Le Figaro et Louis le Grand (con)
05/01/2010

Ce qu’exprime ce journaliste est très répandu : on se dit qu’un tel monarque, même absolu, devait forcément être bon pour permettre un tel développement des arts, sans imaginer un seul instant que ce développement aurait pu être plus important sans ce roi. Et puis cette adéquation absurde entre la politique et les arts, comme si l’une déterminait à elle seule l’existence des autres, est une insulte à Molière qui devient soudain la preuve du génie de celui qui fut suffisamment distrait pour ne pas l’exécuter. Ainsi juger un dirigeant à l’aune de son sens esthétique est, depuis Louis XIV, un travers spécifiquement français dont Mitterrand abusa avec bonheur. Ce défaut de jugement leur fait passer le règne pourtant essentiel de Napoléon III par pertes et profits, au titre que le malheureux aimait les fauteuils crapauds.
Mais ce lien entre politique et politique culturelle dissimule autre chose d’encore plus inavouable. Qu’il est difficile en effet, en démocratie, de distinguer ce qu’on doit aimer de ce qu’on doit condamner. Tout se vaut, on saute d’une mode à l’autre toutes les semaines et tous les petits monarques des rédactions vous donnent le tournis à crier tous ensemble des ordres contraires. Louis XIV, c’est le confort absolu, le goût sûr, centralisé et sans questions. Versailles est le parfait résumé de ce complexe. Aujourd’hui en effet, après avoir servi de conservatoire vivant des arts du royaume, cette forteresse de l’indifférence satisfaite, ce somptueux cache-misère morale, a été transformé en musée. Ainsi rien n’a vraiment changé : depuis trois cents ans c’est toujours suivez le guide.
David Laufer
Partenaire expert CFO-news
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