Le Bitcoin, futur pilier des bilans d’entreprise ?
06/10/2025
Fondateur de Melanion Capital et cofondateur de Melanion Digital, Jad Comair fait partie des pionniers de l’investissement crypto en Europe. Avant-gardiste, il lance en 2021 le premier ETF thématique Bictoin et défend une conviction forte : le Bitcoin est la seule véritable réserve de valeur numérique, là où les autres cryptos restent, selon lui, de la spéculation technologique.

Jad Comaire, Fondateur de Melanion Capital
De la Société Générale à Melanion Capital
Né au Liban et arrivé en France pour ses études, Jad Comair démarre sa carrière à la Société Générale dans le département des produits dérivés. En 2012, il fonde Melanion Capital, société de gestion spécialisée sur ce segment, avant de lancer en 2021 le premier ETF thématique Bitcoin en Europe.
Contrairement aux États-Unis, la réglementation européenne interdit encore les ETF investissant directement dans le Bitcoin. C’est là que Melanion entre en jeu et trouve un subterfuge: investir dans les actions de sociétés cotées exposées à l’actif numérique (mineurs, MicroStrategy, Coinbase, etc.). Une manière de rendre l’investissement Bitcoin accessible via des enveloppes classiques : assurance-vie, compte-titres ou PEA.
« Notre ETF s’achète comme n’importe quel autre fonds coté. L’investisseur n’a pas à ouvrir un compte sur une plateforme crypto ; il peut passer par sa banque ou son courtier habituel », souligne Comair.
Melanion Digital : une activité complémentaire
En 2022, Melanion Digital voit le jour, entité sœur dédiée au trading pour compte propre sur les cryptomonnaies et produits dérivés. Là encore, l’approche est institutionnelle : « Nous ne sommes pas une plateforme d’achat de Bitcoin. Melanion Digital est une société de trading, opérant uniquement pour le compte de ses actionnaires. »
Bitcoin, une singularité face aux altcoins
Pour Jad Comair, il ne fait aucun doute : le Bitcoin se distingue radicalement des autres cryptomonnaies.
« Depuis 2013, j’ai vu défiler des dizaines de milliers de projets, des forks comme Bitcoin Cash ou BSV, des ICO, des “use cases” plus ou moins théoriques. Mais aucun n’a réussi à détrôner Bitcoin comme réserve de valeur. »
Selon l’entrepreneur, Ethereum et les altcoins relèvent davantage de la spéculation technologique : rapidité, smart contracts, finance décentralisée. « Mais en pratique, ces usages restent marginaux. Les entreprises qui mettent leur trésorerie en crypto choisissent presque exclusivement le Bitcoin. Miser sur Ethereum ou Solana, c’est spéculer sur une technologie, pas protéger sa valeur. »
L’essor des « Bitcoin Treasury Companies »
Comair insiste sur un autre phénomène clé : l’émergence des sociétés cotées qui adoptent le Bitcoin comme actif de réserve. L’exemple le plus emblématique reste MicroStrategy, qui a massivement levé des capitaux – via obligations convertibles ou émissions d’actions – pour renforcer ses achats.
« C’est une stratégie inédite : ces entreprises génèrent ce que l’on appelle un Bitcoin Yield, en émettant des actions à un multiple de leur valeur comptable pour racheter du Bitcoin. Cela leur permet de surperformer l’actif sous-jacent, avec un effet de levier impossible à obtenir pour un particulier. »
Melanion anticipe que cette dynamique va s’accélérer : « À terme, une majorité de sociétés cotées détiendront du Bitcoin en trésorerie et seront éligibles à notre ETF. »
Bitcoin, future réserve stratégique des États
L’autre conviction forte de Comair est géopolitique : « Ce n’est même plus une hypothèse : les États vont constituer des réserves stratégiques en Bitcoin, comme ils le faisaient avec l’or. Les États-Unis l’ont déjà annoncé, après le Salvador. C’est une bascule historique. »
La blockchain ? « Un mot marketing pour rattraper Bitcoin »
L’entrepreneur ne cache pas sa réticence face à la mode « blockchain ». « Dans la majorité des cas, la blockchain est utilisée pour résoudre des problèmes qui n’existent pas, avec des solutions plus complexes et plus lentes qu’une simple base de données. Quand une entité centrale – banque ou banque centrale – pilote le projet, cela contredit même l’essence de la blockchain. »
L’exemple de l’euro digital illustre cette critique : « On parle de blockchain et de wallets, alors qu’une simple application connectée au système SEPA suffirait. Tout cela n’est qu’une réaction défensive face à la menace Bitcoin. »
Une adoption comparable à Internet
Pour Comair, l’adoption du Bitcoin n’est qu’une question de temps. « On est au stade de l’e-mail dans les années 90 : la technologie est meilleure, mais la majorité n’a pas encore basculé. D’ici dix ou quinze ans, le Bitcoin fera partie du quotidien financier, comme Internet aujourd’hui. »
Emma Dufétel
