BLOOMUP, La banque de l’innovation by Crédit Agricole d’Ile-de-France : « Notre approche ressemble plus à celle des VCs que des banquiers classiques »
25/03/2026
Lancée en septembre 2025, BLOOMUP est le nouveau point d’entrée dédié aux startups à impact du Crédit Agricole d’Ile-de-France. Financement bancaire, carnet relationnel, mise en réseau avec les corporates : Matthieu Girardon, le Directeur de la banque de l’innovation, revient sur le début du projet, l’état du marché et la vision qui l’anime.
Interview avec Matthieu Girardon, Directeur de BLOOMUP, La banque de l’innovation by Crédit Agricole d’Ile-de-France

Un banquier qui pense comme un VC
Vingt ans au Crédit Agricole d’Ile-de-France, une décennie en agence bancaire, un passage par l’innovation interne, une filiale immobilière lancée en mode startup pendant le Covid : le parcours de Matthieu Giradon n’est pas celui d’un banquier classique. Et c’est exactement ce qui l’a conduit au lancement de BLOOMUP et à en prendre la direction.
« On a fait le constat que les startups, très nombreuses en Île-de-France, n’avaient pas d’offre dédiée ni de porte d’entrée claire chez nous », explique-t-il. « Pourtant, nous accompagnons les particuliers, les TPE, les PME, les ETI et grands groupes. En tant que Banque universelle, utile à tous nos clients, on se devait de mieux prendre en charge les startups. »
Un marché sous tension qui souffre quand on parle de passage à l’échelle
Sur l’état du financement des startups en France, Matthieu Giradon est clair sans être alarmiste. « On n’est pas moins bien lotis que dans le reste de l’Europe. On a une profondeur de marché réelle, des leveurs de fonds, des banques engagées, et la BPI, sans qui il y aurait potentiellement beaucoup moins de startups. » Mais il pointe du doigt un problème structurel : le passage à l’échelle. « Sur les premiers tours de table, on trouve investisseurs et financeurs. Sur le late stage en revanche, il y a beaucoup moins de monde pour accompagner. Quand il s’agit de se positionner sur des tours de table à 100 millions d’euros par exemple, il devient très compliqué de trouver des partenaires nationaux voire européens, ce qui peut expliquer parfois des expatriations de scale-ups vers les États-Unis ou la Chine. »
« Les start-up de la transition environnementale font face à un double défi : des projets très capitalistiques et des cycles industriels longs, dans un contexte où les tensions géopolitiques peuvent parfois reléguer l’urgence climatique au second plan.
Au Crédit Agricole d’Ile-de-France, nous assumons une approche contracyclique : nous sommes convaincus que la transition environnementale est une transformation structurelle de l’économie, et l’accompagner est une manière concrète d’être utile au territoire. »
Deux verticales, une conviction
BLOOMUP n’accompagne pas toutes les startups. L’offre est délibérément ciblée sur deux grandes verticales : les transitions (décarbonation, mobilité douce, agriculture) et la santé / bien vieillir / inclusion / handicap. L’intelligence artificielle y a sa place, mais uniquement si elles nourrissent ces dernières, « l’IA pour l’IA ne nous intéresse pas », confie le directeur.
Sur la santé, la conviction est forte : « La problématique des déserts médicaux ne va pas se résorber demain. L’OMS estime un manque de plusieurs millions de personnels soignants à horizon 2035. L’innovation ne va pas tout résoudre, mais elle pourrait soulager nos blouses blanches. » Ce sont des tendances de fond qui, selon lui, « ont clairement la cote chez les investisseurs et financeurs en 2026 », indépendamment des turbulences conjoncturelles.
