Finrack : la startup qui transforme les stocks des PME en cash sans alourdir leur dette ?

Après deux ans d’existence, Finrack vient de franchir le cap des 10 millions d’euros financés en France. Derrière ce chiffre, un modèle inédit : permettre aux PME de monétiser leurs stocks sans contracter un seul euro de dette supplémentaire. Son fondateur, Xavier Corman, explique comment la technologie peut enfin rendre bankable un actif longtemps ignoré par les banques.

 

Xavier Corman, Fondateur de Finrack

 

Un angle mort du financement d’entreprise

Dans le bilan d’une PME, pratiquement tout se finance. L’immobilier par le crédit hypothécaire, les équipements par le leasing, les créances clients par le factoring. Presque tout, sauf les stocks. Cet actif, pourtant bien présent dans les entreprises industrielles, de négoce ou d’import-export, reste l’angle mort du financement bancaire traditionnel.

La raison est simple, comme l’explique Xavier Corman, CEO et cofondateur de Finrack

« Personne ne connaît la vraie valeur du stock d’une entreprise. Il y a toujours la valeur comptable, mais est-ce que si quelqu’un se retrouve avec ce stock, il va pouvoir récupérer l’argent qui est dans les comptes ? En fait, personne ne le sait. Et comme personne ne le sait, personne ne veut utiliser les stocks comme garantie. »

Résultat : en Europe, plus de 2 000 milliards d’euros de stocks sont immobilisés dans les bilans d’entreprises, sans pouvoir être utilisés comme levier de financement.

Un contexte qui aggrave le problème

Depuis 2020, ce problème structurel s’est véritablement amplifié. Crise sanitaire, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques, perturbations logistiques mondiales : les entreprises ont progressivement abandonné la logique du flux tendu pour sur-stocker, afin de sécuriser leurs approvisionnements. Des études macroéconomiques montrent que le niveau des stocks en Europe augmente désormais plus vite que la croissance économique.

En parallèle, les banques ont resserré leurs critères d’octroi de crédit. Un effet de ciseau s’est donc installé : les entreprises stockent davantage, mais accèdent de moins en moins au financement classique. C’est précisément dans ce contexte que Xavier Corman, déjà fondateur d’EDEBEX, plateforme spécialisée dans le financement par les factures, a lancé Finrack en 2024.

Comment ça marche ? La cession juridique du stock

Le mécanisme de Finrack repose sur un principe radicalement différent du crédit bancaire : Finrack n’octroie pas un prêt, elle achète le stock.

Une PME qui souhaite se financer contacte Finrack en présentant son stock et son besoin de trésorerie. Le ticket minimum est fixé à 250 000 euros : les TPE sont donc, par défaut, exclues du dispositif. Le plafond, lui, a été levé avec le lancement de « Finrack Plus » : des opérations de 2-3, voire 10 millions d’euros sont désormais possibles, notamment en partenariat avec des fonds de private equity.

Une fois le dossier instruit, Finrack procède en plusieurs étapes :

  • Analyse financière de l’entreprise cliente, similaire à celle d’un financeur classique.
  • Valorisation algorithmique du stock, ligne de produit par ligne de produit.
  • Proposition de financement, exprimée en pourcentage de la valeur de marché estimée du stock.
  • Connexion informatique au système de gestion de l’entreprise (ERP ou WMS) pour un suivi automatisé et continu.
  • Mise à disposition des fonds en deux à huit semaines.

Une fois le contrat signé, d’une durée d’un an renouvelable, Finrack devient juridiquement propriétaire du stock. Mais le stock ne bouge pas : l’entreprise continue de l’utiliser normalement. Elle peut même prélever des articles pour alimenter sa production, à condition de les remplacer pour maintenir la valeur globale du stock au niveau contractuel. Pour faire simple :

« Une entreprise vend trois pommes, elle remplace par trois poires. Ce qui nous intéresse, c’est la valeur globale », explique Xavier Corman.

L’impact sur le bilan : zéro dette

Contrairement à un crédit classique qui vient gonfler le passif du bilan, le financement par Finrack n’impacte que l’actif.

Prenons un exemple concret : une entreprise dispose d’un stock valorisé 100 en comptabilité. Finrack le lui rachète pour 50. Dans le bilan, la ligne stock passe de 100 à 50 mais l’entreprise dispose désormais de 50 en liquidités. Elle conserve par ailleurs une option de rachat sur son propre stock, valorisée 50 dans ses immobilisations financières. Au total, l’actif se réorganise, mais le passif, et donc le taux d’endettement scruté par les banques, reste intact.

Pour un dirigeant de PME dont la capacité d’emprunt est déjà sollicitée, c’est une différence de taille : ce financement ne ferme aucune porte bancaire future.

L’algorithme propriétaire : la clé de voûte

Ce qui rend le modèle possible, c’est la technologie de valorisation développée en interne par Finrack. L’algorithme analyse chaque stock ligne par ligne, en croisant deux sources de données principales :

  • Les données historiques du client : évolution des quantités, des prix, des mouvements sur les 36 derniers mois. L’algorithme peut ainsi identifier les stocks dormants, les articles à forte volatilité de prix, ou les références dont la valeur est sensible à une date de péremption ou un numéro de lot.
  • Les données de marché en temps réel : prix observables pour chaque type de produit ou matière première, historique de marché et tendances.

À partir de cette double analyse, l’algorithme fixe un prix par référence et agrège le tout pour produire une valeur de marché globale du stock, actualisée en continu. Là où les banques appliquent des décotes théoriques forfaitaires, souvent très conservatrices, Finrack ancre sa valorisation dans des données de marché observables. C’est ce différentiel méthodologique qui permet aux institutions

financières partenaires de prendre position sur ces actifs avec un niveau de confiance suffisant.

La preuve par l’exemple : France Cake Tradition

Parmi les clients emblématiques de Finrack figure France Cake Tradition, producteur français de cakes et pains d’épices bio. Confrontée à la volatilité des prix des matières premières, l’entreprise a dû augmenter massivement ses stocks de farine, miel et chocolat pour sécuriser sa production, immobilisant ainsi une trésorerie précieuse.

Grâce à Finrack, France Cake Tradition a pu transformer ces stocks en liquidités immédiates, sans perturber son activité et sans contracter de dette supplémentaire. Un cas d’usage qui illustre bien la polyvalence du dispositif : l’algorithme de Finrack est aussi à l’aise avec de la farine bio qu’avec des pièces industrielles ou du nickel.

Et si le client fait faillite ?

C’est la question que tout investisseur ou client potentiel se pose. Xavier Corman y répond avec une transparence notable : le cas s’est déjà produit.

Lors du défaut d’un client, Finrack, propriétaire juridique du stock depuis la signature du contrat, a pris possession effective en déménageant les marchandises dans des entrepôts sous son contrôle, avant de procéder à leur revente sur le marché. Résultat : l’intégralité des montants engagés a été récupérée, frais de liquidation inclus, avec même un léger bénéfice.

« C’est la preuve que notre algorithme ne s’est pas trompé sur cette valorisation », souligne le dirigeant.

10 millions d’euros et une ambition européenne

Deux ans après sa création, Finrack compte 10 personnes et a franchi le cap des 10 millions d’euros financés, quasi exclusivement en France (90 % de l’activité). Un premier client allemand a déjà été signé. L’Italie et l’Espagne sont dans le viseur, mais Finrack entend rester principalement dans « l’Europe des six », France, Allemagne, Benelux, Italie, sans sortir de la zone euro.

 

 

Emma Dufétel

En savoir plus sur Finyear

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture