L’EDHEC alerte sur les failles des méthodes de valorisation dans les actifs privés
09/07/2025
L’EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute (EIPA) publie les résultats de son enquête intitulée « Fair Value or Fair Guess? Inside the Engines of Infrastructure Valuation », menée auprès d’investisseurs institutionnels et de prestataires de services. Le rapport met en lumière des défauts structurels dans les pratiques de valorisation des actifs privés, notamment dans les infrastructures non cotées.

Des méthodologies hétérogènes qui nuisent à la comparabilité
L’enquête révèle une forte fragmentation des méthodes utilisées dans l’industrie, en particulier sur :
- les prévisions de flux de trésorerie
- l’évaluation de la valeur terminale
- la calibration des taux d’actualisation
Cette diversité méthodologique rend difficile toute comparaison entre véhicules d’investissement. Elle complique aussi l’évaluation de la valeur réelle des actifs et la performance des investissements, tant pour les investisseurs que les régulateurs et autres parties prenantes.
Des valorisations trop prudentes… et souvent inférieures aux prix de sortie
L’un des résultats les plus marquants de l’étude : la majorité des répondants indiquent vendre leurs actifs à des prix supérieurs à leurs valorisations internes, avec une prime de 6 % à 20 % constatée lors des cessions.
« Cela révèle un biais structurel potentiel dans les méthodologies de valorisation, remettant en question la précision et la fiabilité des valorisations intermédiaires et leur alignement avec la juste valeur. »
Une faible réactivité aux chocs de marché
L’étude indique également que seulement un tiers des investisseurs ajustent activement leurs valorisations en période de stress de marché. Cette inertie favorise une forme de lissage comptable, masquant la volatilité réelle des actifs et biaisant la mesure des performances ou l’appréciation du risque.
« Cette rigidité pourrait mener à une atténuation artificielle de la volatilité, créant des risques pour la mesure de la performance et la gestion des risques. »
Une absence de consensus sur les modèles financiers utilisés
Enfin, l’étude pointe une grande incertitude quant à l’application des modèles financiers, notamment le CAPM (Capital Asset Pricing Model), encore largement débattu dans le secteur des infrastructures privées.
« Le manque de consensus sur les techniques de valorisation adaptées souligne l’incertitude persistante dans l’industrie. »
Appel à des normes de valorisation renforcées
Face à ces constats, l’EDHEC préconise la mise en place urgente de cadres de gouvernance renforcés et de protocoles de valorisation standardisés pour améliorer la transparence et la confiance des investisseurs.
« Les régulateurs et les parties prenantes du secteur doivent activement développer et mettre en œuvre des lignes directrices plus claires en matière de valorisation, incluant une calibration explicite des taux d’actualisation, une validation rigoureuse des hypothèses de gestion, et une plus grande réactivité face à la dynamique des marchés. »
À propos de l’EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute (EDHEC Infra & Private Assets)
L’EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute est un centre de recherche de l’EDHEC Business School, fondé en 2016 pour développer des travaux innovants sur la valorisation des actifs et le risque de crédit liés aux investissements dans les infrastructures non cotées. Depuis, l’institut a élargi ses recherches pour analyser les risques et la performance financière des investissements en marchés privés – capital-investissement, dettes et actions d’infrastructures non cotées – ainsi que leurs impacts et risques climatiques.
À travers sa filiale Scientific Infra and Private Assets Ltd. (SIPA), l’institut a conçu les plateformes privateMetrics® et infraMetrics®, qui fournissent des indicateurs robustes et représentatifs au niveau des actifs, couvrant plusieurs centaines de marchés selon les classifications PECCS® et TICCS®. Les indices et benchmarks produits par SIPA sont reconnus par l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) et utilisés par des investisseurs représentant 500 milliards de dollars d’actifs en infrastructures sous gestion.
Les données produites par l’institut reposent sur la théorie financière moderne et les principes de comptabilité à la juste valeur, éléments clés d’une gestion rigoureuse des risques financiers. Elles sont également utilisées par les décideurs publics et les autorités prudentielles, notamment le G20, l’OCDE, l’IAIS et d’autres organismes internationaux.
EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute
