Interview | Lucie-Éléonore Riveron, NFT Factory. « Avec la diffusion des NFT, nous allons passer d’un déterminisme lié à l’identité à une relation liée à nos actions : à nos possessions numériques »
24/02/2023
Anne-Laure ALLAIN
Depuis le 22 octobre 2022, vous pilotez le lieu emblématique parisien dédié aux NFT qui fait face au centre Georges Pompidou à Paris, pouvez-vous nous donner votre définition d’un NFT ?
Lorsque vous achetez un NFT, vous n’achetez pas nécessairement les droits patrimoniaux qui en découlent. Cela dépend de ce que souhaite faire le créateur du NFT. Si on fait la comparaison avec l’art, c’est exactement comme dans la vie réelle. Une personne qui achète une œuvre d’art ne détient pas nécessairement les droits pour décliner cette œuvre sur des tee-shirts ou des tasses à café. Si elle souhaite le faire, elle devra, dans la plupart des cas, rediscuter avec l’artiste ou la galerie d’art. Autre parallèle avec l’art : la visibilité. Lorsque vous achetez un NFT, le fichier continue à être visible. Lorsque vous achetez une œuvre d’art dans le monde physique, vous pouvez tout à fait choisir de l’exposer dans un musée. En matière de NFT comme d’œuvres d’art, la diffusion ne s’oppose pas à la propriété.
Selon vous, ce serait pour tous ces « parallèles » dans l’usage que, les NFT se sont en premier diffusés dans le monde de l’art, de la création ?
Une possibilité de liquidité qui se développe bien au-delà du monde de l’art ?
Si le monde de la création s’en est emparé en premier c’est parce que la technologie a répondu à un besoin et qu’il y a eu un impact immédiat. La technologie blockchain est abstraite pour beaucoup de monde. Or, l’exposition des crypto-arts tout comme leur valorisation exponentielle a permis la médiatisation et un début de diffusion de la technologie auprès d’un plus large public.
Soulignons par ailleurs que, certains artistes ont créé un vrai mouvement en utilisant la blockchain en tant que medium de leur art. En comparaison, on assiste à une révolution aussi importante que celle insufflée par Marcel Duchamp.
Ne pensez-vous pas qu’il y a aussi un effet de mode ? Voire, de surenchère presque assimilable à de la spéculation ?
Dans le cas des Collectibles, il s’agit de NFT conçus via un algorithme dans un nombre d’exemplaires limité. La valeur d’échange basée sur l’offre et la demande fonctionne à plein régime : certains exemplaires atteignent des valeurs parfois inimaginables.
Les pionniers qui ont acheté leur CryptoPunk ou leur Bored Ape en sont fiers. Certains l’exposent en tant que photo de profil. Ils forment une communauté et les marques l’ont bien compris. En marge du salon NFT Paris (les 24 et 25 février), vous avez, par exemple, une soirée dédiée aux détenteurs de CryptoPunks.
Adidas via son opération « Into the Metaverse » a vendu 30 000 NFT dont une partie était réservée aux propriétaires de Bored Apes…Etc
Émettre des NFT, cela équivaut à rassembler une communauté tout en offrant une expérience différenciante ?
La blockchain, utilisée de la sorte, oblige à repenser toute la segmentation marketing classique. Désormais, vous n’avez plus accès aux données personnelles de vos clients. Vous vous adressez à une communauté. Vous engagez des opérations non plus sur la base d’un fichier en fonction de l’âge ou du lieu de résidence, mais en fonction de leurs actions, ce qu’ils ont en dans leur portefeuille ou Wallet. Le tout, en accès libre sur la blockchain.
Cette nouvelle segmentation marketing en fonction des actions et non plus en fonction de l’identité bouleverse l’organisation des entreprises, et au-delà, peut-être, celle de la société ?
Par ailleurs, au fur et à mesure où l’usage va se diffuser, il est possible d’imaginer que les clients deviennent réticents à fournir leurs données personnelles. Nous allons passer d’un déterminisme lié à l’identité (âge, statut social, lieu de résidence…) à une relation liée à nos « actions » : à ce que nous possédons dans nos wallets.
Propos recueillis par Anne-Laure ALLAIN
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Lucie-Eléonore Riveron dirige la NFT Factory, un lieu unique dédié aux NFT en plein cœur de Paris. Faire connaître les NFT au grand public, rassembler les acteurs et actrices du Web3, et construire l’écosystème qui permettra à la France de se hisser parmi les leaders mondiaux du domaine sont parmi les objectifs de cette initiative inédite portée par 128 co-fondateurs et co-fondatrices.
Diplômée de Sciences Po, ancienne étudiante aux Arts Décoratifs et aux Beaux-Arts de Paris, elle a auparavant co-fondé en 2014 et dirigé la maison de vente aux enchères FauveParis, qu’elle a engagé début 2022 dans la révolution NFT. FauveParis accepte les crypto-monnaies pour tout type d’œuvres d’art, et a organisé la première vente aux enchères physique de NFT crypto art en France en mars 2022.
A propos de la NFT Factory
Crédit Photo : Pierre-Louis Bertrand



