Etude | M&A et fintech : l’Observatoire de la Fintech présente son nouveau dossier

Le 18 novembre, au Village by CA, l’Observatoire de la Fintech, en association avec le cabinet Morgan Lewis, a présenté son nouveau rapport « l’année de la fintech », une étude qui décortique dix ans d’opérations M&A dans l’écosystème français. Avec près d’une opération par semaine depuis trois ans, les rapprochements ne sont plus une exception : ils redessinent désormais les chaînes de valeur de la finance numérique.

 

 

Un marché arrivé à maturité

Le rapport rappelle qu’il y a encore dix ans, l’écosystème misait surtout sur la croissance rapide et la promesse d’exits précoces. L’expérience montre un scénario bien plus nuancé : les exits sont plus longs, plus complexes, et impliquent de moins en moins les banques et assureurs traditionnels. Les fintechs mûrissent, prennent leur place et structurent des positions durables – Qonto, Younited, Pennylane ou Swile en sont les exemples emblématiques.

Le M&A devient alors une option aussi stratégique que la levée de fonds, particulièrement dans un contexte de capital plus sélectif et de pressions réglementaires accrues.

La consolidation s’installe : 55 opérations par an en moyenne

Après un pic historique en 2022 (59 opérations), le marché se stabilise autour de 55 opérations annuelles. Le premier semestre 2025 en compte déjà 23, avec une projection autour de 45–50 sur l’année. Les rapprochements se concentrent sur les solutions B2B :

  • Services aux acteurs financiers (20,2%)
  • Paiements (18,7%)
  • Assurtech (14,7%)
  • Financement (11,1%)
  • Middle & back-office (10,7%)

La dynamique n’est plus portée par la seule banque-assurance : les fintechs sont désormais les premières consolidatrices (43,2% des opérations). Les éditeurs logiciels suivent (19,5%), accélérant leur retour comme moteurs d’innovation.

Pourquoi les fintechs achètent et pourquoi elles se vendent

Le rapport détaille les deux logiques clés :

Côté acquéreur : accélérer, compléter, s’étendre

Le M&A permet de gagner du temps, d’intégrer des techs éprouvées, d’élargir la base clients ou encore d’accélérer l’innovation.

Ghislain Dupré (BearingPoint Capital)

« Le M&A répondra ici comme il répond dans tous les secteurs : comme arrangeur d’un couple qui se propose mutuellement un projet. »

Côté cible : pérenniser, gagner en crédibilité, accéder aux ressources

Les rapprochements permettent d’accéder à la distribution, à des moyens réglementaires solides et à une crédibilité immédiate auprès des régulateurs.

Des exemples qui structurent le marché

Le rapport revient sur plusieurs opérations marquantes :

  • Younited : alliance stratégique avec la SPAC Iris Financial, puis rachat d’Helios.
  • Qonto – Regate : un rapprochement pour muscler l’offre dédiée aux experts-comptables.
  • Crédit Agricole CF – Pledg : consolidation du BNPL.
  • Earnix – Zelros : combinaison IA prédictive + générative.
  • Mambu – Numeral : accélération dans l’infrastructure de paiement.

La reprise de Luko par Allianz Direct illustre le rôle croissant des « situations spéciales » : intégration d’actifs stratégiques, protection des portefeuilles, continuité de service – un M&A pragmatique.

 

Un marché désormais international

Sur 252 opérations depuis 2017, 53 proviennent d’acquéreurs étrangers.
Les États-Unis dominent (14 opérations), suivis du Royaume-Uni, de la Norvège ou de l’Italie. L’acquisition est un levier clair pour franchir les barrières réglementaires et accéder à des marchés locaux.

La tech, nerf de la guerre

Le rapport le dit : impossible d’évaluer une fintech sans analyser sa technologie.

David Jaffré, KPMG

« Déterminer la valeur sans intégrer la technologie reviendrait à acheter une voiture sans l’avoir essayée. »

Les due diligence IT sont désormais systématiques : architecture, cybersécurité, coûts, scalabilité, conformité… autant de facteurs capables de faire ou défaire un deal.

Les 5 tendances qui redessinent la finance

  1. Conquête des marchés par capillarité : acquisitions locales pour contourner les contraintes réglementaires.
  2. Hybridation sectorielle : des acteurs non financiers rachètent des fintechs pour intégrer paiements, assurance ou scoring.
  3. Rôle structurant du Private Equity : montée en puissance des logiques buy-and-build.
  4. Disparition des niche players : les plateformes intégrées prennent le dessus.
  5. Shaping régulatoire : la taille critique issue des consolidations permet de peser davantage face aux régulateurs.

Hubert de Vauplane, Morgan Lewis

« Les acquisitions rebattront les cartes entre acteurs historiques et nouveaux entrants, soulevant défis éthiques et concurrentiels. »

 

Un secteur qui continue d’évoluer

Le rapport de l’Observatoire de la fintech acte un tournant : la fintech française sort de son adolescence. Les rapprochements s’imposent comme un outil stratégique, au même titre que la levée de fonds ou la croissance organique. Le M&A devient un moyen de créer des champions capables de rivaliser à l’échelle européenne, dans un contexte de maturité accrue et de pression réglementaire croissante.

A propos de l’Observatoire de la Fintech

L’Observatoire de la Fintech est une association indépendante dédiée à la diffusion des connaissances sur le secteur de la fintech en France. Animé par un bureau de dix professionnels issus de la fintech, de la banque, de l’assurance et du conseil, il collabore également avec plusieurs observatoires internationaux. L’Observatoire publie deux études de référence : L’Année de la Fintech et Le Semestre de la Fintech, qui offrent une veille stratégique à l’ensemble de l’écosystème (startups, fonds d’investissement, banques, assureurs, incubateurs…). Il contribue aussi activement à la formation et au débat public à travers des interventions en entreprise, des conférences, ainsi qu’un enseignement dispensé chaque année à l’École Polytechnique, HEC Paris et l’Université Paris-Dauphine.

L’observatoire de la Fintech

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