Etude | Capital-investissement : la création de valeur des PME et ETI françaises reste tirée par la croissance opérationnelle
08/01/2026
Dans les PME et ETI accompagnées par les fonds de capital-investissement, la création de valeur se joue d’abord sur le terrain économique. L’étude France Invest–EY le montre clairement : plus de la moitié du marché analysé tire sa performance de la croissance réelle des entreprises. Dans un environnement marqué par la normalisation des multiples et un recours accru à la dette pour financer les acquisitions, ce sont avant tout les résultats opérationnels qui font la différence.

Une création de valeur dominée par l’effet résultat
Sur l’ensemble de la période 2019-2024, 77 % de la création de valeur provient de la croissance de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE). Loin d’un simple jeu financier, la performance repose d’abord sur le développement des entreprises accompagnées. Cette dynamique est alimentée à la fois par la croissance organique (47 %) et par la croissance externe (37 %), illustrant le rôle structurant des stratégies de build-up dans le capital-transmission.
En 2024, cette tendance s’accentue nettement. Sur les 34 entreprises cédées l’an dernier, l’effet résultat explique à lui seul 88 % de la création de valeur, un niveau supérieur à la moyenne historique. La croissance organique y représente 53 % de l’amélioration des résultats, tandis que les acquisitions comptent pour 43 %, confirmant l’intensification des stratégies de consolidation.
Des multiples élevés, mais plus sélectifs
Deuxième levier identifié : l’évolution des multiples de valorisation, qui contribue à hauteur de 36 % à la création de valeur sur la période 2019-2024. Les multiples d’acquisition progressent en moyenne de 8,8x l’EBE à l’entrée à 12,1x à la sortie. Une hausse qui s’explique moins par un effet marché que par des facteurs endogènes : amélioration du positionnement stratégique, montée en gamme, visibilité accrue et, surtout, augmentation de la taille des entreprises.
L’étude met en évidence une corrélation claire entre la valeur d’entreprise et les multiples observés : 7,3x l’EBE pour les sociétés de moins de 50 M€ de VE, contre 14,3x pour celles dépassant 500 M€. En 2024, malgré des multiples d’entrée déjà élevés (9,2x), les sorties se maintiennent à des niveaux soutenus, en ligne avec ceux de 2022 et 2023.
L’endettement progresse mais reste maîtrisé
Troisième composante, plus mitigé : l’effet dette, qui pèse de façon négative sur la création de valeur (-13 % sur la période 2019-2024). En cause, un recours accru à l’endettement pour financer les acquisitions. En 2024, la dette nette des entreprises cédées a augmenté en moyenne de 75,1 % entre l’entrée et la sortie des fonds.
Pour autant, cette hausse ne traduit pas une dégradation des équilibres financiers. Grâce à la progression des résultats, le ratio dette nette/EBE recule, passant de 3,8x à l’entrée à 3,1x à la sortie en 2024. Autrement dit, les entreprises se réendettent, mais sur une base de rentabilité élargie, ce qui limite le risque financier.
PME, ETI : des trajectoires différenciées
L’analyse par taille d’entreprise révèle des profils contrastés. Plus les entreprises sont grandes, plus la création de valeur est portée par la croissance des résultats, au détriment du désendettement. Les sociétés dont la valeur dépasse 200 M€ affichent ainsi un effet dette négatif plus marqué, conséquence directe de stratégies de croissance externe plus fréquentes et plus structurantes.
À noter également un phénomène de montée en gamme : 46 % des entreprises étaient des ETI à l’entrée, contre 68 % à la sortie, signe que l’accompagnement en capital-investissement joue un rôle clé dans le changement de catégorie et le passage à l’échelle.
Un impact économique et social significatif
Au-delà des indicateurs financiers, l’étude souligne l’impact réel du capital-investissement sur l’économie productive. Entre 2019 et 2024, les effectifs des entreprises accompagnées ont progressé de 70 %, soit près de 50 000 emplois supplémentaires. Près de la moitié de ces créations sont organiques, l’autre moitié issue des acquisitions.
Côté investissement, aucun cas de baisse n’a été recensé, que ce soit en dépenses corporelles ou en R&D, confirmant le rôle du capital-investissement comme levier de transformation et de renforcement des entreprises, et non comme simple outil d’optimisation financière.
Une équation claire : croissance avant levier financier
En filigrane, l’étude France Invest–EY livre un message sans ambiguïté : la création de valeur durable repose d’abord sur la performance opérationnelle. Dans un environnement où les multiples se stabilisent et où la dette redevient un sujet central, la capacité des fonds à accompagner la croissance réelle des PME et ETI françaises demeure le principal facteur de succès. Une tendance lourde, qui s’impose désormais comme la norme du capital-investissement hexagonal.
