Entretien | Albane Liger-Belair, KPMG France. « Aujourd’hui, la dimension technologique ne peut plus être abordée par les entreprises sans prendre en compte les dimensions sociales et environnementales »
03/06/2024
Sur le dernier salon Vivatech, c’est sur le stand de KPMG que l’on a trouvé l’une des meilleures accroches de cette 8ème édition : SustAInable Futures.
Une appellation sous forme de jeux de mots-valises rappelant la pluralité des possibles face à l’application de l’IA générative dans un monde qui a, peut-être, enfin pris conscience que sa première denrée périssable revêtait une dimension humaine.
Rencontre avec celle qui se définit comme « un pur produit du conseil » qui n’a cependant pas peur des questions sans réponse, innovation oblige ?
Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre parcours ?
Quelles transformations avez-vous impulsées dans ce département Innovation ?
KPMG était aussi doté d’une plateforme – Hello-open world – qui rassemblait tout un écosystème de startups vouées à être mise en relation avec nos clients.
La nouvelle équipe dirigeante a, avait cette volonté d’ancrer l’innovation au cœur de sa stratégie. D’où la création d’un département dédié autour de 5 dimensions :
– La prospective. Comment est-on en capacité de faire de la recherche stratégique, d’identifier les signaux faibles, émergents qui vont être facteurs d’opportunités ou de risques pour nos clients comme pour nous d’ailleurs. Ce qui, de manière concrète se matérialise par l’édition de notre book de tendances.
– Les projets. Nous avons la capacité d’accompagner nos clients sur différents projets d’innovation. Que ce soit dans leur stratégie d’innovation ou sur la partie « innovation as a service ».
Cela peut aller de la création d’un challenge, d’un hackathon ou encore le redimensionnement d’un Lab etc. Nous pouvons également les accompagner sur la mise en place d’un projet plus vaste d’innovation allant de l’idéation à la conception de produits ou services.
– L’Accélérateur. Nous accompagnons des promotions d’intrapreneuriat avec la volonté d’acculturer en interne sur l’innovation.
– L’écosystème d’open innovation. La plateforme ne s’appelle plus Hello-Open World mais elle existe toujours via un réseau identifié de plus de 1500 startups avec lesquelles nous sommes amenés à travailler, ou que nous mettons en relation avec nos clients.
– L’insights center. Un espace qui nous sert à faire de l’immersion, des démonstrations de nouvelles technologies afin d’aider à la prise de décision.
Aujourd’hui nous sommes une quinzaine de personnes au service de ces 5 dimensions.
Quels sont les sujets qui sont le plus au cœur des préoccupations des dirigeants d’entreprise ?
Les sujets liés à l’ESG : qui redéfinissent aujourd’hui les business-models des entreprises et qui impliquent une transformation majeure. La technologie : et en ce moment nous abordons beaucoup l’IA et l’IA générative parce qu’il y a une vraie accélération. Même si l’IA n’est pas une technologie récente, il y a une démocratisation avec l’IA générative. Et, les talents : ou comment nous pouvons contribuer à mettre en place une culture de l’innovation auprès de ces talents pour accompagner non seulement nos clients mais également la transformation de KPMG.
Au cours des dernières années vous avez dû constater des évolutions dans les sujets prioritaires pour vos clients ?
Depuis un an, nous constatons à nouveau un focus très fort sur les sujets technologiques avec l’IA générative.
J’ai la conviction qu’il est possible d’accompagner les entreprises vers une transformation conjuguant le meilleur des deux mondes.
L’évolution due à la prise en compte des critères ESG, est déjà là grâce, notamment, à la régulation qui a ancré la transformation au niveau européen. Tout l’enjeu est de trouver des solutions permettant aux entreprises de se transformer vers des modèles plus durables, plus « soutenables », tout en générant de la valeur.
L’autre partie du meilleur des deux mondes, c’est la technologie. Elle est maintenant extrêmement prégnante. Il est évident que l’IA générative engendre des transformations majeures, à la fois dans la continuité mais aussi des challenges avec des enjeux très forts : aussi bien humains, qu’éthiques, ou bien d’investissement.
Le questionnement étant notre mode de fonctionnement, nous cherchons à percevoir : comment en fait-on bon usage ? Comment questionne-t-on la technologie pour la mettre au service du meilleur, en faveur de la société ?
C’est allé très vite… L’an dernier vous présentiez sur le salon des innovations beaucoup plus axées autour du Web3, de la Blockchain (NDLR : KPMG a racheté le cabinet Blockchain Partner) ?
Nous avions donc un positionnement fort l’an dernier sur la blockchain.
Cette année, par la force des choses, nous nous devions d’axer sur l’IA générative et sur ce questionnement concernant la transformation majeure des entreprises et sur les axes à appréhender.
Et selon vous, quel est l’axe le plus fort émergeant de cette arrivée en masse de l’IA générative ?
Je suis persuadée que nous sommes à la croisée des chemins et les décisions stratégiques sont à prendre maintenant. Ce qui est très difficile et compliqué pour les entreprises…
La bonne nouvelle, c’est que la plupart des dirigeants européens mettent la gouvernance et l’éthique de l’IA au cœur de leurs priorités.
Et en plus d’un accompagnement technique quant à la mise en place de l’IA, ils souhaitent aussi être aidés quant à l’impact de ces technologies d’un point de vue humain, sociétal et écologique.
Mais est-ce vraiment possible ? Ne sommes-nous pas face à un social/green washing ?
Aujourd’hui, nous n’avons pas forcément toutes les réponses mais au moins les questions sont sur la table et les dirigeants sont vraiment concernés par cela.
On ne peut que saluer tout le travail fait au cours des dernières années sur les sujets ESG et la maturité des dirigeants sur ces sujets-là. La crise Covid a beaucoup joué dans tout cela. Cette première grande crise a été humaine, sanitaire. Durant cette période nous avons tous repris conscience de l’humain.
Désormais, dans la prise en compte des technologies, le rapport à l’humain se pose de manière beaucoup plus évidente, naturelle que par le passé. Il y a un certain nombre de crises face à nous qui obligent les entreprises à se réinventer et à faire preuve de la résilience nécessaire.
Si vous reprenez tous les exposants de ce dernier VivaTech, il n’y a aucun stand qui soit uniquement sur la tech. Toutes les entreprises apportent leur dimension durable, sociale. Et pour moi, ce n’est pas ou plus du greenwashing.
Donc oui, c’est compliqué d’y aller. On parle d’IA générative donc de technologies énergivores utilisant des composants électroniques à base de matériaux rares.
Mais la mise en marche est là. Et il est important d’impliquer les dirigeants dans toutes ces dimensions. Il y a aujourd’hui des startups qui peuvent aider sur ces points. Il nous faut encore aller à l’échelle mais c’est comme cela que l’on avance !
A propos d’Albane Liger-Belair, Directrice Associée Innovation, KPMG France
Expertise
nnovation – Design Thinking – Animation d’écosystèmes – Stratégies Marketing – Thought Leadership – Conception et facilitation d’ateliers
A propos de KPMG en France
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