Comment les obligations d’entreprises émergentes sortent des sentiers battus de l’investissement obligataire
06/10/2026
Par Thomas Timmerman, Fund Manager
Lorsque les investisseurs pensent aux marchés obligataires, leur attention se porte souvent sur les obligations souveraines des marchés développés, la dette Investment Grade ou la dette High Yield. À l’inverse, la dette d’entreprises des marchés émergents reste un segment relativement peu exploré des marchés obligataires mondiaux.
Cela peut surprendre. Au cours des deux dernières décennies, les marchés émergents sont devenus un moteur de plus en plus important de la croissance économique mondiale. Ils représentent une part croissante du PIB mondial, de la consommation, des investissements dans les infrastructures et de l’innovation. Selon les prévisions de S&P, 65 % de la croissance économique mondiale devrait provenir des marchés émergents d’ici 2035. Pourtant, de nombreux investisseurs continuent de s’exposer à ces économies principalement par le biais des actions ou des obligations souveraines, négligeant ainsi les entreprises qui sont au cœur de cette transformation. Pour les investisseurs à la recherche de nouvelles sources de rendement au-delà des marchés obligataires traditionnels, cette classe d’actifs mérite donc une attention particulière.
D’un marché de niche à une classe d’actifs mondiale
Depuis sa création en 2002, l’univers des obligations d’entreprises émergentes libellées en devises fortes est passé de 260 milliards de dollars à environ 2 600 milliards de dollars, dépassant désormais plusieurs segments obligataires traditionnels, notamment l’ensemble du marché de la dette High Yield et celui de la dette souveraine émergente en devises fortes. La croissance du marché s’est accompagnée d’un élargissement de la base d’investisseurs, d’une amélioration de la liquidité et d’une forte diversification des émetteurs.
L’univers d’investissement de référence compte aujourd’hui environ 750 émetteurs issus de 68 pays, répartis entre l’Amérique latine, l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe émergente. Cette diversité constitue l’un des principaux atouts de la classe d’actifs. Elle offre plusieurs niveaux de diversification, tant sur le plan géographique et sectoriel qu’en matière de qualité de crédit et de moteurs de croissance propres à chaque entreprise. Ce vaste univers d’opportunités permet aux gérants actifs de sélectionner les titres offrant des rendements ajustés du risque attractifs, en associant des valorisations intéressantes à de réels bénéfices en matière de diversification.
Des rendements attractifs sans prise de risque excessive
Au-delà de la diversification, les obligations d’entreprises émergentes se distinguent par la solidité de leurs fondamentaux. En moyenne, les émetteurs affichent des ratios d’endettement plus faibles et des bilans plus prudents que leurs homologues des marchés développés, résultat de plusieurs années de discipline financière après les perturbations liées à la pandémie, à l’inflation et au resserrement des politiques monétaires.
Malgré la solidité de ces profils de crédit, les entreprises émergentes continuent d’offrir une prime attractive par rapport à des émetteurs comparables des marchés développés. Cette prime s’explique souvent davantage par la perception qu’ont les investisseurs des marchés émergents que par les risques propres aux entreprises, créant ainsi des opportunités de générer un revenu supplémentaire sans nécessairement faire de compromis sur la qualité de crédit.
Cette amélioration de la qualité de crédit se reflète clairement dans la composition actuelle de l’indice. La part des émetteurs notés A ou plus est passée de 31 % en 2020 à 40 % en juillet 2026. Dans le même temps, le poids des émetteurs notés BB a reculé de 18 % à 14 %, tandis que les émetteurs notés B ne représentaient plus que 6 % de l’indice, contre 9 % auparavant.
Et qu’en est-il des défauts ? C’est souvent l’une des premières questions que se posent les investisseurs lorsqu’ils envisagent d’investir dans les obligations d’entreprises émergentes. Si cette classe d’actifs est fréquemment perçue comme plus risquée que ses équivalents des marchés développés, les données offrent une lecture plus nuancée. Depuis le début de l’année, le taux de défaut s’établit à 2,7 %, et devrait atteindre environ 3,1 % sur l’ensemble de l’année. À première vue, ce niveau peut sembler élevé par rapport aux marchés du crédit américain et européen. Toutefois, 75 % du volume des défauts provient de seulement deux émetteurs, Raízen et Braskem. Pour la suite, nous estimons qu’au regard des éléments évoqués précédemment, la tendance à la baisse des défauts peut se poursuivre.
Enfin, la vague attendue d’émissions liée aux investissements des hyperscalers et des centres de données concerne principalement les marchés développés et ne devrait avoir que des répercussions limitées sur le crédit d’entreprises émergentes. Les indices émergents sont moins susceptibles de subir l’élargissement technique des spreads associé à une forte augmentation de l’offre obligataire. Alors que les émissions restent maîtrisées et que la demande des investisseurs continue d’apporter un soutien solide, la classe d’actifs est bien positionnée pour maintenir des niveaux de spreads relativement stables.
Pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux obligations d’entreprises émergentes ?
Certes, les spreads de crédit sont serrés par rapport à leurs moyennes historiques et à certains segments obligataires traditionnels. Nous identifions néanmoins trois raisons convaincantes de rester positifs sur les obligations d’entreprises émergentes.
Premièrement, la classe d’actifs offre un potentiel de diversification exceptionnel. Avec des centaines d’émetteurs répartis dans des dizaines de pays et de secteurs, les investisseurs peuvent construire des portefeuilles moins dépendants d’une économie, d’un secteur ou d’un scénario géopolitique en particulier.
Deuxièmement, les obligations d’entreprises émergentes continuent d’offrir une opportunité de rendement attractive, en associant des rendements plus élevés à une duration généralement plus courte que celle de nombreux segments obligataires des marchés développés. Les investisseurs peuvent ainsi bénéficier du portage tout en restant moins exposés à la volatilité des taux d’intérêt.
Troisièmement, le marché des obligations d’entreprises émergentes reste structurellement inefficient. Malgré sa taille, cette classe d’actifs demeure encore relativement peu couverte par la recherche et sous-représentée dans les portefeuilles des investisseurs, ce qui entraîne des inefficiences persistantes dans la formation des prix. Pour les gérants actifs, cet environnement est particulièrement favorable à une sélection active des titres et à la génération d’alpha.
En définitive, les obligations d’entreprises des marchés émergents ne constituent plus une niche au sein de l’univers obligataire. Elles sont devenues une classe d’actifs importante, liquide et diversifiée, soutenue par l’amélioration des fondamentaux des entreprises et le poids croissant des économies émergentes dans la croissance mondiale.
Dans un environnement où les marchés obligataires traditionnels apparaissent souvent encombrés et de plus en plus efficients, les obligations d’entreprises émergentes restent l’un des rares segments permettant aux investisseurs de combiner diversification, qualité et rendement au sein d’une même allocation. À ce titre, elles méritent à elles seules de figurer sur le radar de tout investisseur obligataire.
Communication marketing. Il ne s’agit pas d’une recherche en matière d’investissement. L’investissement comporte des risques.
