La France en grève vue par un Suisse
09/02/2009

Pourtant, nous ne sommes pas ignorants des luttes très vives que le prolétariat suisse a menées pour de meilleures conditions de travail. Il suffit de lire Nicolas Meienberg et ses descriptions des grèves dans les filatures de Suisse allemande dans les années 30 pour y découvrir un décor à la Dickens. Il faut aussi souligner que l’exemple des mouvements révolutionnaires français successifs ont inspiré les ouvriers suisses à s’émanciper.
Pourtant, l’exemple s’arrête là. Ce qui choque les Suisses dans les mouvements de grève français, ce sont principalement deux aspects: leur régularité, et leur apparente banalité. On a l’impression que les Français font grève comme on fait le café, par goût, par habitude, par automatisme presque. Tous les gouvernements élus depuis des décennies n’auront rien changé à cela. Le même schéma semble se répéter comme si un mauvais sort s’était emparé du pays tout entier: on élit un nouvel exécutif dans la liesse, et puis on s’en lasse, alors on baisse les bras, on enchaîne les grèves, et puis on finit par renvoyer ce même exécutif dans la honte.

Comme les galets d’une rivière, les Français se sont fait polir par des centaines d’années d’une monarchie dirigiste, centralisée, divine et tapageuse. Depuis deux cents ans et malgré deux révolutions, une monarchie constitutionnelle, deux empires et cinq républiques, les Français de 2009 continuent de donner aux Suisses l’impression qu’ils ne se remettront jamais d’avoir renvoyé, puis raccourci leur roi. Que chaque grève, chaque protestation braillante, chaque poing levé et chaque caliquot n’est qu’une longue, inutile et tristement prévisible punition que les Français s’infligent à eux-mêmes. Et que cet état d’esprit les empêche d’être parfaitement démocratiques dans la mesure où ils demeurent incapables d’accepter et de soutenir les choix qu’ils ont fait eux-mêmes sur le système de la majorité.
Comme le disait avec raison Jean Cocteau, les Français sont des Italiens qui font la gueule.
Et aussi longtemps qu’ils ne seront pas en paix avec leur turbulent passé, il est à craindre qu’ils ne changeront pas de masque.
David Laufer
Partenaire expert CFO-news
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