à son rôle à jouer en matière de fidélisation.
La différence se fait plutôt avec le contexte actuel. Le crédit immobilier est une activité fluctuante et traditionnellement peu rentable en France, à raison de la forte concurrence entre les banques – qui se fait à travers les taux. À l’inverse, « les produits d’épargne génèrent des commissions, offrent des marges et consomment peu, voire pas, de fonds propres », explique Marc.
Un segment attractif pour l’ensemble des acteurs financiers
Ces caractéristiques expliquent l’intérêt croissant porté à l’épargne par l’ensemble des acteurs, qu’il s’agisse de banques traditionnelles ou de nouveaux entrants. « Ce sont aujourd’hui des produits plutôt rentables dans la panoplie des offres qu’un acteur financier peut proposer », souligne Marc Campi.
Mais ce n’est pas pour autant qu’ il parle d’un basculement total du modèle bancaire. « Je ne dirais pas que l’épargne devient le moteur de croissance des banques, mais il y a clairement une forte attention et une concurrence importante sur ce segment. »
Le crédit immobilier reste un produit central. « Toutes les banques, y compris les nouveaux acteurs comme Boursorama ou Revolut, cherchent à l’avoir dans leur portefeuille », observe-t-il.
Une différenciation qui se joue sur le conseil, sur l’humain
Face à une concurrence renforcée, la question de la différenciation est cruciale. Pour Marc Campi, le marché de l’épargne va se structurer autour de propositions de valeur distinctes.
D’un côté, des acteurs continueront à proposer du conseil humain, principalement les banques traditionnelles et les banques privées. De l’autre, certaines offres s’adresseront à des clients autonomes, capables d’investir seuls, ou reposeront sur des robo-advisors assurant une gestion déléguée des portefeuilles.
« Dans certains modèles, il n’y a plus de conseil humain. Soit le client délègue à un robot advisor, soit on s’adresse à des clients suffisamment autonomes pour gérer seuls », résume-t-il.
L’IA comme support, pas comme remplaçant
L’intelligence artificielle ne signe pas pour autant la disparition du conseiller que l’on connaît tous. « Même dans les banques où le conseil humain subsiste, l’IA est déjà utilisée en support », explique Marc Campi.
Selon lui, l’IA va se généraliser dans l’ensemble des modèles bancaires, qu’ils soient traditionnels ou digitaux, sans pour autant effacer totalement la dimension humaine.
À quoi ressemblera la banque de détail dans cinq ans ?
Pour Marc Campi, les banques traditionnelles continueront leur transformation. « La banque traditionnelle utilisera à terme toutes les technos des néobanques. »
Mais leur différenciation reposera encore sur deux piliers : la puissance de la marque, perçue comme rassurante, et le contact humain, même s’il sera plus ciblé. « Il y aura probablement moins d’agences, davantage de distanciel, mais on continuera à proposer de l’humain pour une partie de la clientèle, peut-être plus premium. »
Cette segmentation répond à une logique économique de cost to serve. « On ne peut pas mettre le même dispositif humain face à un client qui génère 500 euros de PNB par an qu’à un client qui en génère 1 500 », conclut-il.
Emma Dufétel