Une nuance importante cependant : même au sein de ces verticales, les besoins varient considérablement. « Une startup qui développe un logiciel de planning pour les EHPAD, n’a pas les mêmes défis qu’une biotech qui travaille sur de nouveaux vaccins. Sur la biotech, nous n’avons pas l’expertise suffisante pour être en capacité de nous positionner, les cycles sont trop longs pour nous. Par contre, dès lors que nous percevons rapidement notre utilité pour nos clients, on y va. »
Le banquier qui change de mindset
Historiquement, banques et startups ne parlaient pas le même langage. « Un financeur se base sur un historique. Une startup arrive en disant : je ne suis pas rentable, je n’ai pas encore de clients. Si le banquier fait une photographie aujourd’hui, il voit bien que techniquement, elle ne peut pas rembourser. » Mais toutes les banques n’ont pas pris le virage du changement de mindset et Matthieu Giradon comprend pourquoi. « Les taux de défaut sur les financements sont particulièrement élevés quand on accompagne des startups. Bien que nous soyons sélectifs chez BLOOMUP, il faut accepter cette prise de risque, tout le monde n’est pas prêt à cela. » Pour autant, l’Île-de-France concentre à elle-seule 40 % des startups françaises. « Nous nous devions d’être présent dans le fabuleux écosystème ».
Comment fonctionne concrètement BLOOMUP ?
BLOOMUP n’est pas une filiale du Crédit Agricole d’Ile-de-France,, mais un point d’entrée dédié, adossé aux back-offices de l’établissement. Son modèle repose sur du financement bancaire classique : prêts court et moyen terme, avec des possibilités de différé, complété par du leasing via les partenaires du groupe.
« Chez BLOOMUP, nous faisons du bas de bilan. Ce qui relève du haut de bilan (capital innovation, capital développement notamment) relève de SOCADIF, filiale du Crédit Agricole d’Ile-de-France. » L’autonomie de décision est un point clé : « On ne passe pas par nos analystes crédit classiques, parce que cela ne fonctionnerait pas. Nous avons une politique propre au financement des startups et un circuit de décision dédié. On a le costume du banquier, mais notre approche ressemble plus à celle des VCs que des banquiers classiques. Ce sont d’abord des dossiers de conviction. »
Depuis l’ouverture en septembre, BLOOMUP s’est engagé(e) sur environ 5 millions d’euros de financements. L’enveloppe globale sur cinq ans s’élève à 75 millions d’euros.
BPI, néobanques, fonds à impact : qui fait quoi ?
La question de la différenciation entre les différents acteurs revient souvent. « Nous sommes heureux d’avoir BPI à nos côtés. Dans 90 % des cas, si BPI n’y va pas, c’est que le projet pose vraiment question. Généralement, les startups passent d’abord par BPI pour obtenir des conditions favorables et des garanties. Sans BPI, il y aurait certainement beaucoup moins de banques d’innovation du secteur privé en face. »
Concernant les autres banques, il écarte toute notion de concurrence. « On est sur du financement. Parfois, avec l’accord de la startup, nous nous coordonnons pour diluer les risques entre nous. » Quant aux fonds à impact en equity : « Très complémentaires. Ils peuvent passer par un fonds et venir ensuite chez nous, ou l’inverse. »
Les néobanques, en revanche, sont globalement absentes sur ce terrain. « Leur demander de financer une startup est bien trop risqué et elles ne sont pas aujourd’hui en capacité de mobiliser des capitaux pour financer leur croissance. »
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi BLOOMUP en 2025 et pas avant ? « Mieux vaut tard que jamais », répond Matthieu Girardon. Le projet d’entreprise porté par le Groupe Crédit Agricole en 2025 a permis un lancement synchronisé de notre banque de l’innovation au service des Transitions et santé / bien vieillir, BLOOMUP arrive donc à un moment-clef pour accompagner le Crédit Agricole d’Ile-de-France sur son territoire.
Et dans 3ans ?
BLOOMUP repose sur quatre volets : la banque-assurance pour les startups, la mise à disposition de notre carnet relationnel (avocats spécialisés en pactes d’associés, chasseurs de têtes tech, etc.), du financement, et, le plus structurant à ses yeux, la mise en relation entre startups et acteurs établis.
« Une startup a certes besoin de moyens, mais la finalité, ce sont des clients qui lui donnent de la visibilité. On aura réussi quand les startups qui passent par nous sauront qu’on leur ouvre des portes vers des entreprises et des collectivités. Réussir à industrialiser la méthode qui permet à deux mondes de se parler davantage pour travailler ensemble : les startups d’un côté, les corporates de l’autre. »
Emma Dufétel
