Le Cac 40 aime-t-il François Hollande ?
28/05/2013

Seulement voilà comme vient de le montrer la baisse de 2 % du Cac 40 du jeudi 23 mai, la réalité est trompeuse et les variations boursières françaises et a fortiori internationales sont très peu liées à l’évolution de l’économie hexagonale et encore moins aux discours de François Hollande.
Bien entendu, si un jour le Président français devait sombrer du côté extrême des forces de gauche et engager un clash avec l’Allemagne, donc avec la zone euro, la bourse de Paris en prendrait forcément ombrage. D’ores et déjà il faut d’ailleurs savoir qu’au contraire du Dow Jones ou du Dax qui ont dernièrement atteint de nouveaux sommets historiques, le Cac 40 est encore très loin de ses plus hauts de septembre 2000 (6 950 points) ou de ceux de 2007 (6 100) points. Autrement dit, compte tenu de la piètre crédibilité de la politique économique française, le Cac 40 reste le parent pauvre des grandes bourses internationales et demeure largement sous-pondéré dans les stratégies d’allocations d’actifs des grands investisseurs internationaux.
Néanmoins, tant que la France respecte ou plutôt fait semblant de respecter ses engagements budgétaires et ne se met pas au ban des Nations européennes, la bourse de Paris ne décroche pas complètement et suit bon an mal an les évolutions économiques et financières internationales.
Autrement dit, si le Cac 40 flambe ou plonge, ce n’est pas tant à grâce ou à cause de la stratégie du gouvernement français, mais surtout parce que la croissance mondiale reste forte ou fait preuve de faiblesse. Ainsi, même si elle a été un peu trop rapide, la remontée boursière des derniers mois s’explique principalement par le fait que la progression du PIB mondial se stabilise autour des 3,5 % depuis deux ans. Mieux, en dépit du ralentissement (voulu) de l’économie chinoise, la croissance planétaire pourrait avoisiner les 4,1 % en 2014. De quoi confirmer que le socle économique des évolutions boursières reste solide.
Parallèlement, le caractère excessivement accommodant des politiques monétaires aux Etats-Unis, au Japon et, dans une moindre mesure, en Europe permet d’inonder le monde de liquidités. Or, face à des taux d’intérêt extrêmement faibles tant sur le court que sur le long terme, les investisseurs sont incités à favoriser d’autres types de placements, et en particulier boursiers.
Seulement voilà, chat échaudé craint l’eau froide. Aussi, en dépit d’une croissance mondiale appréciable et d’une « sur-liquidité » internationale, les marchés demeurent très nerveux. Dès lors, à la moindre crainte macro-économique ou à la moindre déclaration maladroite des dirigeants monétaires, ces derniers paniquent et prennent immédiatement leurs bénéfices. D’où une très forte volatilité des cours boursiers, tant à la baisse qu’à la hausse. C’est exactement ce que nous venons de vivre : il a suffi d’un discours mi-figue mi-raisin du Président de la Fed et d’un mauvais indicateur de l’activité manufacturière en Chine pour que les boursiers brûlent ce qu’ils avaient adoré quelques heures plus tôt.
Dans la mesure où les incertitudes économiques, monétaires et aussi géopolitiques vont demeurer fortes dans les trimestres à venir, les mouvements de va-et-vient vont continuer, voire s’intensifier. En d’autres termes, les bourses internationales vont rester abonnées aux montagnes russes au moins jusqu’au début 2014.
Pour la suite, si l’euro baisse, si le couple franco-allemand se ressoude et si la croissance revient dans la zone euro, alors les marchés boursiers pourront s’installer durablement sur de nouveaux sommets historiques. A l’inverse, si la crise de la zone euro perdure, si les taux d’intérêt des obligations d’Etat se tendent et si, par conséquent, la crise de la dette eurolandaise s’aggrave encore, les marchés boursiers retrouveront le chemin de la baisse.
Plus que jamais, il faut donc rester prudent sur ses investissements boursiers. L’histoire ne se répète pas toujours. Et si les années Mitterrand ont été favorables à la bourse de Paris, il n’en sera pas forcément de même avec les années Hollande. En effet, au début des années 1980, la dette publique française ne représentait que 20 % du PIB hexagonal. Dans un an, elle atteindra aisément les 100 %. Dans ce cadre, à la moindre erreur politique, le Cac 40 flanchera et, cette fois-ci, pourra entraîner ses homologues internationaux dans le marasme boursier. De quoi rassurer le « camarade » Mélenchon…
Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).
www.acdefi.com

