3 questions à | Geoffrey Godet, CEO de Quadient : « Nous avons désormais tous les atouts pour accompagner les entreprises dans leur mise en conformité »
11/06/2025
Depuis le 3 juin 2025, Quadient a officialisé l’acquisition de Serensia, l’une des principales plateformes françaises de facturation électronique, immatriculée PDP (Plateforme de Dématérialisation Partenaire) par l’administration. Une opération stratégique qui renforce la position de Quadient dans le domaine de la conformité numérique, à un moment clé : l’entrée en vigueur progressive de l’obligation de facturation électronique pour les entreprises françaises à partir de septembre 2026. Quadient, groupe coté sur Euronext Paris, poursuit ainsi sa transformation vers un modèle SaaS centré sur l’automatisation des processus financiers. Présente dans 28 pays avec plus de 330 000 clients, l’entreprise vise une croissance forte sur les prochaines années.
À sa tête depuis 2018, Geoffrey Godet incarne ce virage stratégique. Ingénieur de formation, il a passé près de vingt ans aux États-Unis, où il a dirigé plusieurs entreprises technologiques, notamment dans les secteurs de l’aéronautique, de la défense et des logiciels. À seulement 24 ans, il prenait déjà les rênes d’une société californienne spécialisée dans les logiciels industriels. De retour en France au tournant de la quarantaine, il est nommé directeur général de Quadient, avec une feuille de route ambitieuse : recentrer le groupe sur ses métiers à fort potentiel, en particulier les solutions logicielles. Il revient pour Finyear sur les raisons de ce rachat, les perspectives offertes par les nouvelles obligations réglementaires et la feuille de route du groupe à l’horizon 2030.

Geoffrey Godet, CEO de Quadient
Pourquoi avoir choisi d’acquérir Serensia, et pourquoi maintenant ?
Deux éléments ont motivé cette décision. Le premier est le calendrier réglementaire : nous sommes à un peu plus de 500 jours de la première échéance imposée par la loi de finances, qui rendra obligatoire la facturation électronique pour les grandes entreprises dès septembre 2026. La Belgique sera même en avance, avec une application dès janvier 2026. Or, à ce jour, selon les résultats de notre dernière enquête avec OpinionWay, à peine 1 % des entreprises françaises concernées sont réellement équipées pour répondre à ces exigences. Il y a donc urgence à accompagner ce mouvement de fond.
Le second élément, c’est la qualité intrinsèque de Serensia. Cette entreprise possède une plateforme robuste, déjà utilisée par des acteurs de premier plan comme la RATP ou TotalEnergies et capable de traiter plus de 200 millions de factures par an. Leur technologie est mature, certifiée PDP, connectée au réseau européen Peppol (Pan-European Public Procurement Online), et surtout conçue par une équipe très en avance sur les sujets de normalisation. Ils ont été au cœur des travaux avec la DGFiP, ce qui fait d’eux un partenaire stratégique pour accompagner efficacement nos 80 000 clients français. C’est donc une opération qui allie timing, complémentarité technologique et excellence humaine.
La facturation électronique obligatoire est-elle selon vous une contrainte réglementaire ou une opportunité pour les entreprises ?
Toute obligation peut être vécue comme une contrainte, surtout pour les PME, qui sont souvent les dernières à s’équiper. Mais en réalité, c’est une immense opportunité, à la fois pour elles et pour l’économie en général. Ce qui change, ce n’est pas seulement le format de la facture, mais sa nature : on passe d’un simple fichier PDF à une donnée structurée, interopérable, qui ouvre la voie à une automatisation bien plus fine.
Cela permet par exemple une gestion optimisée des délais de paiement, une meilleure visibilité sur la trésorerie, une réduction des erreurs et une capacité accrue à piloter les relations fournisseurs. C’est donc un levier d’efficience majeur, notamment pour les PME, où chaque jour de trésorerie compte.
Pour nous, en tant que prestataire, cela ouvre aussi une fenêtre exceptionnelle : il y a une dynamique réglementaire forte, en France, mais aussi en Belgique, en Allemagne et bientôt dans toute l’Europe avec la directive ViDA. Cela crée un marché en très forte croissance, sur lequel nous sommes désormais parfaitement positionnés grâce à l’acquisition de Serensia.
Au-delà de cette acquisition, quelle est la trajectoire que vous avez fixée à Quadient à l’horizon 2030 ?
Lors de notre Capital Markets Day en juillet 2024, nous avons présenté notre vision stratégique à long terme, jusqu’à 2030. C’est assez rare pour une entreprise cotée, mais notre modèle, fondé sur des contrats d’abonnement SaaS, nous donne une visibilité qui le permet. L’acquisition de Serensia contribue à la création de valeur prévue dans ce plan stratégique, qui vise une augmentation de 250 millions d’euros de revenus récurrents au niveau consolidé, pour atteindre un milliard d’euros en 2030.
Nous visons également d’atteindre un EBIT courant d’environ 250 millions d’euros en 2030, ce qui représente une augmentation de près de 100 millions d’euros par rapport à 2024. Pour y parvenir, nous avons réorganisé notre portefeuille ces dernières années : cession d’activités non stratégiques, investissements ciblés, structuration d’une plateforme logicielle complète. Aujourd’hui, avec Serensia, nous renforçons notre capacité à offrir une solution clé en main aux entreprises européennes confrontées à ces nouvelles obligations. Nous entrons dans une phase d’accélération, et nous avons désormais tous les éléments pour consolider notre leadership dans l’automatisation des processus financiers en Europe.
Propos recueillis par Manon Triniac
